Violence aux frontières : épisode 1

Habiter la frontière

 

Dans le climat politique actuel, empreint de terreur et de sécurisation, les frontières ne se définissent plus seulement comme des espaces géographiques compris entre deux territoires souverains. Quand la police municipale, les services sociaux, les entreprises privées, les aéroports et même les particuliers en viennent à surveiller et à dénoncer les personnes sans papiers, la notion de frontière contemporaine revêt un caractère polymorphe. Les frontières n’ont plus pour unique fonction de bloquer certaines catégories de personnes et d’en laisser passer d’autres (bien que ce soit encore le cas), mais plutôt de maîtriser, de filtrer, de structurer les échanges afin de produire les effets économiques et sociaux escomptés : des effets de rentabilité, de gestion de droit de propriété, d’organisation de la division raciale, etc.  Ainsi, le recours à la détention et l’exercice de la violence extrême qui caractérisaient les zones frontalières ont pénétré la société dans son ensemble. Aujourd’hui plus que jamais, cette violence se déploie contre un ennemi non identifié : la vie migratoire dans son ensemble1.

 

À travers l’étude de cette transformation, je développe les trois thèses suivantes. Premièrement, la nature de la violence systémique exercée aux frontières des États ne s’analyse pas uniquement comme une conséquence de l’expression souveraine d’un État (Giorgio Agamben). Elle s’analyse également comme la manifestation d’une fonction opérationnelle, les frontières micro-politiques créent et entretiennent une violence sociale diffuse à l’encontre des migrants dans de nombreux secteurs de la société. Pour une majorité de migrants, la société dans son ensemble agit elle-même comme une « frontière » sur laquelle s’exerce une surveillance permanente. De mon point de vue, le développement de cette violence sociale s’observe de façon exemplaire à travers l’étude du cycle économique des flux de migrations forcées : de la gestion de l’incarcération, de l’organisation du travail et de la déportation des migrants, telles qu’opérées le long du mur frontalier séparant le Mexique des États-Unis.

Deuxièmement, je soutiens qu’à cette transformation du rôle des frontières contemporaines répond une évolution globale des stratégies de résistance : d’une « vie nue » telle qu’exposée par Agamben, vers une solidarité plus radicale, totale, excédant le cadre des nations, des États et des sociétés. Il ne s’agit pas de se battre contre l’expression de la souveraineté et l’existence des frontières ou en faveur d’une « forme de vie » différenciée. De mon point de vue, les frontières doivent se démocratiser, se renforcer contre les effets du libéralisme au profit d’une plus grande solidarité économique et sociale.  Pour accomplir ce changement, il est nécessaire de fonder une nouvelle théorie de la solidarité qui ne reposerait plus sur la figure du citoyen (telle que définie par l’État-nation), ou celle du migrant (caractérisée par son déplacement d’un État-nation à l’autre) mais prendrait appui sur la figure du nomade, du migrant sans statut, en mouvement permanent, et dont la définition ne relève ni de l’État, ni de la nation.

Troisièmement, j’ai observé la mise en œuvre concrète de cette nouvelle forme de résistance des migrants et du déploiement de la solidarité au sein de No One is illegal, une organisation canadienne. Au Canada, cette organisation ne se contente pas de défendre les droits des migrants par les voies légales mais travaille au renforcement des solidarités intra nomades et migrants irréguliers. En particulier, No One is illegal appuie son travail politique sur la figure du migrant nomade plutôt que sur celle du citoyen, en proposant une organisation de la société dans laquelle tout individu dispose de ses pleins droits politiques indépendamment de son statut (accès aux services publics, à l’action politique, à la protection et l’exercice de ses libertés).  Concrètement, cette initiative visible à Toronto, Montréal et Ottawa se traduit par la mise en place d’un réseau de prestataires de services sociaux et de migrants qui apportent leur soutien et un asile aux personnes quels que soient leurs statuts et protègent leur vie quotidienne des conséquences de l’application des lois fédérales contre l’immigration.

En agissant de la sorte, les efforts conjoints des acteurs et leur mise en réseau traduisent de mon point de vue l’expression d’une lutte politique pour démocratiser les villes face aux forces libérales et permettent ainsi de mieux combattre le renforcement systémique de la police aux frontières. Ces initiatives doivent être placées au cœur de toute théorie de la solidarité et des formes de résistance inclusive contre la violence d’une politique d’exception.

