TINA is back

Le nouveau numéro de TINA – imaginé par CHARLES ROBINSON et ÉRIC ARLIX – présente un édito collectif de 8 auteur(e)s) accompagné de textes originaux, ou en cours, d’auteur(e)s sur le thème AUTOCENTRÉ(E)S.

 

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« Tu offres un exemplaire de TINA 9 numérique à quelqu’un, il te dit quoi ? » :

« Il me dit fouyouyouille vous êtes compliqués, autocentré(e)s sur vos formes et leurs potentiels supposés d’inscription dans une histoire littéraire alors qu’il faudrait tout simplement vous concentrer sur des histoires, raconter des histoires, des histoires universelles qui touchent un maximum de lecteurs, avec des thématiques porteuses, avec des émotions ou le style et la toute beauté du texte explosent en mains, ou alors avec de bons petits sujets de société du moments, des trucs vraiment fort ou vraiment importants, et des rebondissements tout azimut, du rythme quoi, il faut que cela pète en mains, il faut du crunchy, et puis tout cela en papier avec une belle couverture conçue par un illustrateur super réactif, le tout à un prix public assurant des marges dignes à toute la chaîne du livre, sinon, mademoiselle TINA, vous ne vous en sortirez pas, sans histoire, sans bons petits sujets innovants, sans lâcher vos formes. »
Éric Arlix

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Je dis à ma mère que je veux écrire mais elle s’en fout. Je raconte ce que j’écris à des amis mais ils s’en foutent. Je parle littérature à des étudiants mais ils s’en foutent. Je propose à JAY-Z d’écrire une sorte de Bad boy of music de lui comme ANTHEIL mais il s’en fout. J’explique dans un colloque sur le transhumanisme les enjeux de la littérature virtuelle mais tout le monde s’en fout. Je déjeune avec la chargée de lecture publique du Ministère de la Culture pour mettre en place un programme national de découverte de la littérature contemporaine mais elle s’en fout. J’envoie un mail collectif pour inciter mes contacts à lire d’urgence Le Capital de la Littérature mais ils s’en foutent. Je propose à différents auteurs de publier sur la plateforme DF mais ils s’en foutent. J’envoie à BEE le manuscrit achevé de cette espèce de fanfic sur lui mais il s’en fout, se demandant juste quand j’arrive pour qu’il m’explique le projet de web serie qu’il voudrait réaliser. Je parviens à obtenir un rendez-vous avec le CHACAL pour lui exposer le projet de mon prochain roman mais, finalement, il s’en fout. J’appelle donc BINKY parce que je me dis que ça l’intéressera davantage mais elle s’en fout tout autant. J’explique à ma chargée de compte ce sur quoi j’écris mais elle s’en fout. Bref, tout le monde s’en fout. Pourtant, hier, j’ai offert un exemplaire numérique de TINA à mon voisin et ce matin, il m’invite à boire le café pour m’en parler. Et, là, je ne sais pas pourquoi, mais, cette fois, c’est moi qui m’en fous.
Caroline Hoctan

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« Tiens, voilà TINA 9. Pour toi c’est gratuit. / Pourquoi ? / Eh bien parce que tu es mon ami. / Ton ami imaginaire. / Je sais. Ça change quelque chose ? / En tant qu’ami imaginaire, j’aurais pu payer un euro symbolique. On resterait dans le même ordre d’idées. / Certes. / Tu me regardes comme si tu m’avais jamais vu. / Je sais. J’avais un autre souvenir. Je croyais que t’étais, genre, un lapin. / Ça c’est au cinéma. Avec de grandes oreilles, je n’aurais pas pu être ton reflet dans la glace. / Le thème de TINA 9 c’est justement : AUTOCENTRÉ. / Ah. Vous valez combien d’étoiles ? / Combien d’étoiles sur combien ? / T’occupe. Le tout est d’avoir un nombre d’étoiles. S’il est insuffisant, pas grave. Je suis ton ami. / Décernées par qui, les étoiles ? / Aucune importance. Si vous n’avez trouvé personne pour vous filer des étoiles, pas question que je lise votre merde. / Tu pourrais lire et attribuer les étoiles. / Oui mais je ne serais pas objectif. Je suis ton ami. / Imaginaire. / J’ai d’autant plus soif d’objectivation. J’exige un pourcentage d’opinions favorable. / L’opinion de qui ? / Pas important. / Tu m’as devant toi. Pose-moi des questions. / Je l’ai fait. / D’accord. Alors JE pose les questions. Dirais-tu que la notion d’individualisme représente pour toi 1. Une valeur fondamentalement positive, 2. Une valeur modérément positive, 3. Une valeur essentiellement négative. / Ah bah. Fondamentalement positive. On n’est pas en Union soviétique.  / OK. Maintenant TINA 9, si t’étais pas mon ami — et que j’étais moi un peu short niveau statistiques — je te dis quoi afin de te persuader de le lire ? Donne-moi des exemples ? / Facile. ÉBLOUISSANT ! SENSATIONNEL ! Le meilleur numéro depuis le précédent. INFINIMENT GÉNEREUX. On a vu [sigle] On a aimé. UN CHEF D’ŒUVRE. Rejoignez les milliers a déjà été précommandé par. Un pur moment de. / Et le format numérique, tu en penses quoi ? / J’ai horreur de lire sur écran. / Tu te fous de ma gueule ? / Sans doute. Mais je suis un lapin.
Frédéric Moulin

