L’idéologie chrétienne Born Again

À quelques jours des élections américaines, D-Fiction publie un extrait de l’ouvrage Born Again d’Arthur Kroker, directeur de recherche en théorie critique de la culture et des technologies à l’université de Victoria au Canada où il y enseigne également les sciences politiques. Ce livre – publié en 2007 aux Éditions CTheory – apporte un éclairage intéressant sur le mouvement évangélique des Born Againnés de l’Esprit – réunissant 40 millions d’adeptes sur 314 millions d’américains. La majorité des évangélistes américains sont  ultra-conservateurs et constituent la nouvelle droite religieuse du pays.  Comme le souligne la journaliste Ingrid Carlander dans un article publié récemment, « 70 % des américains exigent d’un futur président qu’il éprouve une foi sincère »1. Joe Rodgers, ex-ambassadeur des États-Unis en France (1985-1989) déclarait  : « Chez nous, un homme politique doit se réclamer de la religion s’il veut que l’on ait confiance en lui. Si on est né de l’Esprit-Born again, on ressent plus de compassion et d’intérêt pour les gens, et on est plus concerné par les problèmes mondiaux ».

 

 

LA NOUVELLE ÉTHIQUE PROTESTANTE

Cent ans après la publication du désormais célèbre texte de Max Weber, L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, la relation fatidique entre le protestantisme et le capitalisme s’est vue renouvelée au sein du discours politique américain. Cette fois pourtant, il n’est plus question de la convergence originelle conceptualisée par Weber entre l’esprit du calvinisme et le capitalisme avide – convergence par laquelle le christianisme devait être, en définitive, second dans le déploiement historique du projet capitaliste – mais bien du contraire. Dans le climat politique contemporain marqué par la résurgence apparemment omniprésente de la politique évangélique, le capitalisme ainsi que son corrélat historique – la modernité – se sont rabattus sur eux-mêmes, reversant aussitôt les codes modernes de la laïcité économique et du pluralisme politique afin d’être réanimés par l’esprit évangélique du fondamentalisme religieux. Ce que Weber présagea comme une entente fondamentale entre le calvinisme et le capitalisme avide – cette migration depuis l’Europe jusqu’en Amérique d’attitudes puritaines vis-à-vis du salut de la personne et qui s’établit, sous les auspices de l’esprit du capitalisme, par le don du témoin via une vie frugale, le dur labeur et la discipline – s’est transformée. Au centenaire de L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme, l’univers politique est soudainement dominé par l’esprit de ce qui pourrait être appelé la nouvelle éthique protestante, un réflexe idéologique propre au capitalisme de réseaux et de la politique de l’empire.

Animée par les visions apocalyptiques des jours de fureur annonçant le second retour du Christ, motivée par les fébriles aspirations de la prochaine élite spirituelle où seront séparés les élus des laissés-pour-compte comme en témoigne l’esprit vengeur de l’Ancien Testament, orthodoxe dans ses interprétations bibliques, moniste dans son élan hégémonique contre les religions du monde, en révolte active contre la laïcité, en rébellion acharnée contre le pluralisme, la nouvelle éthique protestante constitue le credo de la politique américaine contemporaine.

Nous qui sommes les sujets de la société postmoderne avons peut-être pensé que l’horizon culturel actuel s’était évanoui en raison des luttes fatidiques entre le modernisme, le postmodernisme et le posthumanisme. Cependant, il s’avère en fin de compte que le passé ne pourra être nié. Il émerge des cendres du Livre de l’Apocalypse une forme de politique religieuse incarnant, au sens politique, la tendance historique dominante de la vie publique américaine. Revêtant ici l’habit de la politique du mouvement « pro-vie », voici que cette nouvelle politique religieuse s’acharne contre l’hérésie du mariage de même sexe, s’oppose aujourd’hui aux prétentions scientifiques de la recherche sur les cellules souches, s’allie activement aux aventures impérialistes américaines dont l’esprit rappelle celui des croisades et accapare les médias dont les perspectives culturelles s’orientent vers la foi. Ainsi la nouvelle éthique protestante rejette-t-elle du revers de la main les discours laïcs et ce, dans l’intérêt d’une vision de la culture, de la société et de la politique qui soit aussi cosmologique sur le plan de sa trajectoire théologique, qu’eschatologique du point de vue de ses ambitions historiques.

Compris au sens métaphysique, il se peut bien que l’insurrection que mènent les politiques évangéliques constitue la forme politique représentative que le Nietzsche de Heidegger décrivait comme l’âge du «nihilisme achevé ». Selon cette interprétation, le pouvoir ayant atteint sa phase mature (nihiliste) – écœuré de lui-même, sans but précis, éreinté par le fardeau historique de maintenir une volonté active, glissant toujours, inexorablement, vers le néant de la volonté dépourvue de toute volonté – recherche désespérément un objet consistant, quelque chose d’inspirant, une mission historique. Au cœur du pouvoir nihiliste, en son vide éthique, se répand un puissant monisme historique – la nouvelle éthique protestante – qui ne sera pas étouffé.

Au formalisme creux du pouvoir, à l’inefficacité (au plan affectif) de l’éthique procédurière propre à l’humanisme libéral, aux équations cybernétiques de l’empire inscrites dans la violence et le sang à travers le paysage que donne à voir les guerres impériales, la nouvelle éthique protestante procure un but historique singulier – l’esprit du christianisme évangélique en croisade, qui en est à la fois reconstructiviste, renaissant et ravivé – soutenu par la pureté sémiotique des textes fondateurs de l’Ancien Testament. À ceux tentés de réduire les politiques évangéliques simplement à la plus récente des instances, réagissant au contrecoup des politiques culturelles, il faut faire remarquer que cet entrelacement fatidique et entièrement original de la religion (fondamentaliste) et des technologies de guerre (impérialiste) caractéristique de l’esprit américain pourrait fort bien être de l’ordre d’un grand renversement. Les politiques évangéliques nous rendent témoins de quelque chose de complètement inattendu et, par conséquent, de profondément inquiétant : une réconciliation éthique entre religion et technologie contenant des visions apocalyptiques tirées de l’Ancien Testament et qui seront encryptées dans les langages du pouvoir de la politique impérialiste et du capitalisme de réseaux. Sous la forme du mouvement « pro-vie », ce qui n’est actuellement qu’à l’étape préliminaire sur le plan rhétorique pourrait bientôt se généraliser comme principe fondamental de vie en Amérique et, suivant la logique impérialiste, en tant que culture mondiale.

Par conséquent, il n’est peut-être plus question de L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme dans sa première évocation calviniste de la propriété et de la régularité ascétiques, ni même du capitalisme dans son expression pionnière d’avidité. En revanche, c’est indéniablement la nouvelle éthique protestante qui s’érige comme vision morale de la politique américaine au 21e siècle : intolérante, charismatique, militante. Émergeant par-delà les frontières des croyances religieuses personnelles, cette fusion entre le fondamentalisme religieux et les instrumentations des formes mondiales de guerres impérialistes toujours plus cybernétiques constitue, par exemple, l’essence morale de la vision politique de « l’empire rédempteur » gouverné par l’administration Bush. Il s’agit ici d’un christianisme « reconstructionniste » – agressif, projectif, fondamentaliste – circulant instantanément à travers la structure espace-temps de l’Empire américain, porté par la volonté militaire à « la domination totale de l’espace » d’une part et, d’autre part, comme cela fut annoncé récemment, à la domination métabolique du corps des sujets mondiaux. Il s’agit là d’une dangereuse fusion entre le protestantisme fondamentaliste et le phénomène de la cyberguerre. Lors de sa première conférence de presse suivant sa réélection, Georges W. Bush proclama : « I have earned the political capital and I intent to spend it ».

