Comment j’ai perdu au PMU

L’appel à candidature du PMU pour son concours a eu une résonance particulière pour moi. En effet, depuis quelques années déjà, j’ai la sensation qu’une photographie incarne une « carte à jouer » de la vie, représentant cette image jamais arrêtée du quotidien, de l’exceptionnel, de l’émotion, de l’intime et finalement donc, une sorte de « pari » permanent avec ce qui peut, ce qui va arriver, exactement comme dans n’importe quel jeu, que ce soit celui des cartes, des dés, des grilles, des combinaisons, etc. Ainsi, lorsqu’on photographie tout comme lorsqu’on parie, le résultat est toujours incertain, les émotions généralement fortes et l’espoir sans cesse renouvelé de parvenir à faire « la » photographie comme de gagner « le » pari… quitte à le perdre tout à fait !

Pour répondre à cet appel à candidature, j’ai donc eu envie de réaliser des photographies qui symbolisent ces émotions, cet espoir, cette atmosphère très singulière des paris et que chacune d’elles soit également un véritable pari : celui de réussir à montrer, à faire ressentir cette dimension secrète, cet aspect insoupçonné de ce qui se joue au quotidien pour les clients du PMU et, notamment, ce lien quasi sacré qu’ils entretiennent avec la chance, la considérant, la jaugeant, la soupesant et finalement, la respectant toujours, qu’ils gagnent ou qu’ils perdent.

 

 

Proposer aux clients du PMU de tirer les Tarots – ce « jeu de la vie » qui indique comment appréhender une action ou une situation, c’est-à-dire dans ce contexte, une stratégie de pari ou la possibilité de gagner –  a structuré ma démarche et lui a donné tout son sens. En effet, selon les lieux du PMU que j’ai visités et les clients que j’ai rencontrés et qui, pour certains, m’ont invitée chez eux pour m’expliquer leurs pratiques – parfois numériques – de parieurs, je me suis aperçue que les Tarots illustraient parfaitement leur énergie face aux paris et même, face à la vie et à ses évolutions. Leur disposition à tirer les cartes révélait ainsi souvent, de manière assez étonnante, leur conviction mais surtout une certaine attitude au moment de choisir leur combinaison et de l’enregistrer, allant de l’extrême concentration à la nervosité contenue, de l’interminable réflexion à l’excitation palpable.

Cette démarche un peu décalée et insolite qui a été la mienne avec les Tarots a d’autant fait sens dans ce travail que, généralement, les parieurs jouent lors de moments de détente, de partage, de convivialité mais aussi lors de moments gustatifs. Or, en tant que photographe et vidéaste, je suis investie – entre autres – dans le domaine culinaire depuis plusieurs années déjà, domaine dont on sait à quel point il représente lui-même une véritable combinaison d’ingrédients, un jeu subtil de savoir-faire et un éternel pari pour atteindre la perfection, satisfaire le goût et combler les appétits. L’observation des parieurs devant les pronostics, les écrans, les bulletins, les journaux et autour d’une table m’a permis ainsi de saisir pleinement comment les paris – quels qu’il soient – sont intimement liés, se répondant sans cesse par des dynamiques communes. Mes photographies pour cet appel à candidature tentaient donc de rendre perceptible cette imbrication sensible et réjouissante des paris dans le jeu et dans la vie de tous les jours. Mais voilà… j’ai perdu !

Ce travail a été relayé, en octobre 2012, par Le Journal de la Photographie et, en mai 2013, par Surface-China. Merci à eux !

Texte & Photos © Isabelle Rozenbaum

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