Rêve gris # 1 Grey Dream

Capture d’écran & Vidéo © Isabelle Rozenbaum – Texte © C. Hoctan

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Sans autre couleur : gris # 1

Les mœurs diffèrent comme le temps, les technologies diffèrent de notre univers, des rêves de sentinelle nous viennent, d’autres regards nous observent, des couleurs ternes se succèdent dans des espaces oppressants, des moments épars dans le temps, on se demande si cela existe, la nuit ou le jour, si on a rêvé ou si c’était vrai, en se réveillant, on se remémore les sons, des écrans splittés qui tournent en continu, qui diffusent sans s’arrêter, on se souvient avoir vu d’étonnants corps qui sommeillaient, dans une scène métaleptique, qui annonçaient quelque chose, d’une extimité, néanmoins humaine, dans la pénombre ou sous l’éclat d’une ampoule, dans des espaces interstitiels, dans des parkings désertés, dans des appartements vides, recouverts par les relents nauséabonds des sous-sols, des canalisations et des conduits, on se demande si c’était là-bas ou ici, plutôt là-bas, à moins de l’avoir rêvé, tout paraissait pourtant si vrai, pourtant si réel bien qu’on ne sache plus vraiment, les images sont striées, parasitées comme captées d’ailleurs, entre les mains dénonciatrices des hommes, entre les mains intrusives des femmes, sur des moniteurs raccordés, ou bien sur des terminaux alignés, aux pixels bleus, jaunes ou violets selon les écrans, le long des avenues ou sur des places en déshérence, sur des murs de béton et derrière des grillages, sans que personne ne puisse l’imaginer, les couleurs sont souvent diaphanes et insipides, dans les rues endormies, dans les immeubles sans vie, les images s’échinent à montrer et les mots à exprimer, quelque chose d’autre, sorti du sommeil comme un appel, une aide, sentir contre la peau une peluche surgie de nulle part, qui offrirait tous les réconforts, ceux qui existent et ceux que l’on s’invente, qui soulagerait d’une solitude, d’un enfermement dans ces journées accablantes et répétitives, une consolation étrange, à la fois apaisante, lucide et pénétrante, une consolation chimérique, que l’on croirait encore rêver, une grisaille consciente, sans autre couleur ni autre matière, que celle d’une pureté égarée et à jamais retrouvée.

 

 

Le projet Sleeping Works d’Isabelle Rozenbaum a reçu de la Scam* la bourse « Brouillon d’un rêve : art numérique » en mars 2013.

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2 Réponses
  1. Pour Isabelle Rozenbaum… Quel bonheur de voir tes films alors que l’on a pas travaillé ensemble depuis plus de quinze ans. À la fin des années 70, j’allais aussi souvent que possible à Beaubourg pour me nourrir de ce que l’on nommait le cinéma underground. Depuis ce temps-là, je n’ai pas vu de cinéma personnel aussi inspirant que le tien. Je suis admiratif. Zac.

    • Isabelle dit :

      Cher Christian,
      je te remercie sincèrement pour ton commentaire. As-tu vu d’autres rêves sur le site ? À la prochaine projection, je t’inviterai avec plaisir.
      Amicalement,
      Isabelle

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