Dora vide son sac

 

 

L’œuvre filmique de Virginie Foloppe est dense : puisant sa poétique à travers de nombreuses dramaturgies, que celles-ci relèvent du pictural (Ma chair et mon sang), du littéraire (Le Bain de V.) ou encore du théâtral (Hedda fait le vide dans sa tête), son travail précise à chaque fois les lignes d’une courte fiction. Le récit psychanalytique sert également une telle recherche artistique : ainsi, Lasthénie, diffusée au Salon de Montrouge en 2003, explore le drame raconté par Barbey d’Aurevilly, Une histoire sans nom, largement commenté par Gérard Bonnet tandis que Dora vide son sac, ici, redessine la figure de la jeune analysante de Freud, qui s’évade de manière prématurée du divan. « J’ai lu Dora comme une fiction”, aime à préciser Virginie Foloppe, interrogée sur l’interprétation imagée qu’elle offre de cette femme. C’est dire que, loin de retracer un document biographique, elle choisit, condense, développe quelques éléments qui lui semblent emporter le visage de Dora : une femme, assise sur une chaise, face au spectateur, tient entre ses mains les hanses d’un petit sac blanc, disposé sur ses genoux. Garderait-t-elle secrètement un objet précieux, qu’il ne convient de dévoiler, à moins qu’elle n’attende, avec détermination et impatience, une rencontre fortuite, un amour lointain ? Dora, d’un geste, ouvre la fermeture, laissant percevoir les tonalités d’une déchirure singulière, puis retourne le sac : là, de longs filaments de peinture rouge créent des flots sanglants sur les jambes, une sombre mare douloureuse sous les chaussures blanches. Souillée, Dora, une fois le liquide écoulé, repose le sac sur ses genoux. Lentement, elle glisse une main à l’intérieur, se saisit d’une poupée ensanglantée pour la renverser enfin à terre. Elle la regarde, la bouscule avec son pied, s’assurant pratiquement de la mort. Le sac, métaphore selon Freud de la géographie féminine dans l’histoire de Dora, condense ses conflits identitaires. Avec cet accessoire, Virginie Foloppe raconte le vécu de ce personnage, dont l’intimité semble avoir été éveillée précocement par Monsieur K, cet ami des parents, l’abandon de son père, son désir d’enfanter lorsque « devant la Madone Sixtine, elle demeura deux heures en admiration, recueillie et rêveuse », mais également ses relations amoureuses avortées, ou encore son départ qui met fin au travail engagé avec Freud. Néanmoins, derrière ses larmes de sang qui lui coulent des jambes, l’artiste indique également la nature d’une blessure secrète, son enfance perdue. En vidant son sac, n’espère-t-elle pas également retrouver son intégrité ? (Julien Milly)

Projections/Expositions :
National Art Festival de Grahamtown, Afrique du Sud, 2012.
Artshow Cannes, projection, 2012.
Contemporary women’s representations of wounded bodies and minds, Reid Hall, Université du Kent à Paris, 20011.
La videothèque s’expose, Atelier Combes&Renaud, Montreuil, France, 2010.
L’intime et le politique, exposition collective, Cité Universitaire Internationale, Paris, 2010.
La danse des corps, Festival Tous Courts, Aix en Provence, 2009.
Rencontres des arts, exposition collective, Thevet Saint-Julien, 2007.
FEVE, Carte blanche à Simone Dompeyre, Marseille, 2007.
Ce paradis qui est le votre, exposition collective, Biennale d’Issy, 2006.
Université de Loughborough, UK, 2005.
Slack Vidéo, Lamp, Hull, UK, 2005.
La métaphore, Traverse Vidéo, exposition collective, Centre d’art contemporain Les abattoirs, Toulouse, 2005.

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