« Si les femmes faisaient les maisons… », la croisade de Paulette Bernège

 

Si les femmes faisaient les maisons… : si le titre est de ceux qu’on n’oublie pas, l’auteure, elle, semble s’être totalement évanouie, en tant que personne, jusqu’à n’être plus qu’un nom dans l’histoire de l’adaptation au domaine domestique des principes du taylorisme dans l’entre-deux-guerres. Les historiens et les sociologues qui se sont penchés sur ses travaux depuis une vingtaine d’années ont renoncé – mais ont-ils vraiment cherché ? – à donner d’elle le plus petit aperçu biographique, ne serait-ce que celui qui tient en deux dates, de naissance et de décès, et qu’on ne refuse jamais à un homme, quels que soient ses mérites1 . Aucune notice ne lui a été consacrée, pas plus sur la moderne Wikipédia que dans les plus classiques « dictionnaires de contemporains » du milieu du XXe siècle. Or cette enseignante et journaliste fut, en son temps, une sorte de célébrité nationale, et même internationale, à laquelle des dizaines et des dizaines d’articles ont été consacrés, dans les journaux les plus divers et les pays les plus éloignés ; si bien que son effacement pourrait bien devoir moins à la décantation du recul historique qu’à des réflexes peu avouables. Tout se passe comme si celle qui avait consacré toute sa vie à étudier et à réhabiliter le travail domestique féminin, mis toute son énergie à tenter de le faire reconnaître à l’égal d’un travail professionnel masculin, avait fini tout de même par être considérée – par ses historiens même – comme une simple ménagère, dont la vie serait indigne du récit le plus succinct.

 

L’organisation ménagère : une révélation
Il faut aller sur le site de l’université de Harvard, dans les archives de la propagandiste américaine du taylorisme domestique, Christine Frederick, pour trouver les quelques très beaux portraits photographiques qui restituent à Paulette Bernège un visage et un corps. Et c’est dans les pages des albums de coupures de presse qu’elle avait confectionnés du temps de sa célébrité et qui sont conservés au Musée social, dans les colonnes du Chicago Tribune notamment, que sont dispersés les éléments biographiques qui permettent d’éclairer ce destin paradoxal2.

Née en 1896 dans la région d’Agen (très exactement à Aylet, près de Tonneins, Lot-et-Garonne), fille d’institutrice, Paulette Bernège accomplit un parcours scolaire parfait – bachelière ès sciences, licenciée ès lettres, diplômée d’études supérieures de philosophie – jusqu’au seuil d’une agrégation alors interdite au deuxième sexe. Sans attendre le résultat d’une mobilisation à laquelle elle aurait participé pour l’ouverture aux filles de ce concours, elle se tourne vers le journalisme et devient, en 1922, secrétaire administrative du Syndicat de la presse technique et secrétaire de rédaction de la revue Mon bureau. Et sans doute faut-il attribuer à cette circonstance, qui la conduit à étudier les théories tayloristes très en vogue en cet immédiat après-guerre3 , l’intérêt qu’elle manifeste alors pour l’application de ces méthodes à la vie domestique. L’ouvrage de Christine Frederick, Le Taylorisme chez soi, venait de paraître dans sa traduction française chez Dunod, éditeur de tous les ouvrages dédiés au taylorisme dans l’industrie, aussi bien ceux des théoriciens américains (F. W. Taylor ou F. Gilbreth) que ceux de l’école française (H. Fayol notamment). Est-ce d’abord la lecture de l’ouvrage ou la rencontre de l’auteure (car Christine Frederick a fait plusieurs voyages en France) qui provoque la révélation ? Toujours est-il qu’on trouve en 1923 cette ancienne étudiante en philosophie à la tête d’une revue mensuelle intitulée Mon chez moi, organe d’un Institut d’organisation ménagère basé à Nancy, dont le programme recouvre largement celui du taylorisme domestique tel que formulé par la maîtresse de maison américaine et adapté à la ménagère française.

