La ville abandonnée // The Abandoned City

PRÉSENTATION DU PROJET

La Ville abandonnée est un projet d’écriture collaborative lancé par Philippe Rahmy à l’hiver 2012. Hébergé sur D-FICTION, il trouvera, à terme, sa plateforme dédiée, un site internet ouvert associant toute une gamme d’outils de géolocalisation, d’exploration virtuelle du paysage, de création artistique et de communication. Initialement littéraire, ce projet interdisciplinaire accueillera, dans un second temps, les arts visuels, la musique, les arts de la scène et de la rue ainsi que les productions du monde académique.

La Ville abandonnée établira une cartographie du friable, du périmé, du déjeté, qui se superposera à l’inventaire objectif et comptable des mappemondes. La Ville abandonnée s’attachera aux lieux désaffectés, promis à disparaître, témoins d’ambitions humaines d’autant plus perceptibles et poignantes quelles trouvent leur forme définitive dans l’échec. 15 premières stations donneront lieu à 15 voyages, pour 15 textes écrits sur le vif, par la suite complétés au moyen de documents divers, photos, vidéos, dessins, documents d’archive, œuvres d’artistes invités ou désireux de participer au projet.

La Ville abandonnée se gardera de faire un tombeau. Elle ne sera pas un lieu de mémoire. Il s’agira d’occuper les friches, d’investir le périssable au moyen de l’écriture comme le Bernard l’Hermite se glisse dans une coquille vide. Il s’agira de raconter de nouveaux récits là où toutes les voix se sont tues.

L’absence est une puissante déesse. Elle bénit chaque union et chaque naissance, elle promet la séparation future à chaque nouvelle amitié, à chaque nouvel amour. Cette déesse ne vit pas dans l’Olympe mais sur terre. La Ville abandonnée est son temple.

 

PRÉALABLES

  • De la ville à la Ville abandonnée

Leon Battista Alberti (1404-1472), esprit de la Renaissance et premier théoricien de la perspective, a défini la ville moderne comme il définissait les palais florentins : « une superposition d’ordres architecturaux affleurant » (De re aedificatoria). Il associait chaque édifice, et la ville, à un organisme vivant, se développant par addition de surfaces, capable d’introduire des motifs divergents dans une même composition. Ce procédé d’accumulation, modelant les bâtiments, lie le décor à la fonction mais surtout à la structure. Les strates successives du bâti en constituent aussi l’ossature, annulant le modèle défensif du château médiéval qui élevait une barrière étanche entre l’intérieur et l’extérieur. Nouvelle manière de construire qui inscrit les trois dimensions du volume maçonné dans l’infini du paysage ; maison, palais, ville, mobile complexe d’éléments articulés, destiné à croître indéfiniment car couplé à la grande machine terrestre.

La ville, épaisseur bâtie perméable au monde, développa naturellement l’idée du mouvement. Les voies d’accès se sont multipliées, traversant les cités de part en part et les liant entre elles. L’histoire des villes, et, plus généralement, celle de la perception du paysage, dépend des voies de communication. Jusqu’au XVIIIe siècle, on se déplaçait difficilement à travers la nature, selon les caprices du relief et des saisons. On se déplacera désormais avec efficacité, plus souvent, plus vite, plus loin. Cette logique de circulation aboutit, au XXe siècle, au mythe de la ville américaine, Usonia, promesse d’une urbanisation généralisée, d’une ville à dimension de la nature, dépourvue de centre et de périphérie, s’engendrant elle-même de quartiers en quartiers jusqu’à se fondre dans le paysage, jusqu’à rejoindre une ville voisine, et, ainsi de suite, à l’infini.

De nos jours, la ville est partout. Sans remparts ni portes, on ne peut plus la quitter ni même estimer sa taille. Où qu’on aille, elle nous devance. La ville contemporaine est portée par l’idée de communication générale. C’est un triangle dont les côtés relient l’administration aux lieux de résidence et de déplacement. Gares, ports, aéroports. Une grande intelligence pratique orchestre ses mouvements. Mais il est des zones où la ville s’arrête. Celui qui s’en approche redéfinit sa conception du monde habité, du gigantisme. Il pressent une relation plus intime avec la ville à l’endroit même où elle est mise à terre.