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Jean-Noël Orengo

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Il dit : Et vous avez utilisé quoi alors comme algorithmes ? Mark est un esprit droit, il n’est pas du genre à guetter les sous-entendus et les sens cachés. Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement, non ? Il sourit. Il rit même parfois franchement. Il a appris le français juste après le mandarin, l’ourdou et l’espagnol. Il trouve qu’autocentré(e), c’est intéressant, même si ça n’explique pas tout. Il parle de la connexion particulière au monde, via la fonction miracle. Il demande si l’on sait que la recherche la plus associée à son nom sur Google est le mot « wife ». Ce n’est pas que de la curiosité, non ? Il pense qu’il est une religion – un mot assez absent du TINA 9 – car dans cet espace on est seul, confronté au néant, visible et jugé. Autocentré(e), c’est l’espace de la faute originelle, non ? Tu te distingues du monde, premier péché, le plus capiteux. Il dit qu’il lira le numéro en entier plus tard. Il dit qu’il a appris à lire en diagonale. Que pour un rapport de 300 pages, il lui faut 7 minutes. Il dit : Bien sûr, pour Hugo et Harry Potter, je mets plus longtemps, il faut savoir déguster, non ?
Charles Robinson

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J’offre TINA à S.
Merci le Tina a l’air super
Tu as enfin décidé de ne plus habiter dans le tiroir
Bravo pour le déménagement la couverture j’adore
Les autres avec toi c’est qui
Et pourquoi moi
De toute façon je voulais l’acheter je l’achèterai quand même
Je pars vendredi le couvreur vient de finir le toit je n’ai plus d’ordi portable
Si tu peux me l’imprimer à ton boulot je le lirai à la campagne
Mon imprimante s’est suicidée en avalant une punaise
Dominique descend trois cartouches par semaine pour des dossiers de candidatures ça me gêne de lui demander
En attendant Tina en dur je te clique mille fois
Les amis ressuscitent
Compte sur nous.
Anne Roussel

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Ce que je te dis sur tes « cadeaux », tes grandes œuvres incomplètes, revues, livres etc., n’est jamais suffisant. Je ne suis pas assez enthousiaste, je ne t’ai pas compris, j’ai certes aimé mais pas comme il faudrait ni avec l’intensité adéquate. Alors, cette fois, je te propose des réponses façon QCM. Tu choisis.
1 – Attends attends (plisser les yeux et les faire étinceler sous la paupière), tina, c’était pas les poupées des années 80, les tina tinou ?
2 – merci/ah cool/ vraiment merci, je vais lire ça avec curiosité/intérêt/ je me réjouis
3 – Enfin, une revue qui ose revisiter l’autocentrisme, à partir de l’écoeurement suscité par l’autofiction des années 90 !
4 – Un pdf, y a des gens qui payent pour ça ?
5 – En fait, les gens vous disent, « les artistes ne parlent que de leur nombril », et vous, vous répondez, ouais, parfaitement, on est autocentré(e)s, ça te pose un problème ? Je trouve ça très fort.
Isabelle Zribi

Textes © Les auteurs – Images © éditions è®e

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