Ces paroles sont porteuses de significations dont certaines sont déjà reconnues: la violence sacrificielle contre les villes d’Iraq, les récents rapports faisant état de nouvelles armes expérimentales (gaz toxiques et napalm) utilisées contre des citoyens de Falloujah, les présages inquiétants de l’aventurisme en Iraq ; et quelques histoires encore inconnues, non rapportées, déjà oubliées aux sombres abords de la réalité politique de l’empire — le très probable meurtre de Ray C. Lemme dans une chambre de motel du sud, un enquêteur privé dont on dit qu’il suivait les traces de The Five Star Trust – un secret financé par le Texas, l’Arabie Saoudite et les Philippines, qui, à son tour, aurait possiblement financé la manipulation informatique générale des dernières élections américaines2) . Toujours en pensant à ces événements, je me remémore les mots effrayants de Georges W. Bush : « I have earned political capital and I intend to spend it ».

 

LE CAFARD DU JOUR DE L’INVESTITURE & LE RAVISSEMENT MESSIANIQUE DE LA FIN DES TEMPS

History calls us.
– Condoleeza Rice, Secrétaire d’État américaine

Au jour de l’investiture – les rues de Washington bien barrées et surveillées dans un climat de paranoïa aiguë – les reporters du réseau de télévision ABC (probablement pour faire passer le temps) remixaient des images de John Kerry prononçant des paroles laconiques : « At least in this country, we don’t line up losers against the wall and shoot them ». Le discours inaugural, un texte à résonance messianique, proclame l’Amérique comme tutélaire de la politique mondiale chargée de propager la liberté et la démocratie, une tâche qui pourrait bien prendre plusieurs «générations » pour s’accomplir. La rhétorique politique déterminante du Président Bush, « America’s vital interests and deepest beliefs are now one », véhicule avec elle une profonde prémonition : signes d’agressions futures par un état impérialiste gredin, commises au nom de la liberté et à l’image de celui qui décide du paradis et du monde terrestre. God Bless America. God Bless the American People.

La question est alors la suivante : qu’est-ce que penser la politique américaine dans la perspective de l’idéologie Born Again signifie ? Quelles seraient les nouvelles formes d’interprétations politiques qui résulteraient d’une réflexion critique sur cette étrange, quoique absolument réelle, absolument intense relation entre la réémergence d’un fondamentalisme religieux dans la politique américaine contemporaine et la cyberguerre par laquelle l’Amérique projette ses ambitions impérialistes d’un bout à l’autre de la planète – cette rencontre historique au sein de l’esprit politique américain, de son passé religieux puritain et de sa version de plus en plus militarisée d’un futur post-humain? D’une manière que Weber ne pouvait qu’entrevoir, nous vivons peut-être bien déjà dans les cendres de l’Éthique protestante une espèce de résurrection – l’éthique protestante – hyper morale, hyper moniste, hyper charismatique, hyper fondamentaliste — ranimée, ravivée au sein du langage impérialiste de l’empire rédempteur. Il n’est donc pas étonnant que Frank Rich, dans une récente tribune pour le New York Times, écrive au sujet de la morbidité culturelle associée à « a culture of Death, Not Life » :

Mortality – the more graphic, the merrier – is the biggest thing going in America. Between Terri Schiavo and the pope, we’ve feasted on decomposing bodies for almost a solid month now. The carefully edited, three-year-old video loops of Ms. Schiavo may have been worthless as medical evidence, but as necro-porn their ubiquity rivaled that of TV’s top entertainment franchise, the all-forensics-all-the-time « CSI. » To help us visualize the dying John Paul, another Fox star, Geraldo Rivera, brought on Dr. Michael Baden, the go-to-cadaver expert from the Jon Benet Ramsey, Chandra Levy and Laci Peterson mediathons, to contrast His Holiness’s cortex with Ms. Schiavo’s.
– Frank Rich, The New York Times, 10 avril 2005

Comme le conclut Rich: « Once the culture of death at its most virulent interests with politicians in power, it starts to inflict damage on the living ».

Par conséquent, la culture de la mort constitue-t-elle un symptôme de la « psycho-géographie » de l’esprit américain, ou est-ce que le parfum de la mort attire pareille fascination médiatique parce qu’il évoque un virage plus fondamental au sein de la culture politique, à savoir ce moment culminant où la vie elle-même aurait renoncé au futur, devenant born again à l’intérieur des gestes (médiatiques) délirants de son propre anéantissement ? Entendue comme la pierre angulaire culturelle couronnant la nouvelle éthique protestante, cette image virulente de la « culture de la mort » est peut-être moins un phénomène exclusivement médiatique qu’un retour à quelque chose d’originel à la culture américaine – la résurgence des passions dominantes issues de ses origines puritaines du 17e siècle. Obsessionnel, s’érigeant en juge, moralisateur, doté d’une volonté dure, messianique, résolu à réprimer les signes de la vie (terrestre) au nom de la vie éternelle, le calvinisme, comme le christianisme en général, a toujours eu à ce propos une double fascination : certes, la perspective de la mort comme résurrection de l’âme contenue dans la chair du pécheur, mais aussi la discipline impérative à toute vie chrétienne à son tour garante de l’élection religieuse. Propulsé à la vitesse de la lumière (la vitesse des médias de masse) dans la culture populaire, l’esprit du calvinisme est maintenant ressuscité comme parfum de la mort, véritable attrait et principal conducteur de la « culture de la vie ».

Plus spécialement, virulent comme seul un effet résurrecteur peut l’être,les origines calvinistes de l’éthique protestante se sont transformées, avec succès, en langage rédempteur fondamentaliste de la chrétienté born again. D’après la cartographie politique contemporaine, ceci est parfaitement symbolisé à travers la division de l’Amérique en états bleus et rouges. Avec ceci en plus : les états rouges symbolisant hypothétiquement une certaine psycho-géographie de l’esprit américain – une réaction – formation psychologique massive – imminente, subjective, populiste, croyante – qui jadis était connectée aux instrumentations du pouvoir – cyberguerre, mondialisation militarisée, élitiste, néo-conservateur – constituerait ce qu’on entend aujourd’hui par fascisme culturel. Au 20e siècle, le pouvoir libidinal du capitalisme excessif se trouvait politiquement limité par l’opposition bipolaire du Bloc communiste. Au 21e siècle, époque symboliquement initiée par la chute du mur de Berlin, la politique d’empire – le capitalisme triomphant – ne possède plus de méthodes efficaces de contrôle politique.