Dès lors, Paulette Bernège a trouvé sa voie : en 1924, elle fait une communication sur ce thème au Congrès de l’organisation scientifique du travail tenu à Paris et fonde le Syndicat des appareils ménagers et de l’organisation ménagère. En 1925, elle crée et présidera longtemps une Ligue d’organisation ménagère ayant pour but de fédérer les énergies et de propager les bonnes méthodes destinées à affranchir la ménagère française de son asservissement aux tâches ménagères dévoreuses de temps. Dans les années qui suivent, non seulement elle prend une part prépondérante à la rédaction de sa revue, Mon chez moi, mais elle écrit aussi pour d’autres, se répand en conférences, fait des voyages d’études et de propagande, dirige une école ménagère, réalise enquêtes et expertises pour des firmes industrielles telles que Michelin, édite des brochures… Elle effectue deux tournées aux États-Unis, où elle retrouve Christine Frederick, mais on la voit également à Amsterdam, Glasgow, Bruxelles, Rome, Prague, en Suisse ou encore dans les pays scandinaves, au sein des organisations équivalentes à la sienne, dans tous les congrès qui traitent de ces questions. En 1928, l’ouvrage qui rassemble l’essentiel des matières traitées dans ses articles, De la méthode ménagère4 , lui assure le succès d’un best-seller et conforte son audience internationale, conservée jusqu’à la fin des années trente5 .

 

La méthode Bernège
Quelle était cette fameuse « méthode » pour laquelle, en bonne philosophe, elle se réclamait de Descartes autant que de Taylor ? Il s’agissait de considérer ce que personne ne semblait avoir vu jusque-là, que les tâches ménagères étaient un véritable « travail » qui absorbait le temps d’une fraction considérable de la population et justifiait pleinement les efforts « d’organisation » que les sociétés industrialisées commençaient à mettre en œuvre pour les activités productives. Selon les principes de F. W. Taylor, et suivant l’exemple de Christine Frederick, Paulette Bernège avait d’abord listé, puis analysé les diverses tâches ménagères (cuisine, blanchissage, nettoyage, repassage, service, achats, livraisons, comptabilité, décoration, couture, petites réparations, soins quotidiens aux malades, puériculture, éducation des enfants), leur récurrence et leur place dans l’ensemble de l’organisme domestique (prévision, organisation, contrôle, coordination).

Elle avait décomposé les gestes, compté les pas, mesuré les distances, chronométré chaque phase de chaque tâche. Elle avait ensuite comparé les temps obtenus avec ceux que l’on pouvait observer lorsque l’aménagement des cuisines était fait selon la logique fonctionnelle des tâches à accomplir ; lorsqu’on disposait d’un outillage moderne, et notamment d’appareils électroménagers nombreux et performants ; lorsque les plans d’appartements étaient plus rationnels et permettaient d’économiser les pas et les gestes. Et ces chiffres étaient effarants : en tablant sur une perte de temps évaluée à deux heures par jour au minimum du fait de mauvaises installations, sur une vie de travail ménager de quarante ans par femme et pour un total de dix millions de ménagères, Paulette Bernège évaluait à 7,3 milliards d’heures de travail par an la perte pour l’économie française, soit 65 % de la fortune familiale et un pourcentage équivalent de la richesse du pays ! Car c’était là son originalité, et sans doute une part de son succès : elle considérait la direction d’un ménage comme une petite entreprise et poussait le raisonnement économique jusqu’à demander la prise en compte du travail ménager, au même titre que le travail professionnel, dans le calcul des ressources des familles et dans l’économie nationale.

Sans se revendiquer du mouvement féministe, Paulette Bernège protestait avec la plus grande vigueur contre « l’asservissement de la femme », « l’esclavage » des besognes ménagères ; elle reprochait aux hommes de faire travailler les femmes françaises « plus qu’aucun autre pays civilisé du monde »6 ! Elle parlait de « libérer la femme », de secouer le joug, d’en finir avec les routines séculaires, etc. Sans se prononcer sur la pertinence de la répartition des tâches ménagères – un débat quelque peu anachronique, s’agissant des années vingt –, elle prétendait s’adresser aux « femmes de toutes conditions », de l’ouvrière qui devait tenir son ménage en plus d’une activité salariée, à la maîtresse de maison aisée dirigeant une domesticité plus ou moins nombreuse et coordonnant les services de fournisseurs extérieurs, en passant par la célibataire dans son genre, vivant seule et désireuse d’économiser le temps perdu aux besognes ménagères – et de tous milieux, ruraux ou urbains.

