Le Mari de Cécilia

« Le Mari de Cécilia »
Un texte de C. Hoctan
Inculte, n° 19, mai 2010

 

 

EXTRAIT

Le regard plein de fougue victorieuse, en partance pour un repos bien mérité avant son entrée à l’Élysée, le Mari de Cécilia pense à quelque chose dont il n’a pas encore tout à fait conscience, Mesdames et Messieurs. Marchant dans une de ces rues huppées de la capitale, en ce jour où je prends officiellement mes fonctions de Président de la République française, accompagné sans doute de Cécilia, je pense à la France, sa femme, grandes lunettes fumées, la maîtresse de son ancien conseiller en communication, bien qu’il ne sache plus ce qu’il en est, sinon qu’on dit des choses dans ce vieux pays qui a traversé tant d’épreuves et qui s’est toujours relevé, qui a toujours parlé pour tous les hommes, mais ça ne compte plus dorénavant. Montrer pourtant qu’il y croit même si tout ça, quelle foutaise ! se dit-il. Ce sera son premier mensonge tout en offrant mains et sourires et que j’ai désormais la lourde tâche de représenter aux yeux du monde. Peu importe, il fait beau.

La France est entre ses mains donc. Reste à savoir qu’en faire… Il pense alors ne rien promettre d’autre qu’un programme dont les points principaux tiennent en un seul : la rupture ! Pour en finir avec les pratiques de ses prédécesseurs. Je pense à tous les Présidents de la Ve République qui m’ont précédé. Je pense au général de Gaulle qui sauva deux fois la République, qui rendit à la France sa souveraineté et à l’Etat sa dignité et son autorité. Ce sera son deuxième mensonge : il n’y aura de rupture qu’avec ce qu’il promet mais aussi avec Cécilia sous peu, ce qu’il tait par omission. Je pense à Georges Pompidou et à Valéry Giscard d’Estaing qui, chacun à leur manière, firent tant pour que la France entrât de plain-pied dans la modernité. Il pense d’ailleurs qu’en matière de rupture, c’est Cécilia qui a commencé. Je pense à François Mitterrand, qui sut préserver les institutions et incarner l’alternance politique à un moment où elle devenait nécessaire pour que la République soit à tous les Français. Et entre Cécilia et la France, il préférera toujours se faire la France même s’il prétend le contraire par SMS. Mais pour l’instant, il fait trop beau pour y penser. Je pense à Jacques Chirac, qui pendant douze ans a œuvré pour la paix et fait rayonner dans le monde les valeurs universelles de la France. Je pense au rôle qui a été le sien pour faire prendre conscience à tous les hommes de l’imminence du désastre écologique et de la responsabilité de chacun d’entre eux envers les générations à venir. Bien obligé de déblatérer ces politesses et de suivre le protocole avec lequel il rompra aussi au plus vite une fois dans les murs. Rupture, rupture, rupture !

[…]

La suite dans la revue Inculte (n° 19, mai 2010).

Texte & Photo © C. Hoctan
Peinture © M. Molk, Le Mari de Cécilia, 2007, huile et acrylique sur toile, 195 x 130 cm.

 

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