Inédit : Le travail des passages

 

 

Dresser en ouverture un inventaire exhaustif des techniques, des appareils et des supports successifs de captation, d’enregistrement, de reproduction et de diffusion de la matière sonore.

Flânerie, bien sûr, ou : pensée dérivante, hasardeuse, qui se déplie dans un rythme (la promenade) comme à la surface accidentelle d’un paysage. Tenter de saisir ce qui, dans ce glissement, monte, institue cette procédure qu’est le montage.

L’accident : ce qui modèle et surprend la surface.

Ouvrir la possibilité d’une dé-prise, dans la description scrupuleuse de la matière – scrupuleuse, c’est-à-dire empreinte de la minutie littérale qui maintient, dans le texte, dans la musique, la matière à l’état de matière, le réel en deçà de tout effet de réel – ; qu’elle soit sonore, et donc équipée pour être décrite de tout un répertoire (un arsenal, un attirail) préalable, déjà passé (interprété, filtré) par le prisme de la sensation, n’y change rien.

Il y a là-dessous, sans doute, une indifférence à la question musicale : est-ce de la musique ? Question sans aucun sens ; de ce sens, on se fout. Le montage sonore est une expérience sonore, d’écoute, de lecture ; expérience menée à même l’enchâssement des technologies, de leur syncope, leur friction, leurs recouvrements uchroniques – détourés de tout(e) mode, a-modal, unfashionable –, et de leurs annulations, remplacements, progrès.

Composition opérée, bien sûr, non depuis le point de vue capital du 19e siècle, pas plus évidemment que depuis un nostalgique point de vue contemporain porté vers les deux siècles écoulés, mais depuis l’intersection des séquences historiques même.

Matière amassée, ramassée, matériau d’une autre fois, opération dont la chance est un transport, un transfert, une traduction, un rapport, un passage, une relation, où le hasard est le legs d’un microsillon altéré par le temps, érodé par les lectures, par la pluralité des séquences et des surfaces, les reprises multiples, successives, les franchissements analogiques, numériques, électroniques.

Travaillée par le pli infini des enregistrements.

Matière composite échantillonnée à partir de prélèvements opérés sur les premières notes de nombreux disques de chansons populaires – soit : issue de sources synchrones et tributaires du moment où la musique devient art de masse – massification de la production et de sa propagation – et, donc, tributaires de la prolétarisation croissante de l’homme et du développement croissant des masses.

Du premier âge (de l’âge d’or) de l’essor de la reproductibilité technique.

A la reproduction en masse correspond, en effet, une reproduction des masses.

Matière contemporaine (dès lors que le http://aaaneuropsych.com/free-naked-dating-ve/ critère d’authenticité n’est plus applicable à la production artistique, toute la fonction de l’art s’en trouve bouleversée) de la dé-ritualisation de la fonction de l’art – c’est-à-dire de son entrée en politique.

Ce que porte comme mémoire la texture incisée du microsillon est le dehors d’une désuétude : le timbre incertain d’un commencement.

Le passage (par exemple : celui dit des Panoramas, sur les Grands Boulevards) relie ; il est le lieu d’une liaison, d’une transition, d’une limite. Il est ce qui dispose que la limite elle-même est un lieu ; il est ce qui fait de la liaison un lieu.

Il est ce qui institue la limite en tant qu’espace commun.

Habiter la limite, dès lors.

Ou bien : un édifice qui « sert à des fins transitoires » (Paris, capitale du 19e siècle).

Qui sert : qui s’indistingue de par sa valeur d’usage.

A des fins transitoires : à un but éphémère, changeant. Qui dessine une limite provisoire ; qui ne pose pas de jalon frontalier. (Qui réalise une suspension de toute téléologie spatiale.)

Ici donc : le son utilisé. Portant la trace de son usage.

Le son portant la « trace des altérations matérielles ». (L’œuvre d’art à l’ère de sa reproductibilité technique)

Habiter signifie laisser des traces. (Paris, capitale…)

Panorama n. m. – 1799 ; mot angl. ; de pan- et –orama 1. Spectacle constitué par un vaste tableau en trompe-l’œil et destiné à être regardé du centre. Le panorama du musée de Waterloo. 2. Vaste paysage que l’on peut contempler de tous côtés ; vue circulaire. Þ vue. Admirer le panorama. « le panorama qui se déroule est fort beau ; d’un côté les Vosges, de l’autre les montagnes de la forêt Noire » (Nerval). 3. (ABSTRAIT) Etude successive et complète d’une catégorie de questions. Panorama de la littérature contemporaine.