Efficience, rendement, productivité, outillage, ordre, organisation, aménagement sont ses maîtres mots, comme ceux des ingénieurs experts en organisation scientifique du travail. Quant aux solutions, elle les voyait du côté des fabricants de matériel électroménager, des architectes concepteurs, des urbanistes, de l’intelligence des ménagères également. Il fallait revoir l’aménagement des logements et notamment des pièces techniques telles que la cuisine et la salle de bains, diffuser les éléments de confort, développer l’électroménager, former les ménagères à ces métiers…

 

La ménagère et l’architecture
Si le monde de l’organisation scientifique du travail fait tout de suite une place à l’économie domestique, lui réservant une section de ses institutions et de ses congrès, les architectes semblent avoir été moins empressés à répercuter des questions qu’ils pensaient connaître depuis longtemps. Après tout, le confort de l’habitation avec ses réseaux de plomberie, l’hygiène avec ses problèmes d’ensoleillement, le logement ouvrier avec ses questions de surface et de mobilier, étaient à leur programme depuis au moins deux décennies, voire plus, et sans parler du fonctionnalisme, théorisé depuis plus d’un demi-siècle. Ils ne s’intéressèrent donc à Paulette Bernège qu’à l’occasion de la publication d’une petite brochure, parue en 1928, dont le titre provocateur ne pouvait pas ne pas retenir leur attention : Si les femmes faisaient les maisons…

 

 

Les thèses déjà bien rodées de l’auteure y étaient résumées à quelques phrases-chocs, à quelques schémas parlants, à quelques chiffres particulièrement marquants, destinés à alerter l’opinion et les pouvoirs publics, au moment où le pays s’engageait dans la campagne de construction de logements la plus ambitieuse jamais envisagée : 250 000 logements à construire en cinq ans dans l’espoir de venir à bout d’une crise du logement qui n’avait fait que s’aggraver depuis la guerre. Parlant au nom de la ménagère française qu’elle pensait pouvoir représenter, s’adressant au ministre, Louis Loucheur, Paulette Bernège réclamait que cette ambition se traduise concrètement en un effort de modernisation des maisons qui bénéficierait aux femmes et mette fin aux gaspillages séculaires de temps, d’énergie et d’argent. Plus de « distances vampires » entre cuisine et salle à manger ou entre chambre et salle de bains, mais des plans intelligents réduisant les parcours ; plus « d’escaliers saboteurs » mais des ascenseurs partout et pour tous ; plus de constructions légères laissant passer les bruits d’un logement à l’autre ; plus de « matières qui épuisent » comme le cuivre qu’il faut astiquer, les fenêtres à petits bois qui démultiplient le temps de nettoyage des carreaux, les parquets à cirer, les métaux à récurer, mais des matières lavables, susceptibles d’un entretien facile et rapide ; plus de corniches, moulures et autres décors à épousseter mais des formes simples et sans décor inutile !

Elle plaidait pour la civilisation du « tuyau », apportant et rejetant les fluides de l’organisme domestique aussi naturellement que le corps humain son sang, ses sécrétions et déjections. Il fallait dispenser partout l’eau, l’électricité, le gaz, les vide-ordures, l’air comprimé et même l’ozone ! Elle imaginait la généralisation, en matière de logement collectif, de résidences hôtelières (les fameux « hôtels-appartements » qui faisaient fantasmer les architectes modernes, comme Le Corbusier) offrant tout le confort possible à des prix rendus raisonnables par la mise en commun, et, pour l’individuel, montrait en exemple des plans de maisons américaines séparant clairement les zones jour et nuit, assurant l’indépendance des pièces et la flexibilité des usages. Elle demandait surtout qu’il soit fait appel à la compétence essentielle des ménagères françaises pour que les maisons à construire soient conçues selon leurs besoins.