  • La Ville abandonnée, demeure du langage

Les villes abandonnées refusent de disparaître. Elles sont la forme collective du déclin. Elles continuent longtemps d’être ce qu’elles ont été au temps de leur splendeur, mais sur un mode mineur, des faits de civilisation, des éléments du paysage compris comme objet de contemplation et de désir, mais aussi comme domaine et résultat de l’activité humaine.

Contrairement aux déserts, propositions du vide, abritant une faune et une flore rudimentaire et de rares populations adaptées aux conditions extrêmes, les lieux abandonnés se définissent par la résistance qu’ils opposent à l’entropie ; ils s’accrochent à leurs formes envers et contre tout. Comme la queue arrachée du lézard qui se tortille encore, comme le poulet sans tête traversant la cour, ils se sont détachés du corps des villes, des quartiers. Ils ont perdu la vie mais ils vivent encore.

Squats, friches industrielles, pavillons et HLM fantômes, zones périphériques et centres-villes momifiés, les ruines gagnent du terrain. Elles se réinventent au gré des faillites, des crises, des conflits. Elles sont faites pour durer. Elles combinent toujours des éléments de culture et de nature, des réussites et des aberrations techniques et esthétiques, des réponses concrètes ou symboliques aux besoins réels ou imaginaires des peuples et des individus ayant déserté leur aire, mais selon d’autres proportions, de manière plus floue. Il faudrait une semaine pour qu’un monde sans hommes soit plongé dans le noir. Hormis quelques barrages au fonctionnement autonome, les installations produisant de l’électricité s’arrêteraient.

Il faudrait quelques années pour que le plan des villes soit gommé par la végétation. Quelques siècles pour que les monuments s’effondrent. Quelques millénaires pour que toute trace de civilisation soit effacée. Que restera-t-il de nos villes ? Des fondations ensablées. Que restera-t-il de nous ? Ce qui nous arrache à la terre, nos cris d’angoisse et nos prières, peut-être, nos sondes spatiales et nos satellites, assurément. Une espérance, un concentré de lois morales et mathématiques ; un refus de la mort.

Durant cette longue agonie, les espaces urbains à l’abandon préservent leurs deux conditions nécessaires : la superposition des ordres architecturaux et la multiplicité des voies de communication. Mais au fil du temps, ces ordres s’érodent et ces voies s’estompent. Le tissu s’élime, se déchire. Des trous apparaissent. On ne sait pas comment les nommer ; vestiges, friches, décombres, terrains vagues, vacants, résiduels ou à remodeler ? La Ville abandonnée.

Les villes sont l’infini à dimension de l’homme. Quand elles se disloquent, le désastre a d’abord lieu en l’homme. Ce qui était destiné à durer toujours, l’orgueil, est jeté à terre. Ce qui pouvait être admiré à hauteur de la nature, la ville souveraine, révèle un défaut à la cuirasse. On regardait la ville comme on regardait la mer, avec une sorte d’euphorie impersonnelle, mais en éprouvant aussi le vertige d’être à l’origine d’une telle immensité. Puis le monument s’est fissuré. Comme Dieu, la ville ne cesse de tomber. L’œuvre parfaite qu’il suffisait d’admirer appelle désormais le point de vue subjectif de celui qui la regarde, incrédule, sommé de compléter l’image partielle du paysage en décomposition. Il se lamente. Il commence à rêver. Il fait de nouveaux plans : la Ville abandonnée.

L’écriture est une dimension du paysage. Elle traduit son effort silencieux : exprimer la nécessité du vivant. Mais rien ne restaurera les villes abattues. Aucune puissance ne les fera renaître de leurs cendres, pas même le langage. Personne ne parlera à la place des morts, mais rien n’interdit de reprendre la discussion interrompue, de redonner un peu d’épaisseur et de mouvement au squelette des zones en déshérence. Il faut imaginer Rome après sa chute. Cette réalité est celle que nous avons sous les yeux. Un champ de ruines, des tentes, quelques maisons, peut-être quelques palais derrière des hautes grilles, un ou deux quartiers où la vie n’a pas changé, où la richesse est plus grande qu’elle ne l’a jamais été. Et là, dans cette géographie étrange, à chaque coin de rue, de nouveaux arrivants. Pauvres. Déboussolés. On parle toutes les langues. On raconte des histoires d’ici et d’ailleurs. Rien n’arrête le langage. Il prend possession des lieux.