L’Empire américain, fer de lance d’un capitalisme toujours plus militarisé, se trouve, en fin de compte, libre de se présenter comme signe universel – unipolaire, incontesté, autodirigé. C’est finalement en toute liberté que peut être gravée la formule politique inscrite sur la monnaie américaine  – E pluribus unum – dans la culture de masse. Sans son communisme binaire, sans la nécessité d’au moins maintenir l’illusion rhétorique de son engagement politique envers les idéaux des droits démocratiques et d’un égalitarisme économique, le capitalisme d’empire récidive aussitôt à travers le spectre du fascisme culturel comme étant son destin. Dit autrement, la formule politique se comprend comme suit : une imminente et populiste réaction-formation – un fondamentalisme born again – parcourant l’Amérique depuis les états sudistes jusqu’au cœur de l’Ouest et du Midwest industriel – combinée au programme élitiste de droite d’une politique impérialiste – embrassant la logique de la cyberguerre, le « projet de l’Amérique du 21e siècle », la « domination totale » – afin de produire une politique d’empire originellement autoritaire. Sur le plan national, menacée politiquement par les luttes des droits de l’homme menées par les groupes gais et lesbiens, cette réaction-formation psychologique – contrecoup politique virulent vis-à-vis des politiques de la différence – s’implique par émotivité à certains enjeux tels que le mariage de même sexe, le droit à l’avortement, l’immigration, la restriction des droits au bien-être social ainsi que l’assouplissement du contrôle des armes à feu. Sur le plan international, elle se projette vers l’extérieur, dans le langage du ressentiment et de la violence sacrificielle – l’idéologie Born Again comme l’énergie morale de l’Empire américain – ce que le rhétoricien et politicien de la Nouvelle-Angleterre, Daniel Webster, avait jadis appelé « Our Moral Republic ». Qui plus est, le langage du fondamentalisme religieux se joint à la logistique du cyber-empire. La sombre prophétie de Weber concernant la perspective d’un avenir lugubre fait de « spécialistes sans vision – ce néant s’imagine avoir gravi un degré de l’humanité jamais atteint jusque-là » ne s’apparente pas à notre passé, mais renvoie plutôt à notre futur.

VIOLENCE RÉDEMPTRICE ET INSÉCURITÉ PANIQUE

L’année 2005 marque un double anniversaire. Non pas uniquement le centenaire de la publication de L’Éthique protestante et l’esprit du capitalisme de Weber, mais également celui de la première publication de la théorie de la relativité d’Albert Einstein. Ces deux événements ne sont pas sans rapport. J’ai pour thèse que la sinistre vision de la « cage d’argent » de Weber fut projetée dans l’histoire à la « vitesse de la lumière » d’Einstein. Aujourd’hui, l’esprit du capitalisme – dans le contexte d’une culture de réseaux – voyage littéralement à la vitesse de la vie. L’Éthique protestante a été renouvelée par le langage rédempteur et véhément de la chrétienté born again. En l’année 2005, nous fûmes témoins d’une hybridation fatidique entre une chrétienté born again et le pouvoir de l’Empire américain lequel se déplace à la vitesse de la lumière born again. C’est ça l’idéologie Born Again : un pouvoir impérial de réseaux animé par les énergies disciplinaires d’une chrétienté désormais ressuscitée, rédemptrice, voyageant à la vitesse des ténèbres.

L’Amérique était un hyper pays bien avant la théorie de la relativité d’Einstein. Sa culture de la communication a fait en sorte qu’elle a toujours privilégié la vitesse de la lumière comme trace emblématique de sa toute-puissance technologique. En tant que culture de la relativité, l’économie politique américaine a pu se hisser au statut d’empire mondial puisqu’elle a su transformer le principe purement théorique de militantisme instrumental en méthodes pragmatiques de gestion associées à «l’amélioration de la capacité adaptative ». Comme culture de la violence, le militarisme américain éventre le pouvoir colonisateur à l’aide des réacteurs d’une conscience militante et missionnaire. La rhétorique dominante de l’Amérique comme culture de récits politiques fondateurs n’a jamais reposée sur la logique moderniste binaire – cette logique de l’un ou de l’autre. Politiquement, l’Amérique est une hyper culture parce qu’elle n’a toujours été qu’un champ d’énergie combinant simultanément « la matière sous forme d’états opposés ». Sur le plan de sa rhétorique tout autant que de sa politique, sa culture et de son économie, l’Amérique a toujours été à la fois ondulation et particule. C’est cela le secret de l’Amérique, sa séduction, sa malédiction ; ce qui en elle séduit, ce qui afflige.

Les signes d’une hyper Amérique entendue à la fois comme ondulation et particule – transformations simultanément opposées d’un état (culturel) – sont partout. Symboliquement, c’est le schisme visuel du drapeau américain avec ses étoiles et ses rayures. Historiquement, c’est l’interprétation de la guerre civile comme lutte morale rédemptrice ayant permis la fusion d’états d’énergie violente pourtant en opposition – confédérés et unionistes – dans l’histoire ininterrompue de la République américaine. Sur le plan législatif, ce sont les documents fédéraux proclamant cette impossible hyper théorie politique, défendant une vision sans équivoque des droits étatiques et d’un gouvernement central fort. Culturellement, c’est cette souveraine contradiction entre un populisme politique évangélique et une domination par les élites politiques. On retrouve dans la généalogie américaine officielle une contradiction inexprimée entre un hymne national accompagné de l’inspirante rhétorique politique républicaine et l’impossibilité d’une véritable participation populaire. Einsteinien avant Einstein, l’exceptionnalisme des États-Unis d’Amérique a tout à voir avec le fait qu’ils sont les précurseurs politiques de l’hyper réalité – un style contesté de gouvernement, un domaine conflictuel de religion et de technologie, un champ énergétique violent de subjectivité individuelle – qui anticipe, plusieurs siècles en avance, les grandes découvertes scientifiques des temps modernes.

Une nation de possibilités (« le rêve américain »), un pays de probabilités absorbant la différence, l’Amérique est, et a toujours été, une singularité historique, une hyper culture, une structure espace-temps. Rompant avec les discours (binaires) européens, l’Amérique a toujours représenté une fusion de la subjectivité pré Lumières et de la technologie post-humaine.Par conséquent, si la théorie spéciale de la relativité d’Einstein a pu spéculer que la lumière est et ondulation et particule, qu’elle se trouve simultanément dans deux états contraires, c’est uniquement pour réitérer la formule ayant animé la culture politique américaine depuis ses débuts puritains, c’est-à-dire à la fois une culture de violence rédemptrice et d’insécurité panique. Et si Einstein a pu théoriser contre et au-delà de la vision moderniste de Newton à propos d’un univers entitatif (là où interagissent ensemble des objets discrets, séparés par de grandes distances), que nous vivons dans une structure espace-temps se déplaçant à la vitesse de la lumière, c’était seulement pour reprendre ce qui fut longtemps établi dans la convention fondatrice des États-Unis. À savoir que cette « terre bonne » (pour reprendre les termes de l’entente de Mayflower) fut imaginée depuis son commencement historique en tant que structure espace-temps déjà religieuse, déjà unifiée, voyageant littéralement à la vitesse transcendantale de la lumière (théologique). Et si les théoriciens quantiques après Einstein ont pu théoriser ce changement implosif qui se produit dans l’hyper culture en raison d’un « effet tunnel » par lequel des trous de ver se sont soudainement, et de façon imprévisible, ouverts dans la structure espace-temps, reliant ainsi des singularités du passé et de l’avenir. C’est cela, exactement, qui se produit dans la politique de l’Empire américain d’aujourd’hui. Voici une singularité (religieuse) du passé (les origines puritaines d’une politique fondée sur la foi) ayant littéralement creusé sa voie dans l’avenir. Alimenté par les émotions born again issues de la pré-modernité religieuse, l’américain post-humain (cybernétique) s’ouvre à un futur dans lequel les impulsions religieuses ataviques se déploient à travers le tissu spatiotemporel d’une technoculture voyageant à la vitesse de la lumière (digitale). Si cela paraît contradictoire, paradoxal, vague, c’est probablement parce que l’Amérique est la première, et assurément la plus singulière expression de «l’hyper idée » réalisée au plan politique.