Malgré une certaine maladresse dans la description architecturale et une naïveté certaine dans son expression graphique, le pamphlet très revendicatif de Paulette Bernège reçut un accueil plutôt favorable de la presse professionnelle qui, loin de tourner l’auteur en ridicule, semble avoir apprécié autant le courage manifesté par cette « ménagère d’avant-garde » qui, après tout, représentait les goûts et dégoûts de la clientèle et devait donc être prise en compte, que son progressisme, dont le côté militant et impatient rejoignait celui de la jeune génération des architectes modernes7 .

 

Des architectes ménagères ?
Les critiques de Paulette Bernège – le titre même de sa brochure – conduisaient enfin à une dernière question, celle de la féminisation de la profession. Si les femmes étaient seules à gérer le ménage, était-ce à dire qu’elles seules étaient à même de concevoir des logements modernes ? Fallait-il avoir souffert dans sa chair du mauvais fonctionnement des logements pour être à même de le corriger ? Elle n’était pas loin de le penser. En 1925, dans un article s’adressant à son lectorat féminin et intitulé « Architectes ménagères »8 , elle suggérait aux filles de s’orienter vers cette nouvelle profession, présentant à la fois l’attrait de la création, la certitude d’une utilité sociale s’étendant sur plusieurs générations et l’espoir de revenus confortables.

 

 

À défaut de femmes architectes exerçant en leur nom l’intégralité des missions de maîtrise d’œuvre – une éventualité qu’elle ne semble pas envisager –, elle suggère que ces nouvelles architectes ménagères collaborent aux agences de leurs confrères masculins pour y apporter leur expertise spécifique. Curieusement, elle ne semble pas connaître de femmes architectes, à une époque où commençaient pourtant à sortir des écoles les premières diplômées ; à une époque où, en Allemagne, une femme architecte concevait, pour des logements sociaux, la cuisine taylorisée la plus célèbre au monde ! Pour ses écoles ménagères successives, c’est avec des architectes « tout court » qu’elle collabore, sans que l’on sache précisément comment s’était faite leur rencontre. Il y a d’abord l’architecte urbaniste Alfred Agache (1875-1959), nommé vice-président du Conseil de perfectionnement de son Institut d’organisation ménagère, qui écrit pour elle un article sur la responsabilité des architectes dans les défauts reconnus des logements ; un article dans lequel, après avoir renvoyé la responsabilité du problème sur les propriétaires, il admet effectivement que les architectes gagneraient à étudier la question du travail ménager9 . Il y a ensuite le jeune Jean Royer (1903-1981), qui enseigne dans son École de haut enseignement ménager les disciplines techniques et architecturales (chauffage et ventilation, décoration et mobilier, architecture et urbanisme). Lors des congrès auxquels elle participe, elle ne manque pas d’entraîner les membres dans quelque visite architecturale, rue Mallet-Stevens à Paris ou à la cité Frugès de Pessac. De cette dernière visite, qui marque peut-être sa rencontre avec Le Corbusier, elle tire un article très élogieux sur ces nouvelles « machines à habiter »10 dont le concept rejoint si bien ses propres idées et dont l’apparence avant-gardiste la séduit. Elle a lu, de toute évidence, la revue et les manifestes de Le Corbusier, qu’elle est capable de citer avec pertinence, et il est probable que c’est elle qui, en 1929, a demandé à l’architecte de participer au quatrième Congrès de l’organisation scientifique du travail pour la section qu’elle préside, et où – à défaut d’être prononcé par l’auteur, alors en Amérique du Sud – a été lu et discuté le « remarquable rapport » qu’il avait écrit sur l’économie domestique et la construction économique11 . Lors de cette séance, la participation des femmes à la conception des logements est clairement demandée et l’Allemagne citée en exemple : à Stuttgart, selon la représentante allemande, les femmes avaient été sollicitées et avaient préconisé l’application des principes de Mlle Bernège ! La représentante de la Bulgarie appuyait dans le même sens, demandant que les femmes, « très compétentes pour donner leur avis », soient consultées sur l’aménagement des logements.