 

PREMIÈRES STATIONS

1. KOLMANSKOP (Namibie) : la ville de sable. Ville minière (diamants) bâtie en 1908 près de Lüderitz. Désertée en 1950, elle est engloutie par le sable dont elle se dégage sporadiquement, au gré des tempêtes.

2. PRYPIAT (Ukraine) : la ville des ouvriers de Tchernobyl. Abandonnée en 1986 après la catastrophe, elle comptait 50.000 habitants.

3. SAN ZHI (Taïwan) : le complexe balnéaire futuriste. Architecture de nacelles en béton qui ne fut jamais habitée, en raison des accidents mortels qui survinrent durant la construction. Ni restaurée ni détruite, la ville se désagrège au bord de l’océan. On la dit hantée.

4. CRACO (Italie) : la ville médiévale. Bâtie en 1060 dans la province de Matera par l’Archevêque de Tricarico, elle comptait 2000 âmes en 1891. Entre 1892 et 1922, ses habitants s’exilent massivement vers l’Amérique. En 1973, après une série de tremblements de terre et de glissements de terrain, les derniers villageois sont déplacés dans une vallée voisine.

5. ORADOUR-SUR-GLANE (France) : la ville martyre. Le 10 juin 1944, 642 habitants de ce village de Haute-Vienne sont torturés puis assassinés par la division SS Das Reich. Une seule femme survit au carnage : Marguerite Rouffanche, née Thurmeaux. Le village est ensuite rasé. Il ne sera pas reconstruit, le site en ruine demeurant mémorial.

6. HASHIMA (Japon) : la ville interdite. Cet éperon rocheux, en forme de vaisseau de guerre, se trouve dans le district de Nagasaki, à vingt kilomètres au sud de la ville du même nom. Une colonie minière y fut implantée dès 1890, développant un projet urbanistique sans précédent par sa densité. En 1974, la ville fut désertée du jour au lendemain suite à l’épuisement de la veine de charbon.

7. KADYKCHAN (Russie) : la ville sous cellophane. Les 12.000 habitants ont quitté leurs maisons en l’espace de quinze jours à l’écroulement de l’URSS, laissant tous leurs effets personnels derrière eux.

8. KOWLOON (Chine) : la ville forteresse. Bâtie à proximité de Hong Kong pour servir de rempart face aux pirates, la ville est occupée par les Japonais durant la Deuxième Guerre mondiale. Ces derniers s’étant retirés, elle est envahie par les squatters et devient un territoire sans foi ni loi. On la démantèle en 1993.

9. FAMAGUSTA VAROSHA (Chypre) : la ville aux tortues. Établie au nord de Chypre, la ville brassait un flot continuel de touristes fortunés. Après l’invasion turque de 1974, elle est désertée. Désormais la plus importante zone de ponte pour les tortues de mer en Méditerranée. Un projet de réhabilitation débute en 2010.

10. GRAND BASSAM (Côte d’Ivoire) : la ville aux mille pieds. Ancienne capitale coloniale, elle accueille en 1893 le centre de télégraphie sous-marine dont les câbles courent de la Guinée au Bénin. L’ancien quartier français, partiellement habité et classé, offre un revival colonial aux touristes.

11. JOHANNESBURG (Afrique du Sud) : la ville couronne. Le centre ville d’affaires déserté par les firmes occidentales aligne des gratte-ciel aux façades brisées où les plus pauvres trouvent abri. La ceinture urbaine décline des townships de millions d’habitants, selon une échelle mouvante d’extrême richesse et de totale pauvreté. Plus loin encore, troisième cercle, la ceinture des mines abandonnées.

12. DETROIT (États-Unis) : la ville mutante. Elle subit la plus lourde perte de population de l’histoire des USA. Le nombre d’habitants a baissé de 25% ces dix dernières années. « Motown » s’étale aujourd’hui par plaques disjointes, alternant zones actives ou en déréliction. Archétype de la ruine moderne, la ville réinvestit ses zones désaffectées selon des modes qui combinent une réindustrialisation à marche forcée et des économies locales et participatives (agriculture urbaine). Il n’existe pas d’espace nul. Le tissu urbain est toujours en mouvement. Detroit en fait la démonstration.

