Somnambule

Sûrement somnambule déjà très jeune, je ne l’ai découvert qu’il y a quelques années en me retrouvant six étages au-dessous de mon lit, nu, dans la rue, sans avoir aucune idée de ce que je pouvais y faire. 
Quelques temps après, un matin, je retrouve sur mon bureau un papier griffonné, un genre de poème, des mots qui se répètent, bien que mal écrits, je reconnais tout de même très bien mon écriture.

 

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Cinq jours plus tard, je retrouve une nouvelle page griffonnée au même endroit que la première, au bout de quelques semaines, j’en avais récupérées une dizaine, je me mis à m’y intéresser plus et commençai à les retranscrire, tous les textes avaient en commun un rythme, presque des essais de style, parfois de vraies acrobaties, le ton assez grave, les sujets étaient en rapport avec une lecture, ou d’une discussion que j’avais eue la veille, je m’imaginais en train de les écrire, je voulais me voir les écrire, peut-être même me voir faire autre chose que j’ignorais, que pouvait-il se passer entre mon lit et ma table de travail distancés de six mètres ? Obsédé par l’idée de savoir ce que je pouvais faire dans cet espace, je décidai de m’observer et m’équipai d’un matériel de surveillance, deux caméras et un micro raccordés à un détecteur bivolumétrique, il suffisait de passer devant pour déclencher les caméras,

 

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une fois tout installé, je testai la mécanique du dispositif : « Ok, je descends de mon lit, je passe devant le champ du détecteur qui déclenche les caméras, d’accord… tout marche pour une bonne vidéo d’auto-surveillance », je fume une cigarette et je m’endors. Le lendemain au réveil, je me précipite sur la première caméra, le compteur n’a pas bougé d’une seconde, rien, je réessayerai la nuit prochaine, le soir je réexaminai le dispositif, tout était bon, je me couchai, il était 2h15 du matin, je tombai dans un sommeil profond, le lendemain la sonnerie de mon téléphone me sort du lit, c’est un ami, tout en discutant avec lui j’observe le compteur d’une des deux caméras, j’interromps ma conversation, le compteur a bougé, je rembobine la cassette, je regarde,

 

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je me vois sortir du lit, j’ai l’air énervé, je dis des choses que je ne comprends pas, je fais cinq pas, puis m’arrête brusquement comme si j’avais un mur en face de moi, je passe rapidement à autre chose, je me dirige vers le réfrigérateur, je l’ouvre, je fouille, j’en sors un vieux camembert oublié, je le mange, je suis maintenant à genoux, les mains au sol, le regard fixé sur mes cuisses, je me relève, je touche le mur comme si je cherchais une porte secrète, je prends à présent une pile de papiers que je commence à trier, je déchire une feuille sur deux, je m’arrête sur une, je la pose sur le bureau, je prends un crayon qui traîne sur la table, je commence à écrire, j’ai l’air d’un enfant qui s’applique à un devoir d’école, après dix minutes, j’abandonne crayon et papier et remonte dans mon lit.

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Texte et Photos © Olivier Nourisson

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