À cette question des femmes architectes, Le Corbusier ne répondra que plus tard, disant que la femme était « par fonctions naturelles architecte »12 , et qu’il avait « constamment chez lui de jeunes femmes architectes »13 . Et de fait, Charlotte Perriand remplissait, à l’agence de la rue de Sèvres, exactement les tâches imaginées par la théoricienne du ménage : elle s’occupait d’analyses de gestes et de mouvements, de mobilier fonctionnel, de cuisines rationnelles, de dimensionnement de casiers modulaires formant cloisons épaisses et placards de rangement de tous les objets domestiques, etc. En 1928-1929, précisément, elle participait à l’étude de prototypes de maisons économiques spécialement conçues pour répondre au dispositif de la loi Loucheur.

Le Corbusier avec son prototype de maison, Paulette Bernège avec sa brochure, manifestaient l’espoir de la jeune génération dans la campagne de construction qui allait démarrer et dont le ministre garantissait l’ambition : ils furent déçus l’un et l’autre. En dépit des promesses de Louis Loucheur, en dépit de grandes études préparatoires, les travaux menés par la commission technique chargée de l’application de cette loi n’aboutirent qu’à des recommandations d’hygiène, de fonctionnement et de surfaces tout à fait élémentaires, bien en deçà des intentions affichées. Et la réalisation fut plus décevante encore : côté habitat individuel, le système libéral prévoyant la construction, en direct par les particuliers, de maisons choisies sur catalogue et réalisées par des artisans locaux, sans information préalable de la clientèle visée, ferma la porte aux expériences innovantes. Côté habitat collectif, la génération des architectes assez âgés pour avoir échappé à la mobilisation de 1914 s’arrangea pour que les opérations nouvelles soient envisagées dans la continuité de celles qu’ils avaient engagées au début des années vingt et poursuivirent ainsi tranquillement leur travail.
Aux critiques déjà communément formulées à l’égard de la loi Loucheur dans la destinée de l’architecture française du XXe siècle, peut-être faut-il en ajouter une de plus : un premier échec dans la féminisation du métier d’architecte…

Texte © Marie-Jeanne Dumont – Photos © Criticat

Article proposé par la revue Criticat, espace de réflexion sur l’architecture indépendant des institutions, et ouvert à l’ensemble des acteurs de la vie intellectuelle et artistique.

 

 

Auportrait de Paulette Bernège

 

Dédicace - Paulette Bernège

En complément de cet article et à la suite des échanges qui l’accompagnent, nous somme heureux de publier l’autoportrait de « mademoiselle Bernège » intitulé Au soleil de Gascogne, ainsi que la dédicace associée. Cette reproduction nous a été transmise par Madame Pascale Ries. 

 