13. HUMBERSTONE (Chili) : la ville Babel. À partir de 1880, des milliers d’ouvriers chiliens, péruviens et boliviens ont extrait le salpêtre sur l’un des sites les plus désertiques du monde. Fondant une société autarcique et égalitaire, ils inventent une langue d’une grande richesse. Produisant le nitrate de soude, un engrais qui va transformer le paysage agricole d’Amérique et d’Europe, les exploitations sont aujourd’hui hors d’usage, classées au patrimoine mondial de l’UNESCO.

14. SESENA (Espagne) : la ville mort-née. Construite par l’entrepreneur Francisco Hernando en 2000, la ville devait accueillir près de 40.000 habitants. Elle en compte aujourd’hui à peine 3.000 qui vivent dans un paysage de barres en béton ouvertes aux quatre vents et de grues rouillées.

15. LA NOUVELLE ORLEANS (États-Unis) : la ville abandonnée. La grande crue de 1927 fit plus d’un million de sinistrés auxquels personne ne prêta secours. Près de 80 ans plus tard, certaines ruines ne sont toujours pas relevées. En 2004 et 2005, les ouragans Betsy et Katrina poursuivent le travail de destruction. Ruines de bâtiments, ruines de la pauvreté, ruines de la discrimination. Preuve que l’abandon d’une ville n’implique pas nécessairement la disparition de ses habitants.

 

Texte et Photo © Philippe Rahmy

Passant de l’écriture du « corps » à l’écriture de la « ville », PHILIPPE RAHMY continue d’explorer le friable. Il ne s’agit pas d’esthétiser la ruine. Il s’agit d’entendre, de faire entendre, par tous les moyens possibles, témoignage et fiction confondus, la parole qui subsiste dans les lieux délabrés, mais toujours encore capables de dire et d’inventer qui ils sont. Ce projet propose ainsi une cartographie d’un nouveau genre qui se superpose à l’inventaire objectif et comptable des mappemondes.

//

OVERVIEW OF PROJECT

The Abandoned City is a collaborative writing project started by Philippe Rahmy during the winter 2012. Hosted on D-FICTION, it will ultimately find its dedicated platform, an open website gathering a large range of tools for geolocation, virtual exploration of the landscape, artistic creation, and communication. Literary at first, this interdisciplinary project will welcome, later, visual arts, music, staged arts and street arts, as well as academic productions.

The Abandoned City will establish a map of the brittle, the expired, the rejected, which will superimpose the objective and countable inventory of world maps. The Abandoned City will focus on deserted locations that are bound to disappear, witnesses of human ambitions all the more perceivable and touching that they find their final shape in failure. A first batch of 15 stations will be the object of 15 travels, for 15 essays written on-the-go, and then completed with miscellaneous documents, pictures, videos, drawings, archives, and works of guest artists or artists who want to be involved in this project.

The Abandoned City will not create a tomb. It will not be a place of memories. Its purpose will be to occupy the fallow, to conquer the perishable with writings just as the barnacle invests an empty shell. Its purpose will be to tell new stories when all the voices have gone silent.

The absence is a powerful goddess. She blesses every union and every birth, she promises a future separation to every new friendship, to every new love. This goddess does not live in the Olympus but on Earth. The Abandoned City is her temple.

 

BACKGROUND

  • From the city to The Abandoned City

Leon Battista Alberti (1404 – 1472), spirit from the Renaissance and first theoretician of perspective, defined the modern city as he defined the Florentine palaces : “a superimposition of flush architectural orders”  (De  re  aedificatoria).  He associated each building, and the city, to a living organism, developing by addition of superficies, able to introduce divergent patterns in a same composition. This accumulation process, modeling the buildings, links the finishing to the function, but to the structure above all. The successive layers of the construction constitute the skeleton, canceling the defensive model of the medieval castle which raised an unbreakable barrier between the inside and the outside.  New way of building that integrates the three dimensions of the wall volume into the infinite of the landscape; house, palace, city, complex mobile of articulated items, destined to grow endlessly, because coupled to the great land machinery.