Précipité par les événements (symboliquement) cataclysmiques du 11 septembre 2001, par les vagues de panique, de peur et d’appels à la violence rédemptrice déclenchées par cette soudaine dissolution, cette violation des limites du corps politique souverain, un trou de ver s’est ouvert dans la structure espace-temps de l’Empire américain liant ainsi deux singularités – le fondamentalisme religieux et le militarisme mondial cybernisé – au sein de ce que les physiciens quantiques nomment la « ligne d’Univers». Le choc psychique du 11 septembre – aidé et encouragé par un régime néo-conservateur doté d’un plan préventif d’action stratégique militaire déjà en place – a complètement et littéralement fendu la structure espace-temps de l’esprit américain, débouchant alors sur une importante fusion d’idées en apparence opposées – futurisme technologique et prophétie religieuse – qui, jusqu’à ce moment, avaient maintenu leur solitude respective en vertu des rituels de la modernité. Sur le coup, la soif de vengeance héritée du passé (religieux) s’est déversée le long de la fissure psychique du 11 septembre afin de se réincarner dans la matérialité de la guerre cybernétique et de la conscience d’empire en croisade.

Tous connaissent la fable des Lumières de la supposée mort de Dieu. Mais cette histoire, le mythe nietzschéen de la mort du sacré dans nos esprits raisonnables et modernes accompagné du supposé triomphe des droits de la Raison sur le sectarisme religieux, est, faut-il l’admettre, de plus en plus spécifique aux particularités de l’expérience européenne de la fin de la modernité. Tout comme la chouette de Minerve qui, chez Hegel, prend son envol à la tombée de la nuit, se peut-il que le Dieu du Nouveau Testament soit mort au sein de la conscience européenne des Lumières en raison d’une nouvelle incarnation de Dieu : le Dieu de l’Ancien Testament, fusionnant une politique militante de violence rédemptrice avec une insécurité panique endémique tutélaire née de la convention politique américaine.

Ainsi, la seconde venue de Dieu comme réelle politique de l’Empire américain : une rencontre décisive entre les anciennes prophéties de l’Ancien Testament et le plein éventail du futurisme d’une cyberguerre. C’est cela l’idéologie Born Again, et cette fois, les dirigeants de la convention américaine ont l’intention de ne pas se tromper – ils ont l’intention de faire les choses adroitement, à-droite-ment – et ce, via un certain style d’action politique – une politique inflexible fondée sur l’action préventive, une politique du jour le jour, les interventions militairesconstantes suscitant sans cesse de la turbulence, des provocations médiatiques visant à provoquer l’effroi et la panique parmi la population intérieure pour qui la violence devient alors l’unique recours – un style d’action politique dont, grâce à sa loi du « tous contre un » et ses appels à l’intolérance, le charismatique leadership constitue un rappel émouvant de ce que Leo Lowenthal, théoricien exilé pendant les années 40 de l’école de Francfort, décrivait comme stratégie imminente des idéologies autoritaristes.

 

LE RAVISSEMENT ET L’ESPRIT AMÉRICAIN

Interpréter la vision religieuse évangélique de la politique américaine comme étant seulement un addenda servant les ambitions politiques et militaires des États-Unis traduit, à mon sens, une mécompréhension du problème. Le souffle qui anime le projet impérialiste américain est essentiellement religieux et non politique. La mythopoétique américaine dominante est eschatologique. Elle concerne la fin des temps. Elle est animée par une vision religieuse stricte de la fin des temps, envoûtée par l’imminence du moment de ravissement, le moment où la crise politique déchaîne la violence, la désolation et la destruction de l’Armageddon prophétisée dans l’Apocalypse, énergiquement reconstructionniste, usant de la parole de l’Ancien Testament comme son horizon psychologique, son horizon émotionnel, de l’Empire américain. C’est pourquoi, il est d’une pertinence plus qu’anecdotique qu’une récente opération d’assaut des Marines au sud de Bagdad ait pour nom de code « Operation Playmouth Roch », que des soldats américains aillent se battre avec des bibles « camouflage »et c’est pourquoi aussi que l’image télévisée montrant des Marines construisant une source de baptême impromptue à partir de coquilles d’artillerie pour être bénis « dans l’esprit de Dieu » durant le combat pour Falloujah ait quelque chose de poignant.

Lorsque les premiers pèlerins – la colonie de la baie du Massachusetts – traversèrent les eaux de l’océan Atlantique au 17e siècle, leur conscience collective historique était véritablement ancienne, non pas moderne, puis influencée moins par les contraintes de la nécessité économique que par les Saintes Écritures de la Bible : Mathieu 5;14, pour être précis, fournit la base biblique de la fameuse déclaration, de l’entente de Mayflower par John Winthrop durant la « Grande Migration » ; où il était question de la destinée collective de la colonie en tant que la création d’une « City upon the Hill ». Ces pèlerins constituaient le peuple d’une migration biblique dont la psycho-géographie était d’un quatrième ordre de simulacre : une réalité symbolique virtuelle sans référent réel autre que sa propre tautologie biblique – littéralement, un signe universel profondément marqué par les voix de Daniel et de Mathieu, les bêtes à sept têtes de l’Apocalypse et les quatre bêtes sorties de l’océan de Daniel.

Écoutez de nouveau l’entente de Mayflower, cette première rhétorique d’empire elle-même tatouée dans la rhétorique politique dominante américaine et qui s’étale de la nouvelle invocation de l’esprit du puritanisme comme essence de la « République morale » américaine par Daniel Webster à l’occasion du 100e anniversaire de la « première rencontre » à Plymouth Rock3, jusqu’à l’allocution de Lincoln, du discours inaugural de John F. Kennedy, de la rhétorique politique de Nixon, de Reagan, de Bush, père et fils et probablement aussi du fils suivant.

For we must Consider that we shall be as a City upon a Hill, the eyes of all people are upon us; so that in this work we have undertaken and so cause him to withdraw his present help from us, we shall be made a story and a byword through the world, we shall open the mouths of enemies to speak evil of the ways of god all profess for God’s sake; we shall shame the faces of many of gods worthy servants, and cause their prayers to be turned into Curses upon us till we be consumed out of the good land whether we are going.4

Ce n’est pas que le vif désir d’être « City upon the Hill », mais quelque chose d’autre également, quelque chose de notable dans l’éclat inspirant qui entoure cette phrase «City upon the Hill ». Considérons une fois encore cette sinistre phrase : « if we shall deal falsely with our god […] we shall be made a story and a byword through the world […]» – une peur de l’échec, un doute de soi imminent, sujet de honte potentielle, de mal et de malédictions potentielles.