  1. Voir notamment : Martine Martin, « La rationalisation du travail ménager en France dans l’entre-deux-guerres », Culture technique nº 3, septembre 1980, pp. 156-165 ; Paulette Bernège, Georges Ribeill, « Le tuyau : élément essentiel de civilisation », Flux, numéro spécial, 1989, pp. 57-74 ; Odile Henry, « Femmes et taylorisme : la rationalisation du travail domestique », revue Agone n° 28, 2003 ; Jackie Clarke, « Paulette Bernège et la formation d’une nouvelle classe moyenne dans les années 1930 et 1940 », Travail, genre et sociétés nº 13, avril 2005, pp. 139-157. []
  2. Trois albums de coupures de presse confectionnés par Paulette Bernège elle-même, riches de documents provenant de tous les pays, conservés aujourd’hui au Musée social. Cette très précieuse documentation, à ma connaissance, n’a jamais été exploitée jusqu’à présent. « Who’s Who abroad, Paulette Bernège », The Chicago Tribune, 20 avril 1926. Voir aussi le numéro spécial probablement publié à l’occasion des soixante-cinq ans de l’auteure : « Hommage à Paulette Bernège », L’Éducation ménagère nº 132, septembre-octobre 1960. C’est dans les fichiers de la Bibliothèque de l’hôtel de ville de Paris que l’on a retrouvé, sans toutefois pouvoir les vérifier, les dates de naissance (1896) et de décès (1973) de P. Bernège. []
  3. Les ouvrages de F.W. Taylor venaient d’être publiés chez Dunod dans une traduction de J. Royer. []
  4. Paulette Bernège, De la méthode ménagère, Paris, chez l’auteur et chez Dunod, 1928. Ce livre a été traduit dans plusieurs langues (allemand, hollandais, polonais et italien) et a connu au moins quatre éditions, la dernière dans les années soixante. []
  5. Les albums de coupures de presse de Paulette Bernège incluent de nombreux articles de journaux étrangers s’échelonnant de 1925 à 1939 environ : journaux américains qui voient en elle un agent de l’américanisation du Vieux Continent, mais aussi journaux centre-européens et scandinaves. []
  6. Paulette Bernège, in Mon chez moi, juillet 1929, pp. 307-308. []
  7. Les albums de Paulette Bernège présentant une bonne vingtaine de recensions, plus ou moins longues, de cette brochure, dont six ou sept parues dans des revues d’architecture ou de construction. []
  8. Paulette Bernège, « Architectes ménagères », Mon chez moi, 15 mai 1925, p. 61. []
  9. A. Agache, « Est-ce la faute des architectes ? », Mon chez moi, 1er septembre 1923. []
  10. Paulette Bernège, « La machine à habiter », Mon chez moi, 15 novembre 1926, p. 239 sqq. Sur ses vieux jours, elle situa aux environs de 1924 leur rencontre. Voir : lettre à Le Corbusier, 19 août 1964, [FLC T-2-20-368,369]. []
  11. Le Corbusier, « Économie domestique et construction économique », 4e Congrès de l’organisation scientifique du travail, 19-23 juin 1929. Et, pour la discussion sur ces questions : L’organisation scientifique du travail, 4e congrès international, Paris, 1929, p. 170. []
  12. Le Corbusier, « La femme et la ville radieuse », conférence faite à Alger le 6 mars 1933 [FLC B2-11-31]. []
  13. Ibid. []

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23 Réponses
  1. Pascale Ries dit :

    Paulette Bernège vivait à Unet à côté du Hameau de Ayet faisant actuellement partie de la commune de Tonneins. En 1940, des convois de Belges fuyant l’invasion allemande en Belgique vinrent demander refuge dans diverses régions de France. Mes grands-parents et ma mère vécurent 3 mois dans le Lot et Garonne d’abord dans une dépendance du domaine de Mademoiselle Bernège et ensuite à Ayet chez les Bard, agriculteurs. Il s’agit bien sûr d’une anecdote qui n’est pas en rapport avec l’objet de votre article. Paulette Bernège n’a rien dit à l’époque de ses activités professionnelles. Maman se souvient de son merveilleux jardin!

    • admin dit :

      Bonjour Pascale, je réponds tardivement à votre témoignage. Je vous en remercie vivement, très, très émouvant. À bientôt. Hélène.

      • Bonjour Pascale, je découvre la biographie de Mlle BERNEGE notre proche et pourtant mysterieuse voisine. Tu peux me contacter si tu souhaites evoquer cette periode qui liait nos grands parents A tres bientot Annie

    • Ries Pascale dit :

      Annie,
      Heureuse de lire ton message. Je viens aussi de découvrir quel fut le rôle de Mademoiselle Bernège durant sa vie professionnelle : améliorer la condition féminine, veiller à ce que les ménagères puissent accéder à des conditions de travail moins pénibles. Je ne sais si vous l’avez beaucoup rencontrée. En 1940 elle avait offert à Maman petite fille, la photo d’une peinture « autoportrait » qu’elle avait réalisée et au verso de cette photo on trouve une dédicace.
      Je ne peux ici reproduire cette photo qui est en PDF. Communique-moi ton adresse Email.
      Reçois ainsi que ta famille toutes mes amitiés émues.
      Pascale RIES
      NB. : Si D-Fiction souhaite obtenir copie de cet autoportait de Melle Bernège merci de me communiquer l’adresse Email aussi

      • Bonjour,
        Je suis tombé par hasard sur votre réponse en effectuant des recherches
        sur le nom (qui est le mien également) BERNEGE. Si celà est possible j’aimerai bien avoir une copie de l’autoportrait de Paulette BERNEGE.
        Je vous remercie par avance.
        D. BERNEGE.