 

Parcourir la frontière

Frontières, violence et biopouvoir

Si la citoyenneté et le statut juridique des individus sont les outils sur lesquels les démocraties appuient leur organisation politique et administrent les droits d’un peuple, quelles en sont les conséquences pour les millions de personnes vivants aujourd’hui dans ces démocraties sans statut juridique ? Elles s’exposent à la violence permanente d’une exclusion totale de toute vie politique : elles sont condamnées à l’illégalité à perpétuité.

Or, dans les démocraties, la liberté est universelle et devrait s’appliquer à tous de manière égale, sans préjugé. Mais si cette universalité politique ne s’exprime structurellement qu’à travers la citoyenneté au sein d’un territoire étatique national, nous sommes face à une contradiction. Comment la liberté peut-elle être universelle et inaliénable et ne s’exercer qu’au seul bénéfice des « citoyens » ? Qu’en est-il alors de ceux qui n’ont aucun statut d’aucune sorte ? Le dilemme d’une citoyenneté excluante, fondée sur un État-nation territorial n’est pas un problème récent, et la découverte de ce paradoxe ne change rien2 à l’affaire.

Loin de remettre en cause l’État-nation, les phénomènes contemporains d’a-territorialité, d’état d’urgence politique n’ont fait qu’exacerber le paradoxe de l’exclusion. Loin d’affaiblir les modes d’exclusion politique, la logique structurelle de l’exception se caractérise désormais par sa souplesse et sa puissance du fait de sa forme hybride, décentralisée et permanente, dans nos environnements capitalistes modernes. Comme l’écrit Étienne Balibar, le pouvoir d’exclusion politique ne s’exerce plus exclusivement aux frontières territoriales d’un État mais se diffuse à travers un réseau de structures souples qui ont transformé la vie (et celle du citoyen) en autant de sites traversés par de multiples formes de pouvoir3. Aujourd’hui, la suspension des lois et des droits est invoquée aux marges d’une sécurité renforcée contre un ennemi non identifié (la terreur). Les entreprises multinationales transgressent les frontières nationales librement alors que les plus démunis et les plus indésirables d’entre nous s’en voient refuser l’entrée. Les États comme les entreprises ont su mobiliser et mettre en œuvre des formes d’exception et d’invisibilité structurelles4.

Les frontières modernes sont l’expression politique de cette « exception embarquée ». Les dispositifs frontaliers agissent moins comme une barricade que comme un tamis permettant de filtrer le capital (les profits fiscaux, le contrôle, la sécurité, etc.) et les laissés-pour-compte, les pauvres, les « étrangers ». Les frontières contemporaines s’hybrident, s’autorégulent au bénéfice de ceux qui détiennent la puissance5. Elles ajustent la contrainte, bloquent tels flux externes tout en régulant et stabilisant des populations spécifiques dans un environnement devenu plus imprévisible. Le « Souverain » serait celui qui décide de l’exceptionnalité d’une situation, en référence à Carl Schmitt, dans la limite où la souveraineté contemporaine revêt désormais un caractère protéiforme et flexible6.

La forme de pouvoir qui consiste à administrer statistiquement des forces imprévisibles est ce que Michel Foucault a appelé le biopouvoir. Ce biopouvoir est un troisième type de pouvoir, distinct du pouvoir souverain ou disciplinaire et dont l’objectif n’est pas d’établir un territoire juridique exclusif ou de contrôler le comportement des individus, mais de sécuriser une population aux réactions imprévisibles dans « des limites socialement et économiquement acceptables7». Son objectif n’est donc pas de nier le mouvement mais « de créer une moyenne optimale pour un fonctionnement social donné ». Au lieu de fonctionner sur un mode binaire d’autorisation ou d’interdiction, ou en « disciplinant » les corps par la voie institutionnelle, le biopouvoir, selon Foucault, « aménage un milieu (incertain), en fonction d’événements ou de séries d’événements possibles, séries qu’il va falloir réguler, dans un cadre multivalent et transformable »8. L’un de ses environnements est ce que j’appelle le dispositif – frontière observable le long de la frontière américano-mexicaine.

