Chambres noires

« Faire une nature morte qui soit vivante, pas peinte. Quand le temps s’arrête, nous aussi. Nous ne nous arrêtons pas, nous sommes dépouillés, moins sûrs de nous. Je ne sais pas. En rêve ou quand on a de la fièvre ou qu’on est défoncé ou déprimé. Est-ce que le temps ne ralentit pas ou ne semble pas s’arrêter ? Qu’est-ce qui reste? Qui est-ce qui reste ? » (Don DeLillo)

 

Photographies couleurs, 90x130cm, 2010-2017.

L’interaction entre l’étrangeté des lieux de transit lors de mes nombreux déplacements dans des chambres d’hôtels ainsi que les empreintes des corps laissées dans les draps, ont déclenché chez moi le besoin de dévoiler – sous un autre angle encore que celui des « Dormeuses » ou des « Insomnies », ce qu’est l’espace secret du sommeil : le lit. J’avais besoin d’exposer l’extrême intimité de mes nuits avec Paula, Abraham, Pénélope, Baruch, Angelica, Abel, Paola, Elias, Jonas, Lazare, Noah, Caroline, Achille, Ariane et bien d’autres, ou bien encore, seule. Les photographies ne montrent pas les corps endormis mais les traces de leur absence laissées à l’aube du jour. Le spectateur ne voit que le désordre des draps, des oreillers et des couvertures, désordre qui devient alors, par l’image, l’objet de son fantasme. En montrant des traces des corps, des signes de vie et d’amour, ces photographies révèlent, précisément, la dimension humaine nécessaire à ce fantasme, à la différence des catalogues et des prospectus publicitaires vantant des nuitées dans des lieux aseptisés où tout récit de vie et toute intimité sont évacués. L’attirance du regard pour ces « Chambres noires » se place ainsi dans l’invitation qu’elles nous font à reconsidérer l’espace privé du sommeil comme cette sorte de boîte à secrets de l’existence que chacun possède et qui lui est unique.

Texte & Photos © Isabelle Rozenbaum

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