Deux arbres // Two Trees

Texte & Vidéo © Isabelle Rozenbaum

 

L’intitulé « Deux arbres » situe le propos de ce film. Deux femmes aux noms qui se terminent par BAUM – arbre en allemand – parlent de leurs racines communes entre deux générations. Onze minutes quarante-sept secondes de témoignage choisi sur la période de la dernière guerre mondiale jusqu’à aujourd’hui. En effet, Frida est une rescapée des chambres à gaz de Pianki, d’Auschwitz, de Bergen-Belsen, de Bomlitz, des camps de concentration de Pologne, d’Allemagne et de Russie. Paroles mêlées, mémoires emprisonnées dans un passé figé, ses cauchemars ne cessent de peser, des images de morts la hantent, elle murmure. Notre langue, entre elle et moi, est commune, l’indicible également. J’ai le souvenir de mon grand-père Joseph, revenu lui-même des camps, me montrant un livre trop « grand » pour moi avec d’immenses tas de cadavres en noir et blanc. Ils ressemblaient étrangement à ce que, à présent, m’explique Frida. Ces images sont imprimées depuis mon enfance. Elles ressurgissent alors que je filme Frida. J’enregistre son corps, ses pieds, sa bouche prononçant des mots, des phrases qui résonnent en moi. Dans un premier temps, durant le montage de la vidéo, ces mots ont pourtant résisté mais j’ai fini par les recevoir. Avec Frida, nous avons cherché une issue au-delà des non-dits, un apaisement à nos impossibilités de témoigner. Le traumatisme de Frida est toujours vivant. Les survivants savent parfaitement en leur for intérieur que la menace rode encore dans nos sociétés modernes. D’ailleurs, comme chacun peut s’en rendre compte devant les multiples exemples à travers le monde, ce n’est pas l’anéantissement du Troisième Reich qui a supprimé depuis les envies d’épuration, de massacre ou d’annihilation de l’Autre.

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Two Trees

I filmed her, Frida.
 The dead, the transparent words, mixed-up reconstructions, deaf memories, nightmares in black and white – my own; I dozed.
 Photos of emaciated bodies, embedded images, men’s shadows, scorched earth, my grandfather showed me. 
At Auschwitz, I saw. At Birkenau, I understood.
 The birch trees were bent.
 Frida confided in me.
I have woken up, 
Her story, I restored, my own, ours.

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