 

Longer la frontière

Le mur frontière entre les États-Unis et le Mexique

En dépit de l’objectif initial qui prévalait lors de la construction de ce dispositif par le United States Department of Homeland Security, toutes les études ont démontré que ce mur n’a pas stoppé de manière significative les traversées migratoires entre le Mexique et les États-Unis. Alors, pourquoi reçoit-il autant de financements et de soutiens politiques et populaires ? Parce que le pouvoir n’est pas seulement répressif mais également productif, au sens biopolitique du terme. Critiquer le mur, en démontrer les échecs à travers ses « effets secondaires » peut paraître tentant, mais je soutiens au contraire que ces mêmes défaillances font le succès du mur. En d’autres termes, il n’y a pas d’effets premiers ou secondaires mais seulement des effets de pouvoir. L’appareillage frontalier ne fonctionne pas malgré mais grâce à cette porosité, en permettant justement à des individus de le traverser.

La question importante est alors, quel type de pouvoir s’exprime à travers cet exemple et comment fonctionne t-il ? Dans quelles conditions ou selon quelles limites laisse t-il passer des personnes illégalement ? En m’inspirant du concept foucaldien de biopouvoir, j’observe la manière dont cette violence particulière se déploie à la frontière américano-mexicaine.

Le mur exerce une violence structurelle à l’encontre des populations migrantes au sein même d’un état d’exception permanent, de trois manières : (1) par l’augmentation du nombre de décès indirects dus au franchissement de la frontière et au non-respect des lois sur les droits de l’homme9, (2) par la destruction et la militarisation du milieu naturel dans la zone migratoire (au détriment des animaux, de l’eau, de la végétation, etc.) et la mise en suspens de plus de 30 lois et règlements environnementaux, et (3) en permettant le développement d’un quota d’emplois précaires, l’exploitation économique et la suspension du droit du travail10.

Le mur frontalier n’est donc pas une simple barrière physique de dissuasion ou l’élément d’un ensemble disciplinaire mais fait intégrante d’un processus plus large de gestion des incertitudes et d’application de contrôles environnementaux.

L’élimination de « toute entrée illégale par tous les moyens nécessaires », selon les objectifs déclarés par le secrétaire de la DHS, Michaël Chertoff, six ans auparavant, est non seulement irresponsable financièrement mais intenable physiquement. La biopolitique frontalière présuppose justement une impossibilité d’un contrôle total et cherche à atteindre un résultat le plus efficacement possible. Ce qu’elle réalise par un contrôle global des facteurs environnementaux.

Nous pouvons observer ces tactiques biopolitiques à travers les exemples suivants. Trois entrepreneurs importants ont été engagés par le gouvernement américain non pas pour contenir tous les migrants à l’extérieur du pays mais sur des objectifs d’accroissement de la rentabilité de cet « environnement sécurisé » et de meilleure gestion de flux migratoires imprévisibles.

  1.  La société Boeing a signé un contrat de  850 millions de dollars pour la construction d’une clôture virtuelle, la fourniture de véhicules de patrouille des frontières avec équipements électroniques, de radars, de téléphones satellitaires, de miradors équipés de caméras infra rouge ainsi que de drones11.
  2. G4S / Wackenhut a obtenu du gouvernement un contrat de 250 millions de dollars sur cinq ans pour la gestion du transport quotidien de milliers de migrants grâce à 100 autocars sécurisés par des systèmes de confinement, équipés de tableaux de bord numériques avec vidéos de surveillance, suivi GPS et l’intervention de plus de 270 agents de sécurité armés12.
  3. Enfin les deux plus grosses sociétés de gestion de prisons privées, Corrections Corporation of America (CCA) et le Groupe GEO ont obtenu le contrat de construction de centres de rétention et d’hébergement pour un budget de 200 dollars par jour et par lit13.

L’essor de ce type d’entreprises repose sur le maintien constant d’une circulation migratoire entre les frontières et les institutions, générant à chaque étape un profit supplémentaire. Dans ce contexte, la mort de migrants ou leur détention permanente est moins rentable que la gestion  optimisée de leur circulation à travers l’environnement sécurisé d’une frontière. Les migrants sont contraints de traverser la frontière pour des raisons économiques, s’ils sont pris, ils sont transportés, incarcérés et renvoyés vers le Mexique pour essayer à nouveau. Chaque cycle dégage autant de bénéfices pour ces sociétés privées.