La rhétorique de l’entente de Mayflower présente deux Amériques distinctes: l’utopie fort remarquée de la grandeur de la République américaine, mais aussi le casse-tête que forment les très protestants états du sud (« the bible-belt »), impardonnable territoire psychologique de sa décadence – un monde craint, un monde de honte et de malédiction, une vision apocalyptique de désolation que provoque le retrait de Dieu de cette « terre bonne » (the « good land »). De plus, l’histoire bien connue du paradis américain (« America Eden ») – une Amérique comme convention religieuse signifiée par une image d’elle-même en tant que « City upon the Hill » – à la première occasion se retourne et devient ce pays cruel et imaginaire de l’Amérique gothique. Ternie depuis le tout premier moment de son articulation avec une touche subtile d’insécurité panique dénudée, la rhétorique politique entourant l’Amérique se reflétant comme « City upon the Hill » comporte une indétectable fissure juste au-dessous de sa surface psychique : c’est la peur de la catastrophe qui attend le « peuple élu » infidèle aux termes de la convention religieuse.

Conséquemment, même avant l’émergence d’à-travers les eaux des puritains à Plymouth Rock, le code politique américain était déjà fermement en place. Il allait en résulter une culture politique dialectiquement bornée par les rythmes et les tensions des codes dirigeant la grandeur et de la décadence, la violence rédemptrice et l’insécurité panique, les spasmes de « l’esprit de guerre » et l’inertie teintée d’un fatalisme mélancolique5. Cependant, si tel est le cas, l’histoire de la convention américaine n’est-elle pas la continuation de la bien plus ancienne histoire de l’essor et de la chute de l’expérience cosmologique ? L’invocation puritaine de l’entente de Mayflower ne signifie-t’elle pas que l’essor ou le déclin du véritable projet historique américain dépendrait de sa réponse au problème du salut? Dans ce cas, la résurgence au 21e siècle d’une politique évangélique représenterait moins un moment de rupture avec la conception que l’Amérique a d’elle-même comme technoculture séculaire reconduite à la vitesse des affaires que le retour fatidique à la problématique politique générative sous-jacente au rêve américain – le plus ancien rêve du salut abandonné par la crainte du bannissement. Et si les États-Unis n’ont jamais réussi à échapper à leurs racines généalogiques par l’affranchissement des mythes cosmologiques, cela indiquerait que sa politique à venir pourrait fort bien se déployer conformément à la plus persistante métaphysique de l’expérience cosmologique, par l’intermédiaire des particularités de la culture américaine contemporaine : son ontologie (salutiste), son épistémologie (fondée sur la foi), son organisation politique (théocratique), son esthétique (la « culture de la vie »). Dans le jargon politique américain, les questions de mondialisation et ses conséquences en termes de monde multinational sont éclipsées par le spectre de la cosmologie.

Curieusement, les États-Unis – autoproclamés fer-de-lance en matière de modernité technologique, immensément confiants dans ce rôle et, d’après le philosophie George Grant, prétendument apparue à l’ère du progrès – ont leurs racines mythiques dans une forme de conscience biblique intensément spirituelle, disciplinée en ce qui a trait à la sobriété, à la droiture morale, au travail et, plus tard, à tous les excès de la violence rédemptrice et à l’insécurité panique, à l’extase du consommateur ainsi qu’aux crises de surendettement. Peut-être que, comme dans la théorisation de la mort de la représentation dans Ceci n’est pas une pipe de Foucault, les pèlerins puritains n’ont jamais réellement traversé l’Atlantique. Peut-être que, dans leur esprit, ils faisaient toujours un avec les enfants d’Israël fuyant le mauvais Pharaon : non pas le Pharaon égyptien, mais la restauration royaliste en Angleterre accompagnée de l’effondrement de l’église anglicane dans l’apostasie de la cérémonie et de la réhabilitation de la hiérarchie religieuse. Ils étaient les réfugiés de Babylone visant à reconstruire en ce Nouveau Monde ce que l’historienne Barbara Tuchman a décrit comme l’essence de l’enthousiasme religieux anglais de Cromwell – le pouvoir de la « bible et de l’épée » (the « Bible and the sword »)6. Ce qui débarqua à Plymouth Rock fut, je crois, l’ombre précurseur du « dernier homme » de Nietzsche dans Ainsi parlait Zarathoustra – un esprit tout armé de ressentiment nietzschéen: une communauté religieuse en exil fuyant la persécution en Angleterre et l’indifférence de la Hollande, séparatiste, insufflée par l’esprit militant propre aux élus religieux et, par-dessus tout, sexuellement perverse dans sa relation au corps. La fondation de l’Amérique n’a jamais été réellement (exclusivement) une affaire d’économie politique capitaliste, mais a plutôt à voir avec une économie religieuse libidinale : une attitude obsessive et disciplinaire vis-à-vis du corps, décodant la fantasmagorie de l’Ancien Testament dans le désir charnel, contrôlant agressivement le corps des femmes, des paroissiens, des peuples autochtones. Séparatistes, remplis de ressentiment, endurcis par les luttes religieuses en Europe, comblés par l’idée des élus spirituels, obsédés au point que la perversion sexuelle élimine la libido du corps, les Puritains débarquèrent comme une eschatologie – une dure et froide vision de la fin des temps – attendant seulement le moment de sa pleine expression historique.

Ainsi, on a souvent souligné les origines capitalistes de l’expérience américaine alors qu’il en fut moins le cas à propos des origines del’exceptionnalisme américain d’après la psychogéographie de l’Ancien Testament. L’expression seule (« exceptionnalisme américain »), marquant l’horizon du soi-disant rêve américain, indique que la rhétorique américaine dominante est imprégnée dans les vieilles binarités de l’Ancien Testament. Tout le reste, je crois, en découle: retenti dans ce tournant fondamentaliste contemporain jusqu’à la vision primitive de l’esprit d’un nihilisme puritain sorti de la mer à Plymouth Bay. L’attrait de George W. Bush pour l’expansion de la liberté dans le monde constitue l’emblématique rhétorique de la conscience missionnaire, au même titre que le mouvement « pro-vie » éveille, dans l’esprit américain, l’attitude puritaine, une attitude aussi bien intolérante que disciplinaire.

C’est comme si, pour un très bref instant, les beaux jours de la raison politique – durement acquise par la persécution religieuse et les interminables guerres religieuses d’Europe – s’estompaient une fois de plus alors que le langage apocalyptique de l’eschatologie religieuse s’affirmait de nouveau. Réfléchie selon une perspective critique et libérale, la tradition puritaine représente ce moment, continu mais épisodique, dans l’esprit américain où les forces réactionnaires brisent le silence de plusieurs coeurs nourris par le ressentiment dans un emballement général de zèle et de victimisation – témoin du McCartisme, la politique du race-baiting, union-baiting, sex-baiting, ou les récentes campagnes antiterroristes encodées dans la loi par le US Patriot Act. Compris d’après la frange libérale de la dialectique de la raison, cela pourrait correspondre à la réalité mais pour ce qui est de la généalogie de la politique de l’Empire américain, je ne crois pas qu’il s’agisse-là d’une théorisation adéquate de l’époque dans laquelle nous vivons.

Nous devons à nouveau écouter, intensément, ce que les Puritains avaient à dire aux leurs. Je pense que leur discours renferme le credo fondateur de la politique américaine contemporaine. Non pas en détails : leurs appels à l’ascétisme, à l’autodiscipline et à la séquestration physique ont disparu sous la surface du consumérisme capitaliste et de la société du spectacle. Aujourd’hui, le « dernier homme » de Nietzsche carbure au vide numérique : connecté aux IPods, à la messagerie instantanée et aux prothétiques du consommateur; accro à la Porn, aux feuilletons à l’eau de rose (soaps), à la chirurgie plastique, à la chaîne télévisée Fox ; encabané, paralysé devant son téléviseur à écran plasma, le son surround pompé à fond ; silencieusement fasciné par les reportages des médias sur les terroristes traqués, capturés et emprisonnés, voire torturés ; et moralement flatté par les scènes de violence militaire construites au détriment d’un ennemi créé par le malheur du hasard.