The city, thickness built permeable to the world, developed naturally the idea of movement. The access ways multiplied, crossing the city from one side to the other and linking one to the other.  The story of the cities, and, more globally, the story of the perception of the landscape, depends on the ways of communication. Until the 18th century, travel through the nature was difficult, depending on the whims of the terrain and seasons. From there, travels will be more efficient, more frequent, faster, further. This flow logic leads, during the 20th century, to the myth of the American city, Usonia, promise of a global urbanization, of a city at the dimension of nature, deprived of center and suburb, generating itself from district to district until it melts into the landscape, until it meets a neighboring city, and again, endlessly.

Nowadays, the city is everywhere. Without rampart nor door, it can no longer be left and its size can no longer be measured. Wherever we go, it precedes us. The modern city is carried by the idea of global communication. It is a triangle whose sides link the administration to the places of residence and commute. Train stations, ports, airports. A large practical intelligence governs its movements. But there are areas where the city stops. The one that comes close to it redefines his idea of the living world, of gigantism. He anticipates a more intimate relationship to the city at the exact same place where the city is thrown to the ground.

  • The Abandoned City, home of the language

Abandoned cities refuse to disappear. They are the collective expression of decline. They continue to be what they were at the time of their glory, but on a minor mode, of the civilization facts, of the elements of the landscape understood as objects of contemplation and desire, but also as a domain and result of human activity.

As opposed to deserts, offers of emptiness, hosting a rudimentary fauna and flora and seldom populations used to extreme conditions, abandoned places define themselves by the resistance that they oppose to entropy; they cling to their shape in spite of all events. Like the tail of the lizard, still moving after being cut apart, like the beheaded chicken running through the courtyard, they split apart from the body of the city, of the districts. They lost their life but they are still alive.

Squats, brownfields, ghost houses and projects, mummified suburban areas and city centers, the ruins are gaining space. They reinvent themselves with each bankruptcy, crisis, and conflict. They are made to last. They always combine cultural and natural elements, successes and technical and aesthetic aberrations, practical and symbolic answers to the real or imaginary needs of the people and individuals having deserted their area, but in other proportions, in a more blurry way. One week would be enough to plunge a world without man into the dark. Besides a few dam operating automatically, all the electricity-producing facilities would stop.

The vegetation would need a few years to erase the city shape. A few centuries for the monuments to crumble. A few millenniums for all trace of civilization to be erased. What would remain from our cities? Foundations buried in the sand. What will remain from us? What tears us apart from the earth, our cries of fear and our prayers, maybe, our space probes and satellites, undoubtedly. A hope, a condensate of ethical and mathematical laws; a rejection of death.

During this long agony, abandoned urban spaces maintain their two necessary conditions: the superimposition of architectural orders and the abundance of communication ways. But with time, these orders erode and these ways fade away. The fabric wears out, tears out. Holes appear. They can’t be named; relics, wastelands, ruins, empty, vacant lands, residual spaces or spaces to reshape? The Abandoned City.

Cities are the infinity at man’s size. When they dislocate, the tragedy first occurs inside man. What was meant to last forever, the pride, is thrown to the ground. What could be admired at the size of nature, the sovereign city, reveals a defect in the armor. We looked at the city as we looked at the sea, with some sort of impersonal euphoria, but also feeling the vertigo of being at the origin of such a gigantic thing. Then the monument cracked. Like God, the city never stops falling. The perfect masterpiece that was just to admire, now calls for the subjective point of view of the person looking at it, distrusting, forced to contemplate the partial picture of the decomposing landscape. He complains. He starts dreaming. He makes new plans: The Abandoned City.

Writing is a dimension of the landscape. It translates its silent effort: to express the necessity of the living. But nothing will restore the broken cities. No power can make them rise again from their ashes, not even the language. No one will speak for the dead, but nothing prohibits from continuing the discussion where it stopped, to give back some thickness and moves to the skeleton of dormant areas.  Imagine Rome after its fall. This reality is the one we are looking at. A field of ruins, tents, some houses, maybe some palaces behind high gates, one or two districts where life hasn’t changed, where the wealth is bigger than it has ever been. And there, in this strange geography, at every street corner, newcomers. Poor. Disoriented. Speaking all kinds of languages. Telling stories from here or there. Nothing stops the language. It takes possession of the place.

 

FIRST STATIONS

1.   KOLMANSKOP (Namibia): the sand city. Mining city (diamonds) founded in 1908 near Lüderitz. Deserted in 1950, it has been swallowed down by the sand dunes, from which it appears sporadically, through the storms.