De la même manière, la sécurisation écologique des territoires naturels frontaliers produit des effets sur les populations circulantes. Le biopouvoir tire parti des facteurs qui lui sont favorables dans un environnement en constante évolution. Par la gestion des milieux naturels (rivières, marais, collines, végétation, etc.), il vise à produire certains effets sur les migrants, humains ou animaux, dans leur circulation frontalière. Le Fond de défense de l’environnement soutenu par le groupe Weeden a émis des recommandations en vue d’améliorer et sécuriser cet environnement naturel frontalier. « Élaguer les fourrés denses le long des berges de la rivière, éliminer les cèdres exogènes et les remplacer par des espèces végétales indigènes permettraient d’assurer aux patrouilles une meilleure visibilité et renforcer leur capacité à exercer la loi ». « La création de bassins de récupération d’eau (dans les zones humides ravinées) permettrait d’entraver les mouvements transfrontaliers illégaux tout en apportant un bien être aux oiseaux et à la faune sauvage»14. En agissant ainsi sur l’environnement naturel, les individus ne sont ni dissuadés ni visés directement mais cette tactique démontre bien que le caractère inexorable et aléatoire de leurs déplacements est accepté et que l’investissement porte davantage sur un contrôle optimisé de leur circulation à travers le milieu naturel.

Le choix du lieu d’implantation du mur, le long de la frontière, est également l’expression de cette stratégie. Il traverse des espaces privés appartenant à des personnes aux conditions de vie précaires et n’ayant pas la capacité financière de se défendre, quand ils sont par ailleurs encerclés de terrains de golf très bien financés.

Comme le dit Foucault, il s’agit de briser les foules et de garantir hygiène, circulation et commerce15. Le mur, en tant qu’élément du milieu, façonne l’environnement, les conditions d’écoulement de l’eau, d’attroupement des animaux et de regroupement des individus tout comme de développement des plantations.

Le paradoxe d’une exclusion territoriale permanente d’État s’incarne dans la figure du citoyen, qui n’est ni inclusive, ni universelle. Selon Foucault, l’État a admis cet échec, au début du XVIIIe siècle, en développant un autre mode de gouvernance afin d’affronter la prolifération de sujets non-citoyens. Une nouvelle forme de pouvoir est apparue, capable d’agir indirectement et plus statistiquement sur autant de phénomènes non politiques : l’environnement physique et la population.

Les dispositifs frontaliers biopolitiques ne relèvent pas simplement d’une violence d’État mais témoignent de l’épanouissement de certains modes de gouvernementalité – qu’ils soient économiques, environnementaux, domestiques, sociaux, privés, etc.16 – visant à circonscrire violemment certains phénomènes dans les limites d’un territoire et à rentabiliser (politiquement et économiquement) les flux migratoires17.

 

Le pas de frontière

Singularité universelle

Mais si le caractère excluant de l’État-nation territorial s’est considérablement rapproché de l’exceptionnalité multiple de la biopolitique, quelles opportunités ce glissement ouvre t-il, le cas échéant, pour une nouvelle théorie politique inclusive ? Pour Giorgio Agamben, le déclin de la citoyenneté fondée sur l’État-nation a révélé la figure du réfugié comme point de départ d’une théorie de l’affinité politique à venir. Comme le souligne Agamben :

Comme tenu du déclin inexorable de l’État-nation et de la corrosion générale des catégories juridico-politiques traditionnelles, le refugié est peut-être la seule figure pensable pour les gens de notre époque, et la seule catégorie dans laquelle on peut percevoir – au moins jusqu’à ce que le processus de dissolution de l’État nation et de sa souveraineté soit achevé – les formes et les limites d’une communauté politique à venir. Il est même probable (possible) que si nous voulons absolument être à la hauteur des nouvelles tâches à venir, nous devrons abandonner vraiment et sans réserve, les concepts fondamentaux à travers lesquels nous avons jusqu’à présent, représentés les sujets politiques (l’homme, le citoyen et ses droits mais aussi le peuple souverain, le travailleur etc.) et reconstruire notre propre philosophie politique depuis la  seule et unique figure du réfugié18.