Pour tout cela, les codes fondateurs remontent à loin : l’esprit du puritanisme n’a pas disparu. Provoqué par les symptômes psychiques usuels du ressentiment nietzschéen – « Quelqu’un doit payer pour ma souffrance » -, l’esprit du puritanisme pourrait bien s’être intensifié. La rhétorique de l’exceptionnalisme – l’Amérique comme « City upon the Hill », attachée depuis le début à un engagement prédestiné envers Dieu — constitue l’essence de la conscience politique américaine. Appelez cela comme vous voudrez – l’American dream, la convention fondatrice, « l’Empire rédempteur » – il s’agit d’une rhétorique active de l’exceptionnalisme moral. Si elle justifie la droiture morale du pouvoir qu’exercent les cadres de l’état impérialiste au moment de déterminer le véritable sujet du langage de l’exception , elle ne peut nous distraire quant à la nature essentiellement religieuse de la mission américaine ou encore nous détourner de sa capacité à réunir ensemble, dans l’expérience de la « République morale », une version du christianisme essentiellement inspirée de l’Ancien Testament ainsi qu’une version néo-républicaine de la politique néo-conservatrice. Actuellement, l’attrait pour une politique évangélique, pour des politiques publiques évangéliques, pour une gouvernance, une science, une éducation, un commerce religieux, ne présente pas quelque chose d’exceptionnellement nouveau dans le discours politique américain, mais constitue plutôt un retour à l’unité originale des discours essentiellement missionnaires – la science et la croyance, la gouvernance et la foi – et qui renvoient ainsi l’essence véritable de la nouvelle convention – l’Amérique. Il n’y a pas dans le discours américain de véritables contraires, seulement des modèles qui s’entrechoquent dans la tension créative.

Avec la réélection de George W. Bush, la vision puritaine de l’Amérique comme « City upon the Hill » s’articule dans le langage de la chrétienté moralement rechargée, historiquement projective, militairement en croisade. Par exemple, dans la patrie (électronique) américaine, les visions théologiques d’une « chrétienté reconstructionniste »7) multiplient soudainement les spin-offs salutaires éternels : des théorisations religieuses uniques de la « théonomie »8 et du « dénominationalisme »9 en passant par la vision apocalyptique de l’Armageddon des laissés-pour-compte (« Left Behind »). Les politiciens, plus que quiconque, pénètrent l’acte (théologique). Littéralement. Avec Pat Robertson du programme télévisé 700 Club, on dit que le Président Bush est un «premillenial dispensionalist » autoproclamé.10) Contrairement à d’autres factions luttant pour ce qui est décrit comme étant une « chrétienté reconstructionniste » (reconstructionniste parce qu’elle croit au pouvoir de la valeur et de l’action chrétiennes pour transformer dramatiquement à la fois l’identité personnelle et le cours même de l’histoire en imposant à la société américaine les Saintes Écritures de l’Ancien Testament), le Président Bush se convainc que le moment de ravissement – le second avènement du Christ – sera provoqué par une certaine constellation d’événements politiques prophétisés dans l’Ancien Testament, dont les plus fameux sont la réunification d’Israël et la reconstruction du temple de Salomon sur le Mont du Temple. Avec la collaboration de ses plus proches conseillers de la Maison Blanche, il est tenu d’accomplir sa position historique de dirigeant afin de réaliser maintenant l’histoire depuis longtemps prophétisée de la seconde venue du Christ. Certains chrétiens born again perçoivent en le Président Bush le signe envoyé de Dieu de l’élu, le signe longuement anticipé de la venue du Ravissement, séparant le transcendant chrétien élu de la vaste multitude qui sera « laissée-pour-compte ». La psychose de ces nouveaux païens occupe les plus hautes instances de la politique de l’empire.

Étant données les circonstances actuelles, je crois que la capacité du public de protester contre la suppression des garanties constitutionnelles traditionnelles en matière de droits civils en faveur des politiques évangéliques et d’un pouvoir disciplinaire ne peut être que limitée. Avec l’idéologie Born Again, la rhétorique séculaire de l’exceptionnalisme américain s’est vue disparaître comme étant quelque chose de superflu par rapport à l’essence religieuse de l’esprit américain. Ici, au sein du discours politique américain, le projet kantien de la liberté universelle s’est fait remplacer par une vision salutiste qui, refusant de s’exprimer en termes strictement religieux, fusionne parfaitement avec le vocabulaire politique nécessaire à l’expansion de l’empire.

Si l’on objecte qu’il s’agit-là d’un phénomène temporaire, je soulignerais que l’esprit du ravissement a toujours été le chant persistant de la patrie américaine. Appelez cela comme vous voudrez – l’inébranlable croyance des puritains originaux à l’effet qu’ils étaient moins les fondateurs d’une nouvelle colonie politique qu’un moment de renouveau rédempteur, une nouvelle évocation, dans un désert sauvage, d’un ancien contrat religieux (l’Amérique comme la nouvelle Jérusalem) ; reviviscence évangélique dans les tentes religieuses des coins reculés de l’Amérique du 18e et 19e siècles; ou ces appels à l’empire depuis la litanie du « Manifest Destiny » jusqu’aux visions contemporaines de l’Empire rédempteur ; l’Amérique a toujours essentiellement été une cosmologie religieuse, contenue dans une coquille technologique. Conséquemment, se peut-il que dans la jonction politique contemporaine, l’exceptionnalisme américain soit moins compréhensible en termes d’impérialisme politique traditionnel que comme effort violent d’engendrer la crise mondiale nécessaire à la révélation biblique, au Moment de Ravissement ?

VAMPIRES PURITAINS

Voici une pierre que les pieds de quelques misérables touchent un instant, et cette pierre devient célèbre ; elle attire les regards d’un grand peuple ; on en vénère les débris, on s’en partage au loin la poussière. – Alexis Tocqueville, De la démocratie en Amérique

Dans sa brillante étude de la philosophie classique américaine comme quête morale, The Wilderness and the City11) , le théoricien politique, Micheal A. Weinstein, présente cette thèse judicieuse sur la logique fondatrice de la société américaine. Selon Weinstein, l’esprit américain a toujours oscillé entre deux extrêmes – entre « l’esprit de guerre» et l’esprit de « l’acédie ». C’est-à-dire que l’exceptionnalisme américain est enraciné dans la division classique de la conscience : il oscille entre l’ « esprit de guerre » enragé (qui, comme le note Tocqueville, est disposé à conquérir le continent sauvage avec une bible dans une main et une hache dans l’autre) et la peur panique (tempérée par le mélancolique doute de soi) vis-à-vis de la dissolution imminente de ses propres frontières. Explorant la tension fondamentale entre les naturalistes américains – John Dewey et George Santayana – et les vitalistes américains – Josiah Royce et C.S Peirce – avec pour médiation philosophique la volonté de pragmatisme propre à William James, Weinstein demande si l’essence de l’expérience américaine ne serait pas une ontologie de la « haine de l’existence » dissimulée par les manifestations agressives de l’apparat du militantisme frénétique. Comme l’énonce Weinstein :