  2. Bravo pour ton article. FV

    • Madeleine dit :

      Impossible de trouver la date de décès de Paulette Bernège…..une lettre à la société de philosophie en 1959, puis plus rien….. en revanche, j’ai découvert que le stade de Tonneins s’appelle Jean Bernège. Son mari?

      • Il y avait (et il y a encore) beaucoup de Bernège dans la région de Tonneins, dont ma propre famille dont je ne sais pas si elle est apparentée à Paulette Bernège (mais je vais me renseigner car mon père, Daniel Bernège, est féru de généalogie).

      • BERNEGE Marie-Jeanne Paulette est décédée à Miramont de Guyenne ; à la maison de retraite. Elle était célibataire. Son grand-père était originaire d’un petit village (GRATELOUP) dans les coteaux, à quelques kilomètres de Tonneins. Dans ce village a vécu toute une lignée de BERNEGE et je n’ai pas encore trouvé de lien avec ma propre famille. Le stade Jean BERNEGE doit son nom au directeur du crédit agricole de Tonneins qui a beaucoup oeuvré pour le développement de l’équipe de rugby locale. Il n’a pas de lien connu (à ce jour ) avec Paulette Bernège

        • Sur ma réponse d’hier ; j’ai omis de dire la date du décès. Paulette BERNEGE est décédée à la maison de retraite de Miramont de Guyenne (47) Le 25 novembre 1973. Une fin bien triste pour la vie enthousiasmante q’elle semble avoie eue. Daniel.

      • Bonjour,
        Par un pur hasard, je viens de lire votre commentaire.
        Le stade Jean BERNEGE, porte le nom de mon père, qui a été Président
        du Club de Rugby à XIII de Tonneins pendant plusieurs années.
        Paulette BERNEGE ne fait pas partie de notre branche.
        D. BERNEGE.

  3. clemente dit :

    Chères toutes,

    Madeleine bonjour,

    Je me permets de transmettre vos échanges passionnants à l’équipe de Criticat, notamment à Marie-Jeanne Dumont qui trouvera certainement matière à prolonger ses recherches et ou préciser les éléments autobiographiques précis concernant Paulette B.

    Pascale, bonjour également,
    Je vous communique mon adresse email afin de mettre en ligne après votre accord l’autoportrait en prolongement de cet article.
    Hélène Clemente (h.clemente@d-fiction.com)

    Une très belle journée à toutes !

  4. Bonjour,
    C’est la première fois que j’ai pu voir une architecture de la tache ménagère. Etant bien organisé, je pense les femmes auront moins de calvaires.

  5. Marise dit :

    Voilà qui plairait à Erdogan et au Front National…
    Paulette Bernège et la taylorisation des tâches ménagères… parrainée par Le Corbusier et ses acolytes fascistes. On est loin de libérer la femme.
    Pire, on l’enferme, comme à Songdo, dans un rôle de ménagère « high tech »
    et cela se prolonge probablement ensuite à tout les devoirs qu’elle a envers son Mari… Comme quoi : on peut être technophile et conservateur (http://www.telerama.fr/scenes/peut-on-etre-technocritique-et-neanmoins-progressiste,115213.php )

    • Ries Pascale dit :

      Bonjour, Il faut certainement se replonger dans l’époque et l’environnement de Paulette Bernège que vous citez pour comprendre sa démarche intellectuelle. Ne faut-il pas dissocier les évolutions technologiques relatives au travail et à la vie domestique?
      Paulette Bernège dans son quotidien dans le Sud Ouest de la France a côtoyé la misère paysanne, l’absence de commodités dans les maisons…. le travail ménager abrutissant!! Iriez-vous jusqu’à remettre en question l’action de Daniel Balavoine offrant à des villages africains des pompes à eau? Je ne suis pas intellectuelle. Il me semble tout simplement que l’émancipation humaine procède de la libération des tâches répétitives, contraignantes voire avilissantes!