Alors que le « déclin inexorable de l’État-nation » est encore incertain, l’idée d’Agamben est de mettre en évidence le réfugié, comme site d’un tel dérèglement potentiel.  Dans la mesure où la figure du réfugié dérègle la vieille trinité « État-Nation-Territoire » et exprime la disjonction entre l’homme (l’humain) et le citoyen, entre la naissance et la nation, Agamben soutient que « cela met en crise la fiction originale de la souveraineté » et permet au citoyen de se reconnaître dans la figure du ou de la réfugiée19.

Si la biopolitique a véritablement produit un état d’exception permanent et de contrôle ajusté, tout le monde est susceptible d’incarner, au moins potentiellement, cette forme « de vie nue » dépouillée de toute particularité.

Les citoyens ne sont plus le sujet central de l’administration politique, viennent également la gestion des milieux et des populations qui sont autant d’événements à planifier dans un environnement mouvant. Cette forme de vie ou cette singularité discernable dans la figure du réfugié ou du migrant sans papier et présente en chacun de nous est rejetée de l’intérieur de la citoyenneté politique dominante et de l’État nation. Ainsi, pour Agamben, une telle singularisation ouvre la voie à une nouvelle forme d’affinité politique, radicalement inclusive, reposant sur l’expression paradoxale d’une réciprocité extraterritoriale (ou mieux encore, aterritorialité) qui pourrait se généraliser comme le modèle de nouvelles relations internationales20.

Fonder le concept d’affinité politique sur celui de singularité universelle permet peut-être d’éviter la question de la représentation (et de l’exclusion) propre au rapport entre universel et particulier, mais il n’en demeure pas moins insuffisant pour comprendre comment de telles singularités s’organisent et se connectent entre elles ou s’universalisent concrètement. Par exemple, si nous étions d’accord sur le fait que la citoyenneté est – en soi – nécessairement excluante et que nous étions tous réfugiés pris dans une relation de réciprocité (solidarité) a-territoriale, quelles nouvelles pratiques d’affinités politiques mettre en œuvre pour faciliter les connexions entre nos singularités ? Quels sont les différents types de relations entre les singularités et quels en sont les dangers ? À quoi ressemblerait véritablement ces nouvelles relations internationales ?

Thomas Nail est professeur associé de philosophie à l’Université de Denver, Colorado. Il a publié Returning to Revolution : Deleuze, Guattari, and Zapatismo (Edinburgh Press, 2012). Une bibliographie des ouvrages et articles de Thomas Nail est accessible, ici.

Texte © Thomas Nail – Traduction et images © Hélène Clemente
La mise en ligne des épisodes de l’article Violence aux frontières accompagne le Festival La Grande Parade Métèque qui se tiendra à Romainville, le 28 mai 2016 .
Pour lire les autres épisodes publiés sur D-Fiction du workshop “Violence aux frontières”, c’est ici.