The challenge for the modern spirit today is to pass through Nietzsche’s trial of world-sickness. American culture, which is the last outpost of Western individualism, has evaded Nietzsche’s insight into the hatred for their own existence when the veils of piety have been lifted from their awareness. Among the American classical philosophers only William James came close to the Nietzschean phenomenology of the spirit, but he drew back in horror from reflection of his panic fear and chose to stimulate in other people a will to believe.12

The gravest of ills today is the massive aggregation of the weak into organized complexes that trample on the disorganized weak… There is a near universal sense of injury in America today, a will on the part of many to « get even. » This sense of declining life, as Nietzsche’s analysis predicts, a bitterness that is often overt but that even more frequently hides a brittle piety.13

En réfléchissant à la compréhension qu’a Weinstein de l’essence morale de l’exceptionnalisme américain comme « fragile piété » et comme « haine de l’existence », se pourrait-il que les puritains de l’entente de Mayflower – avec leur intense conscience de soi en tant que prophètes de l’Ancien Testament, engagés dans leur propre conception de la « Grande Migration » à travers les eaux de la nouvelle mer Rouge – c’est-à-dire l’Atlantique – fuyant le mauvais pharaon qu’est la restauration royaliste en Angleterre – auraient apporté sur les rives de Plymouth Rock quelque chose de vraiment différent, qui implique, dans leur vision de la « Fin des Temps », quelque chose de plus effrayant. Avant « l’amertume » et la « fragile piété » associées au « dernier homme » de Nietzsche à l’âge contemporain de la « vie décadente», je m’interroge à savoir si l’entente de Mayflower n’était pas comme le langage du vampire, de la possession de l’âme, comme l’étrange langage de l’Ancien Testament (extra terrestre, extra historique, extra juridique), macéré dans la forte émotivité de l’exil (ressentiment, vengeance et optimisme). Les puritains ont-ils traversé l’océan Atlantique ou la mer rouge? Qu’était la «Grande Migration »? Ne se sont-ils jamais installés en terre d’Amérique, ou si c’est l’Amérique qui, toujours, représentait quelque chose d’intermédiaire, de spectral, un instrument matériel, une grande migration, sur le chemin du retour au pays accompagnée du dieu vertueux. Avec les puritains, ne sommes-nous pas d’emblée temporellement enchainés à une psycho-géographie d’étranges spectres ?

Nous savons cela. Les théoriciens sociaux tel que Max Weber pourraient parler ultérieurement de la convergence pratique des habitudes de travail puritaines – autodiscipline, frugalité, dur labeur – avec les qualités morales nécessaires au support du capitalisme comme projet historique, une fois celui-ci libéré des contraintes éthiques du culte religieux. Ceci est très certainement le territoire religio-capitaliste de L’Éthique protestante et l’esprit capitaliste de Max Weber. Toutefois, avec l’avantage que procure le recul culturel du 21e siècle, nous pouvons peut-être aujourd’hui ajouter une petite, quoique significative, modification vampiresque à la fameuse thèse de Weber. Se pourrait-il que le capitalisme américain soit l’extension directe d’une première impulsion religieuse, à savoir la nécessité de tout assimiler, d’une part, à une «grande migration » (ce que Nietzsche appela plus tard un enjambement, un pari, un passage au-dessus de l’abysse) ; et, d’autre part, à une volonté de destruction énergisée par la « haine de la vie » et qui constituait l’essence de la psycho-géographie puritaine – haine du corps, haine de la nature, haine de l’Europe, haine de la restauration des rituels cérémoniaux catholiques dans l’anglicanisme, haine de la vie elle-même. Bien avant les réflexions post-structuralistes de Barthes, Derrida, Irigaray et Lyotard, les puritains de l’entente de Mayflower furent les premiers sémioticiens de l’expérience américaine, l’incarnation prophétique de ce qu’on appelle communément la société du «signe universel ». L’identité collective du puritanisme était si fusionnée, enfermée, tautologique, si circulaire dans son échange symbolique, si sexuellement pervertie de par ses obsessions disciplinaires, tellement fétichiste et cosmologique qu’il n’y avait qu’une issue possible – s’étendre afin de remplir la structure espace-temps, ou périr. Dans l’imaginaire de l’eschatologie puritaine, il reste à révéler le sens de la grammaire fondamentale de l’American way — soit réussir dans les termes qu’exige la volonté de l’empire, peu importe les ambitions, soit souffrir de disparaître de la face de la terre. Aucune médiation n’est possible entre la violence rédemptrice et la peur panique. D’après le futurisme puritain, l’Amérique subordonnerait le contenu récalcitrant de l’espace terrestre et de la chair corporelle au langage eschatologique de la fin des temps ou elle disparaîtrait.

En effet, ce fut avec une bonne conscience évangélique que la moralité puritaine justifia l’extermination des peuples autochtones ainsi que l’appropriation de leurs terres ancestrales. En tant que fondateurs autoproclamés de la Nouvelle Jérusalem, les puritains établirent ce qui allait rapidement devenir le modèle colonial américain de démonétisation des peuples autochtones comme négation radicale – comme néant – avant de les soulager, d’abord de leurs territoires, puis de leur vie. Alors que la nation Wampanoag du Massachusetts fut la première victime de la croisade puritaine, ce qui peut être appelé le modèle puritain allait bientôt être appliqué avec une sauvagerie clinique par l’armée américaine à tous les habitants autochtones de l’île Tortue.14) Ironiquement, la violence rédemptrice et la peur panique ont peut-être engendré le plus européen de tous les nihilismes – la « conscience monstrueuse » de Blake – dans l’esprit et le cœur puritains. Grâce aux puritains, ce que Nietzsche allait plus tard diagnostiquer comme la singulière maladie européenne – l’Homme – a traversé l’Atlantique pour se venger sur le « New Canaan » des Amériques. Ce jour de 1620 où l’esprit puritain se souleva de la mer à Plymouth Rock, quelque chose de très ancien dans l’histoire de la rage humaine, quelque chose d’amer, de récalcitrant et de viral, mourant d’envie de se venger, a contraint les peuples sans méfiance, les animaux, la terre de l’île Tortue. Par delà leur cosmologie religieuse particulière, les puritains étaient aussi, je dirais, les porteurs involontaires d’une particule importante de la métaphysique européenne à savoir l’esprit d’un nihilisme vengeur. Celui-ci fut, par voies du langage salutiste et militant de la conscience missionnaire évangélique, directement injecté dans cette « terre bonne » d’Amérique.

Par conséquent, la vision de l’Amérique comme « City upon a Hill » chez John Winthrop peut être comprise comme étant constituée de l’essence même de la dialectique américaine – une métaphysique de l’esprit de guerre et d’insécurité panique – vaincre ou périr. C’est là en fin de compte que se trouvait un peuple itinérant, en fuite ; prêt à inscrire leur existence dans un geste métaphysique – l’esprit du vampire puritain – qui n’était pas européen, définitivement pas tout à fait humain, jamais féodal ou moderniste, étrangement post-humain peut-être. De la même manière que Les Confessions d’Augustin dans le jardin de Cassacium où la volonté de croire réunit enfin la trinité chrétienne de la volonté, de l’émotion et de l’intellect dans la chair de sa propre subjectivité, la confession puritaine s’est imprégnée dans la personnalité américaine : la vie en soi comme « grande migration » – une traversée depuis le corps naturel jusqu’au corps biogénique, mais aussi traversant les corps de l’économie, de la nature, de la société, de la politique, ces territoires libidinaux d’un empire en expansion, en quête du salut que contient la violence rédemptrice. Ce qui émergea de la mer à Plymouth Rock fut un précurseur psychique de la culture politique évangélique américaine : un esprit biblique insufflé des sentiments de discipline et de revanche, aussi implacable dans sa haine de l’existence que motivé par le vif désir de salut en ce monde de perdition.