2.   PRYPIAT (Ukraine): the Chernobyl workers city. Abandoned in 1986 after the tragedy, it counted 50,000 inhabitants.

3.   SAN ZHI (Taiwan): the futuristic beach resort. Architecture of concrete hoses that was never inhabited, because of the deadly accidents that occurred during its construction. Neither restored nor destroyed, the city has disaggregated along the ocean. It is believed haunted.

4.   CRACO (Italy): the medieval city. Built in 1060 in the province of Matera by the archbishop of Tricarico, it counted 2000 souls in 1891. Between 1892 and 1922, its inhabitants exiled massively to the USA. In 1973, after a series of earthquakes and landslides, the last villagers were moved to a neighboring valley.

5.   ORADOUR-SUR-GLANE (France): the martyr city. On June 10, 1944, 642 inhabitants of this village from the Haute-Vienne department were tortured and murdered by the Reich SS Division. One woman only survived the slaughter: Marguerite Rouffanche, born Thurmeaux. The village is then razed. It shall never be rebuilt, the ruins standing as a memorial.

6.   HASHIMA (Japan): the forbidden city. This rock outcrop, in the shape of a warship, is located in the Nagasaki district, twenty kilometers south of the eponym city. A mining colony settled there in 1890, developing an urban project of unprecedented density. In 1974, the city was deserted overnight after the coil vein was exhausted

7.   KADYKCHAN (Russia): the plastic film city. The 12,000 inhabitants of this city left their house within fifteen days following the fall of the USSR, leaving all their personal belongings behind them.

8.   KOWLOON (China): the fortress city. Built close to Hong-Kong to act as a rampart against pirates, the city was occupied by the Japanese during WWII. After their withdrawal, the city was invaded by squatters and became an outlaw territory. It was dismantled in 1993.

9.   FAMAGUSTA VAROSHA (Cyprus): the turtle city. Located north of Cyprus, the city hosted a constant flow of wealthy tourists. After the Turkish invasion in 1974, it is deserted. Nowadays the main egg-laying zone for marine turtles in the Mediterranean sea. A rehabilitation project starts in 2010.

10. GRAND  BASSAM  (Côte  d’Ivoire):  the thousand-feet city.  Old colonial city, its hosts in 1893 the underwater telegraphic center, whose cables run from Guinea to Benin. The old French quarter, partly inhabited and protected, offers a colonial revival to tourists.

11. JOHANNESBURG: the crown city. The business center deserted by occidental companies aligns skyscrapers with broken facades where the poorest find refuge. The urban belt presents townships of several million inhabitants, according to a moving scale of extreme wealth and complete poverty. Further away, the third circle, the abandoned mines belt.

12. DETROIT: the mutating city. It is standing the largest loss of population of American history.  Its number of inhabitants lowered 25% in the last 10 years. “Motown” now spreads by disjointed plates, alternating active zones and derelict zones. Archetype of the modern ruin, the city reinvests its disaffected zones through modes that combine a forced-speed reindustrialization and local and participative economies (urban agriculture). There is no void space. The urban fabric is always in motion. Detroit is the proof of it.

13. HUMBERSTONE (Chile): Babel. Since 1880, thousands of Chilean, Peruvian, and Bolivian miners extracted saltpeter from one of the most remote site on earth. Founding an autarkic and egalitarian society, they invented a very rich language. Producing Sodium Nitrate, a fertilizer that would change the rural landscape of America and Europe, the sites are not exploited anymore, and belong to UNESCO World Heritage list.

14. SESENA  (Spain):  the born-dead city.  Built by the entrepreneur Francisco Hernando in 2000, the city was meant to host around 40,000 inhabitants. Nowadays, only 3,000 souls live there, in a landscape of concrete bars open to the winds and of rusted crates.

15. NEW ORLEANS (United States): The Abandoned City. The great flood of 1927 made more than one million victims, whom nobody rescued. Almost 80 years later, some ruins still haven’t risen again. In 2004 and 2005, the hurricanes Betsy and Katrina continued the destruction work. Ruins of buildings, ruins of poverty, ruins of discrimination. Proof that abandoning a city does not necessarily imply the disappearance of its inhabitants.

Text and Photo © Philippe Rahmy – Translation © The Marketing Analysts

 

Tags : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Laisser un commentaire