Le fer, le verre : le vinyle, l’aiguille.

« Le fétichisme, qui succombe au sex-appeal de l’inorganique, est le nerf vital [de la mode]. Le culte de la marchandise le met à son service. » (Paris, capitale…)

On le sait – outre, depuis, les gloses innombrables – avec Benjamin : l’invention d’un nouveau médium, d’une nouvelle pratique, des conditions qu’elle suscite, des modes de perception qu’elle instaure, déplace l’art. La question opératoire n’est pas, bien sûr : est-ce de l’art ? Mais : en quoi cela affecte-t-il l’art ? Qu’est-ce que ça fait à l’art ? Quelle en est l’efficace (l’amplitude et l’intensité de la transformation) ? Ou encore : l’art ne réside-t-il pas précisément dans ce déplacement, qu’il s’impulse à lui-même, s’y altérant, en se faisant indifférent à sa propre question ?

Composition qui donne forme et consistance à l’altération.

Ce qui intéresse ici, ce sont les lignes de séparation qui clivent le temps, qui font coïncider des temps différents dans le temps d’une même époque, qui séparent l’époque, l’éloignent, l’absentent, la démarquent d’elle-même, la reprennent, la mettent en boucle, la présentent. La multiplicité des époques au sein d’une même époque. Le temps travaillé (composé, scindé) dating free montreal par une pluralité de temps.

Dans les panoramas, la ville s’élargit en paysage, comme elle le fera plus tard, plus subtilement, pour le flâneur.

Le temps comme agencement de ce qui interrompt le temps.

 

C’est ce qu’on entend ici : le temps comme interruption.

Qui aurait à voir avec, par exemple, l’obsolescence, laquelle fixe, fige une technologie dans le temps (suspend son procès) – la défonctionnalise – et la change en une forme.

Le passage : une liaison de fer et de verre, habitable en tant que transitoire – un continuum-artefact.

Ce qui, également, s’érode ici : la déploration de la technique.

Accidenter la coupure (mettre en point la coupe, en contrepoint les variations du son).

Que se passe-t-il dans le traitement spécifique de cette matière (matière qui ne se manifeste que par ce traitement, qui n’est pas première, ne préexiste pas, mais, traitée, se compose en même temps qu’elle se forme) ?

Agencer de stricts débuts.

Pour Fourier, le sex bot online passage est le modèle du phalanstère.

Ailleurs, on en a pu faire le prototype de la grande distribution (le premier mall, la première galerie marchande) : une géniale trouvaille du capitalisme.

Le flâneur est une première figure de celui qui traverse un lieu d’échange marchand intensif (un lieu où s’opèrent la mise en scène de la marchandise, l’exhibition au/du désir, et la spatialisation des flux) sans prendre part à l’échange, sans consommer.

Véro-Dodat : Choiseul : Sainte-Anne : Ben-Aïad : Grand Cerf : Bourg L’Abbé : Du Caire : Ponceau : Rohan : des Panoramas : Colbert : Vivienne : Brady : Puteau : du Havre : du Prado : des Princes : Molière : Royal : Vendôme : de la Madeleine : Jouffroy : Verdeau : Lhomme : de l’Ancre : Saint-André.

Le panorama est un passage et un point de vue, un lieu et une technique, un web cam naked women espace commun et une médiation, une perspective et un illusionnisme, avant d’être le nom d’un club berlinois bien connu.

Le panorama invente une fausse exhaustivité : le monde s’élargit selon une seule et unique perspective.

Question : peut-on nommer, précisément, l’unicité de cette perspective : capitalisme ?

Le fer, le verre : le sex-appeal de l’immatériel.

Ce texte est initialement paru en livret dans le disque de Pierre-Yves Macé, Passagenweg (Brocoli, 2008).

Texte © Mathieu Larnaudie – Photo © Isabelle Rozenbaum

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