  6. Guy DUMAS dit :

    Je me souviens de Paulette Bernège alors que j’étais élève de l’école primaire du groupe scolaire Ayet-Unet, à 150 à 200 mètres de son domicile, elle venait plusieurs fois par an voir nos instituteurs et plus particulièrement Mlle Simounet, originaire de Xaintrailles, qui a quasiment fait sa carrière d’institutrice à Ayet. A cette époque là (milieu des années 1950 et suivantes). Paulette Bernège était aussi passionnée de peinture, elle a réalisé de très nombreux tablaeux de la vie courante et des paysages environnants. Paulette Bernège s’était prise d’affection pour des animaux de compagnie, en particulier des chiens. Elle passa l’automne de sa vie au milieu de ses très nombreux chiens(entre 30 et 50)dans un dénuement quasi total.Les services sociaux s’en inquiétèrent, les chiens lui furent retirés; une Radio périphérique (Europe N°1) y effectua un reportage au début des années 1960. Nous savions P. Bernège très érudite sans connaître son très haut niveau.

  7. Guy DUMAS dit :

    Bonjour, je tiens à ajouter à mon commentaire de ce matin, au sujet de Paulette Bernège, le lieu-dit de son domicile était : Pelet, ce lieu-dit existe toujours. La maison qu’elle habitait est encore aujourd’hui habitée. Mlle Bernège était aussi propriétaire du plateau de Thabor, commune de Clairac, et surplombant Ayet. De ce plateau de Thabor était extraite la pierre « calcaire gris de l’agenais » qui a servi au cours des siècles, de matériau de construction d’innombrables maisons des communes environnantes. Nous ne trouvons aucun documents nous permettant de faire l’historique de ces carrières là. L’extraction de pierre à dû probablement cesser autour de la guerre de 1914-1918.

  8. Ries Pascale dit :

    Fin août 2016, séjournant à Ayet (Tonneins), j’ai eu la chance de pouvoir rencontrer les occupants de la maison de Paulette Bernège et de photographier les lieux. S’agissant d’une propriété privée, je ne peux publier les photos.
    Le corps de logis a été restauré mais les dépendances semblent n’avoir pas changé depuis la guerre 40 …. sinon vieilli bien sûr.
    C’est un joli petit domaine à l’architecture bien connue des fermes tonneinquaises, entouré de cultures. Madame X qui m’a reçue a évoqué la triste fin de Paulette Bernège, ses 40 chiens….

    • Jean-Luc G dit :

      Neveu du nouveau propriétaire de la maison de Mlle Bernège ,je me souviens ,j’avais un quinzaine d’années, et avant que mon oncle n’entreprenne les travaux importants de rénovation , avoir exploré une bâtisse délabrée ,vandalisée et pillée.Dans l’une des pièces jonchée de gravât gisaient une multitudes de livres attaqués par l’humidité et rongés par les souris.j’ai pu sauver une une dizaine de volumes dont « Le voyage au bout de la nuit » et « Mort à crédit » achetés l’année de leur parution,4 tomes du théâtre de Musset ,2 tomes du « Rouge et le noir », un exemplaire de ‘L’ennemi des lois » et de « Cyrano de Bergerac, mais aussi un édition de 1928 « Du discours de la méthode » volume numéroté(19/100) sur vergé blanc de Hollande.Ces quelques volumes ne représentent qu’une infime partie de sa bibliothèque qui devait receler des trésors sur la littérature de l’entre 2 guerres et surtout valoir par éclectisme de cette intellectuelle curieuse de tout( Barrès côtoyant Céline).Que sont devenus les peintures les dessins et autres bibelots qu’abritait la maison……..

      • Pascale RIES dit :

        Heureuse pour vous que vous ayez pu sauver quelques livres!
        Avez-vous trouvé les précieux ouvrages d’économie domestique écrits par Paulette Bernège?
        Je retourne à Ayet cet été normalement.
        Pouvez-vous dire à l’épouse de votre oncle que je lui déposerai les quelques photos qu’elle m’a permis de faire dans le domaine.

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