  1. Je ne dis pas que la violence et l’exercice de la police aux frontières n’existaient qu’aux limites territoriales et qu’aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Je défends l’idée que c’est une question d’intensité. La police des frontières s’est aujourd’hui largement répandue dans le corps social et s’est banalisée dans la vie quotidienne, plus que par le passé. Je pense que cela nécessite un nouvel ajustement de notre analyse politique des frontières. []
  2. Agamben en particulier a exploré ce paradoxe en profondeur. Voir La Communauté qui vient : théorie de la singularité quelconque, traduit par Marilène Raiola, Paris, Le Seuil, 1990 ; « Unrepresentable Citizenship, » in Radical Thought in Italy : A Potential Politics, ed. Paolo Virno and Michael Hardt (Minnesota : University of  Minnesota Press, 1996) ; Homo Sacer II, 1, État d’exception, traduit par Joël Gayraud, Paris, Seuil, 2003. []
  3. Étienne Balibar, Politics and the Other Scene, trans. Christine Jones, James Swenson and Chris Turner (New York: Verso, 2002), 75–86 []
  4. Bien qu’il y ait de multiples degrés d’exclusions structurelles inhérents à la loi elle-même, il y a, sans aucun doute, une progression dans leur combinaison. Comme le craignait Hannah Arendt, les états nations modernes ont succombé à la tentation de recourir de plus en plus à cet état d’exception. Plus la preuve de leur incapacité à traiter les apatrides comme des personnes disposant de droits est évidente tout comme l’extension de règles policières arbitraires, plus les États résistent difficilement à la tentation de priver tous les citoyens de leurs statuts juridiques et de les gouverner par un pouvoir de police tout puissant. Voir Hannah Arendt, The Origins of Totalitarianism (New York: Harcourt, Brace and World [1951] 1966), 290. []
  5. Gilles Deleuze, Pourparlers 1972–1990 (Paris : Minuit, [1990] 2003), 243 ; idem, Gilles Deleuze, Negotiations, 1972–1990, trans. Martin Joughin (New York : Columbia University Press, 1995), 179. Je mentionne d’abord la page de l’édition française, suivie de l’édition anglaise. []
  6. Carl Schmitt, Political Theology : Four Chapters on the Concept of  Sovereignty, trans. George Schwab (Chicago: The University of  Chicago Press, 2005), 5. []
  7. Michel Foucault, Sécurité, territoire, population : cours au Collège de France, 1977–1978, ed. Michel Senellart, François Ewald and Alessandro Fontana (Paris : Seuil, 2004), 22 ; idem, Michel Foucault, Security, Territory, Population: Lectures at the Collège de France, 1977–1978, trans. Graham Burchell (Basingstoke: Palgrave Macmillan, 2007), 20. []
  8. Foucault, Sécurité, territoire, population, 22/20. []
  9. « La politique volontariste de la patrouille des frontières dite de « prévention par la dissuasion» a repoussé les déplacements migratoires vers des zones encore plus dangereuses, le désert, les rivières, les canaux, entraînant de 1993 à 2008 la mort de plus 5.000 personnes le long de la frontière des États-Unis/Mexique, soit un doublement du nombre de décès selon le US Government Accountability Office, “Illegal Immigration: Immigration Border-Crossing: Deaths Have Doubled Since 1995 ; Border Patrol’s Efforts to Prevent Deaths Have Not Been Fully  Evaluated”, 2009, accessed March 15, 2011, www.gao.gov/new.items/d06770.pdf []
  10. Le concept d’exclusion reste pertinent pour analyser le capitalisme dans la mesure où ce dernier recourt encore aux dispositifs de régulation aux frontières pour contrôler le flux de main d’œuvre et de capitaux entre les états nation et empêcher le Sud de migrer massivement vers le Nord, en quête de meilleures conditions de vie. []
  11. Brian Bennett, “Government Pulls Plug on Virtual Border Fence: High-tech Boeing Project Beset with Problems,”Tribune Washington Bureau, Oct 22, 2010, accessed March 15, 2010, www.spokesman.com/stories/2010/oct/22/government-pulls-plug-on-virtual-border-fence/ []
  12. Brenda Norrell, “Privatizing Misery, Deporting and Imprisoning Migrants for Profit: The Hidden Agenda of  the Border Hype: Security Guards and Prisons in the Dollars-For-Migrants Industry,” The Narco News Bulletin, 2007, accessed March 15, 2011, www.narconews.com/Issue46/article2769.html []
  13. Brenda Norrell, “Privatizing Misery, Deporting and Imprisoning Migrants for Profit: The Hidden Agenda of  the Border Hype: Security Guards and Prisons in the Dollars-For-Migrants Industry,” The Narco News Bulletin, 2007, accessed March 15, 2011, www.narconews.com/Issue46/article2769.html []
  14. Environmental Defense Fund, “When Fences Make Bad Neighbors: Rare wildlife could be a casualty of  border security efforts,” 2008, accessed March 15, 2011, www.edf.org/article.cfm?contentID=7966 []
  15. Foucault, Sécurité, territoire, population, 20/18. []
  16. Michel Foucault, Naissance de la biopolitique : cours au Collège de France, 1978–1979 (Paris : Gallimard, 2004), 79 ; idem, Michel Foucault, The Birth of  Biopolitics: Lectures at the Collège de France, 1978–1979, ed. Michel Senellart, François Ewald and Alessandro Fontana, trans. Michel Senellart (Basingstoke [England]: Palgrave Macmillan, 2008), 77. []
  17. Foucault, Sécurité, territoire, population, 13/11. []
  18. Giorgio Agamben, “Unrepresentable Citizenship,” 158–159. []
  19. Giorgio Agamben, “Unrepresentable Citizenship,” 164. []
  20. Giorgio Agamben, “Unrepresentable Citizenship,” 164. []

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