Quelques heures avant d’être transformée pour la deuxième fois en dix ans en salle de jugement des institutions mondiales par Tous les peuples du monde réuni en assemblée constituante, on discutait encore, dans la salle du Conseil de sécurité des Nations Unies, à New York City, des moyens d’« assurer au Conseil de sécurité un rôle efficace dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales, en particulier en Afrique ».
Ici Tous les peuples du monde prend la parole :
Changeons donc les règles du monde ! et leur cortège funèbre de nécessités réputées fatales. Éradiquons la misère de la surface de la Terre, rendons l’éducation accessible à toutes et tous, soignons gratuitement, accordons un toit à chacun et que nul ne subisse la faim. Et n’oublions rien de la liberté.
Maintenant l’OMC se manifeste comme par enchantement :
Suis-je un oiseau ? Suis-je un avion ? En tout cas je ne suis pas Superman au cas où l’on penserait que je peux résoudre – ou causer – tous les problèmes du monde. Notre objectif primordial consiste à contribuer à favoriser autant que possible la liberté des échanges tout en évitant les effets secondaires indésirables parce que c’est important pour le développement économique et le bien-être.
Tous les peuples du monde reprend la parole :
La liberté des échanges nous importe moins que la liberté des gens impossible sans égalité politique et économique entre nous tous.
Le FMI réformé intervient à son tour :
Notre mission consiste à promouvoir la coopération monétaire internationale, veiller à la stabilité financière, faciliter le commerce international, susciter des niveaux d’emploi et de croissance durable, et faire reculer la pauvreté dans le monde. Avec l’OMC, nous faisons tout ce que nous pouvons…
Tous les peuples du monde coupe la parole au FMI :
C’est peu, bien peu, insuffisant sinon inadéquat. Vos actions ne nous conviennent pas. Nous souhaitons instaurer l’égalité économique partout et tout de suite, à l’échelle mondiale, échelle dont vous devez avoir une idée vous qui vous prononcez à tout bout de champ en faveur de la globalisation.
Ici à droite à gauche au centre s’invite au débat, s’adressant à Tous les peuples du monde :
Votre position est louable mais illusoire. Le vingtième siècle nous aura appris à laisser chaque peuple se développer comme bon lui semble. Il est criminel de chercher à forcer les destins des peuples et chercher à les fondre en un sens commun.
La Nouvelle Banque Mondiale elle aussi a ses mots à dire :
Notre mission est complémentaire à celle du FMI : nous luttons contre la pauvreté avec passion et professionnalisme pour obtenir des résultats durables et aider les populations à se prendre en charge et à maîtriser leur environnement par la fourniture de ressources, la transmission de connaissances, le renforcement des capacités et la mise en place de partenariats dans les secteurs public et privé. Nous aussi œuvrons pour un monde sans pauvreté. En notre sein, la BIRD et l’IDA collaborent à la réalisation de leur ambition commune consistant à assurer une mondialisation à la fois solidaire et viable. La BIRD s’occupe des pays à revenu intermédiaire et des pays pauvres solvables, tandis que l’IDA se consacre aux pays les plus pauvres de la planète.
La Charte des Nations Unies renchérit :
Réaliser la coopération internationale en résolvant les problèmes internationaux d’ordre économique, social, intellectuel ou humanitaire, en développant et en encourageant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous, sans distinctions de race, de sexe, de langue ou de religion, tel est l’un de nos principes.
Nos agences concentrent une multitude de compétences pour servir l’ensemble des peuples de la Terre.
L’Organisation Internationale du Travail complète :
Notre vocation est limpide : promouvoir la justice sociale et les droits internationalement reconnus de la personne humaine et du travail.
Tous les peuples du monde cède la parole à une délégation de Travailleurs des Mines d’or de Sadiola :
Nous n’avons pas la prétention de représenter l’ensemble des travailleurs des mines d’or de Sadiola ; mais nous sommes là. Il existe de l’or à Sadiola. Mais où s’envole-t-il une fois extrait ? Exporté pour affinage vers l’Afrique du Sud à 59,2% et la Suisse à 40,08%, nous n’en voyons plus jamais la couleur. Nous sommes déplacés, nos villages sont détruits, nos eaux et notre air sont pollués, les fausses couches et les maladies inexpliquées sont légion.
Alors, l’OMS se manifeste :
Nos experts sont là pour y remédier. De tels problèmes relèvent de notre domaine de responsabilité.
Tous les peuples du monde interroge l’OMS :
Sans doute pouvez-vous nous expliquer pourquoi nos enfants vivant en Afrique sont bien plus exposés que les autres au paludisme et au VIH ?
L’OMS réfléchit puis répond :
Interrogez donc la France.
Le Ministère des Affaires étrangères et européennes de la République française prend la parole :
La France confirme l’Afrique comme zone d’intervention prioritaire, pour concentrer l’aide et la rendre plus efficace.
La Constitution française précise :
La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances. Son organisation est décentralisée.
Tous les peuples du monde s’insurge :
Balivernes… Non à l’humanitaire ! Exigence politique ! Non à l’humanitaire, oui à l’argent…pour tous ! Oui à la politique et oui à l’économie, par toutes et tous appropriées. Aux lois actuelles nous cessons de nous soumettre, car nous craignons davantage la misère que la mort. Si la drogue existe, si les fruits existent, si les cadavres de nos frères et de nos sœurs existent encore, de tout ce qui existe, c’est la misère que nous souhaitons seule voir éradiquée. Elle seule !
A droite à gauche au centre tente de parler à nouveaux frais :
Sauf tout le respect que nous devons à la liberté d’opinion, vous faites manifestement et décidément fausse route. La misère est un mal limité à quelques parties du monde actuel que les états et les institutions mondiales s’évertuent à endiguer chaque fois que la démocratie peut s’exprimer.
Tous les peuples du monde, devenu rouge de colère, rétorque :
L’océan mondial globe Terre est rouge, vert, bleu, orange, jaune et les cieux aussi. Toutes les Kawazaki ZX-6R Ninja, de Paris à Paris, de Bogota à Moscou, de Cape Town à Shanghai, sont impuissantes face à nous. Nous ne sommes pas deux, pas trois, pas 100.000, gens, animaux ! gens, natures mortes ! pour fonder un seul monde entier mais successions infinies de mondes infinis. Et s’il faut absolument nous compter nous sommes 6,5 milliards moins quelques-uns, plus beaucoup d’autres à venir.
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Ce texte est extrait de L’Onénu non. Il constitue la saison 20 de la série des Fabrikasharia (cf. entretien). Il s’agit d’un texte préparatoire à une pièce en cours d’écriture. Cet extrait correspond à environ la moitié de cette saison 20.
“NOUS AUTRES”, issue d’une série de trois affiches, a été réalisée avec Alex Pou en 2006.