C’est, je crois, l’esprit primitif du vampire puritain – rédempteur, violent, extra-terrestre dans ses ambitions spirituelles, imprégné du sang des sacrifices de l’Ancien Testament – c’est cet esprit du vampire puritain qui se déclare encore à travers la rhétorique politique des politiques évangéliques. Ici, cette « fragile piété » est balayée par une foi fiévreuse. L’ « amertume » individuelle se trouve collectivement masquée tout comme l’est le mouvement « pro-vie ». Les signes d’un vampire puritain sont multiples : de la foi fondamentaliste d’après la vision du « premillenial dispensationalism » à la nouvelle convention du pacte de Mayflower; de l’actuel langage de l’impérialisme en croisade aux croyances puritaines de l’application impérative d’une violence rédemptrice contre le corps, en particulier contre les corps indisciplinés des femmes hors-la-loi, des sorcières, des ensorceleuses. Les signes de l’esprit délirant d’un puritanisme disciplinaire sont partout : de l’obsession de la perversion sexuelle chez le militaire – les images d’Abu Ghreib repensée maintenant dans les termes d’un avocat de la défense Texan comme un « sport normal de meneuses de claques » – à une obsession quasi-fétichiste parmi la « faiblesse organisée » du « mariage traditionnel » comme purificateur de la « contamination sociale » qu’est l’amour gay et lesbien. De l’extase délirante de la Maison blanche avec ses visions de l’Armageddon, jusqu’au ravissement puritain de la nouvelle éthique protestante, la vie publique incarne un sens du temps qui courbe vers le passé, avec l’esprit du vampire puritain comme futur politique évangélique.

Voici l’essence morale du triomphalisme américain. Voici pourquoi l’Empire américain, qui pourrait objectivement – stratégiquement – déjà être en déclin (en raison du surendettement, du surexpansionnisme militaire, de la démesure médiatique), pourrait aussi bien n’être qu’au stade de la petite enfance. Nietzsche fit un jour remarquer au sujet de cette étrange créature appelée être humain que pour tout son ressentiment, sa cruauté, sa paranoïa et ses fétiches, que pour toute sa peur panique de l’abîme intérieur, des luttes désespérées contre la cage de sa propre conscience morale, il se trouvait-là une volonté, une fuite en avant, sans plus. Arrêtant un moment leur jeu de paris, le panthéon des dieux se rendit compte qu’avec cette naissance de « l’humain, trop humain », quelque chose de fondamentalement nouveau se produisait. Mais c’est donc que Nietzsche a toujours été le philosophe de l’esprit américain. S’il pouvait prophétiser qu’il serait seulement compris à titre posthume, peut-être était-ce parce que ses réflexions à propos du « dernier homme » en tant que conséquence finale de la volonté de pouvoir n’allaient s’intégrer à l’ombre de l’Empire américain qu’au 21e siècle. De même, le jumeau philosophique de Nietzsche, René Girard, pouvait écrire avec tant d’éloquence et d’honnêteté sur la « violence sacrificielle »15 parce qu’il sentit aussi venir la désolante violence rédemptrice, avec ses cruels épisodes de « boucémissérisme » et de « violence sacrificielle » comme « la fin des temps » de l’Armageddon. Étrangers à leur propre époque, migrants des ténèbres de l’imagination intellectuelle, le « dernier homme » de Nietzsche ainsi que la « violence sacrificielle » de Girard demeurent des pulsars psychiques forts, pointant le chemin vers l’apocalypse social de l’eschatologie puritaine une fois ressuscitée sous la forme des politiques évangéliques.

Texte © Arthur Kroker  – Traduction © Anne-Marie Hallé et Léa Gamache – Photos © Juan Clemente – Lien vers la version originale de cet extrait.

Anne-Marie Hallé est doctorante en théorie politique à l’Université de Victoria. Elle s’apprête à écrire une thèse sur les rapports philosophiques et socio-anthropologiques entre mort et politique dans l’Amérique du Nord contemporaine.

Léa Gamache poursuit des études de maîtrise à l’Université de Victoria en théorie politique et dans le programme multidisciplinaire Cultural, Social and Political Thought. Ses intérêts de recherche sont principalement liés à la notion de sublime et à la théorie esthétique.
  1. http://www.monde-diplomatique.fr/mav/125 []
  2. Wayne Madsen. « Texas to Florida: White House-linked Software Operation Paid for ‘Vote Switching’ Software » (http://www.onlinejournal.com/Special_Reports/120604Madsen/ 120604madsen.html []
  3. Plymouth Oration par Daniel Webster (http://www.dartmouth.edu/~dwebster/speeches/plymouth-oration.html []
  4. City Upon a Hill, 1630 par John Winthrop (http://www.mtholyoke.edu/acad/intrel/winthrop.htm []
  5. Pour une brillante analyse sur la migration de la pensée politique américaine entre l’esprit guerrier et l’acédie, voir Michael A. Weinstein. 1982. The Wilderness and the City : American Classical Philosophy as a Moral Quest. Amherst: The University of Massachusetts Press. []
  6. Barbara W. Tuchman. 1984. Bible and Sword: England and Palestine from the Bronze Age to Balfour. New York : Ballantine Books. []
  7. Pour un excellent compte rendu de la vision de la chrétienté reconstructionniste, voir Robert Parsons. « Christian Reconstruction: A Call for Reformation and Renewal ». (http://atheism.about.com/od/reconstructionist/ []
  8. Pour un point de vue convaincant au sujet des doctrines de la théonomie, voir Jay Rogers. « What is Theonomy? » (http://www.forerunner.com/theofaq.html). Pour un point de vue critique : « What is Theonomy?  » (http://www.geocities.com/Athens/Academy/2850/Theonomy.html). []
  9. D.G. Tinder. «Denominationalism ». (http://mb-soft.com/believe/text/denomina.htm). []
  10. Pour une réflexion critique sur les implications politiques de l’idée du « premillenial dispensionalist » voir (http://www.gsenet.org/newsstnd/rch.php []
  11. Weinstein. Op.cit. Pour une analyse fascinante de la philosophie classique américaine comme réponse continue à « la mort de Dieu en Occident », voir plus précisément le septième chapitre, « American Philosophy and Modern Individualism » (129-156) où Weinstein soutient que la pensée américaine, substituant l’idéal collectif de la « société » pour Dieu, s’exprime dans les « successive appeals for deliverance to the community and… parallel critiques of the war-spirit. » (136 []
  12. Ibid., 154. []
  13. Ibid., 155. []
  14. Pour une actualité de la lutte historique du peuple Wampanoag et de la plus ou moins récente décision majoritaire de la cour suprême américaine à l’effet que ce peuple ne constitue pas proprement une tribu lorsqu’il est question de rapatriement territorial, voir (http://www.inphone.com/seahome.html []
  15. Pour sa théorisation de la violence sacrificielle sous le signe du « bouc émissaire », voir René Girard, Le Bouc émissaire, Paris, Grasset, 1982. []

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