Aran : intercalaire // Aran : Spacer

« Dans ces paysages faits de peu je me sens chez moi. »
(Nicolas Bouvier, Journal d’Aran et d’autres lieux)

Rahmy-Intercalaire1

à Colm Breathnach

Inis Mór, Aran, Irlande, avril 2013

Voici le XXIe siècle : de la roche, un peu d’herbe, une ou deux maisons. Rien d’autre. Des coquilles, des algues, des oiseaux. Et quelques âmes, 900 sur Inis Mór, la plus grande île de l’archipel d’Aran qui en compte trois. Des moutons, des vaches, des chevaux farouches à crinières de yéyé, des chiens errants ou enchaînés, des chats, des volailles, mais surtout des choses cassées, des constructions effondrées, des tas de gravats et des briques, des sacs de pesticides, des bonbonnes de gaz, des caravanes sur plots, des tractopelles avachies et de rares éléments flambants neufs, disséminés à travers le paysage, une éolienne, un silo. C’est tout. Ici, comme ailleurs. Voici avec quoi il faut composer en ce début de millénaire. L’épure du siècle. La société qui nous attend.

Nous y sommes. Voici l’époque du tremblement. La fin de l’ordre établi. Partout les images du changement. Le Caire, Tripoli, Tunis, Damas, Athènes, New York ou Pékin. Images nettes des télévisions officielles, images floues des téléphones portables. Un flux d’immeubles en feu, de foules en colère, manifestant pacifiquement ou avec l’énergie du désespoir. Ailleurs comme ici, jusque dans les rues de ce hameau irlandais balayées par le vent, sur cette île préservée de l’actualité, pourtant, à sa manière, en plein dedans, mais l’absorbant avec retard, ou mesure, comme si le maigre sol d’Aran accrochait moins la lumière venue du continent, et que le temps, purgé des événements, glissait avec davantage de légèreté, n’imprimant au terrain que des marques discrètes. On trouve quelques affiches ça ou là, témoignant d’un passé révolu, mais pas si lointain, encore capable d’émouvoir les gens : publicité Aer Lingus peinte à la main, campagne de prévention contre la vache folle, célébration de la triple médaille d’or de Michelle Smith aux JO d’Atlanta (natation), poster RÉSISTANCE de l’IRA, montrant un homme cagoulé pointant un fusil d’assaut au-dessus d’une citation de Bobby Sands. Ces vestiges sont accrochés-oubliés aux murs des boutiques, de la salle d’attente du ferry, du seul pub de l’île, où les flashs d’information annoncent aujourd’hui la mort de Margaret Thatcher.

Rahmy-Intercalaire2

Ici comme ailleurs, les choses sont en train de changer. À grande échelle. À toute vitesse. Le climat. Pas seulement. La vie quotidienne. Oui. Le futur. Demain. La placidité des insulaires s’ébroue. Les gens parlent. Une conscience durcit. Des visages fermés, des corps en mauvaise santé, esquintés, sont gagnés par l’impatience. Pourquoi ? Nul ne le sait. Des vieillards à qui on ne la fait pas et des enfants déshumanisés par les jeux informatiques professent des vérités barbares : « Il faut se battre ou mourir ». Ils portent les mêmes prénoms surannés et ridicules, des noms de pommes de terre, Lumper, Agata, ou de villes américaines, Pittsburgh ou Providence, comme si les ainés, derniers dépositaires des temps héroïques de la grande famine, s’étaient réincarnés de leur vivant dans la jeunesse, auréolés de leurs épreuves et de leurs espérances, pour tirer à nouveau l’Irlande du péril en sautant la génération intermédiaire, occupée à savourer ses acquis politiques et ses maigres richesses. Mais voici que depuis peu, ils se sentent tous pousser des ailes. Appartenir à la même entité. Un ensemble à hauteur de leur histoire. Une aventure. À dimension de leur île. Une tribu. Les voici debout. Soudés. Un vent nouveau s’est mis à souffler. Le souffle qui a balayé la place Tian’anmen, se disent les vieux, les jeunes, les pêcheurs, les agriculteurs, scotchés à leurs téléviseurs, à leurs ordinateurs, devant le film, en train d’être tourné, de la chute des tyrannies. Les habitants d’Aran, dont l’existence s’est résumée à se renier ou à se tuer à la tâche, à se caricaturer pour les touristes, à fertiliser le granit, à disparaître dans la tempête, respirent cet air de révolte. Ils prennent la mer, ils labourent leurs parcelles, ils chantent. Ils sont ailleurs. Emportés par ce flux d’images lointaines qui leur parviennent en temps réel, à peine différées par leur répétition. Ils voient des déserts, comme ici. Des sociétés éprouvées par Dieu ou par l’injustice des hommes, comme ici. Des guerriers, comme eux. Leurs voix, râpées par la Guinness, se mêlent aux clameurs de la planète web, de la planète tout court, aux prières profanes ou sacrées de l’apocalypse programmée. Résistance. Indignation. Collectif Anonymus. Occupy Wall Street. Printemps arabe.

Ça ressemble à ça. Ici comme ailleurs où rien ne se laisse détruire en silence. Tout se brise, tout bouge avec fracas. Là-bas, dans les villes du sud bombardées, livrées aux flammes, comme ici, sur cet éperon vivant au rythme des départs en mer et des retours. Car il faut sortir entre avril et octobre. Chaque jour. Pêcher de quoi subsister. Mais que pêcher ? Rien n’est simple. Le poisson ? Parlons-en ! Les Irlandais n’ont jamais été de grands pêcheurs. Ils laissent ça aux Espagnols, aux Russes, aux Danois. Qu’ils se débrouillent. Et du poisson, il n’y en a plus. Depuis longtemps. Ce qui compte, c’est la terre. La terre, on peut la dompter. Seules les choses dont on est le maître ont de la valeur. Mais pour posséder la terre d’Aran, il faut prendre la mer. Trouver les bons coins pour cueillir les algues qui, étendues sur les rochers préalablement fendus à la barre de fer, les infiltrent, les désagrègent avec l’aide du vent et du sel, jusqu’à ce que le sol stérile épaississe, engraisse, et qu’on puisse enfin y faire pousser de quoi nourrir une famille.

Les bateaux quittent le port avant l’aube. Ils naviguent face aux vagues, disparaissent et réapparaissent, comme ce matin de grosse houle, entre deux lames à peine ralenties par la digue, finissant leur course moussue vers le local des sapeurs pompiers qui communique avec le pub. Il fait noir. Un écran brille dans chaque poste de pilotage. Les marins passent leurs vidéos porte-bonheur sur YouTube. De la musique. Des filles. Puis, pour se sentir moins seuls, des nouvelles du monde. Internet est un miroir déformant. La baie de Galway devient la Méditerranée. La mer démontée, couverte d’embruns, une foule en colère brandissant les linceuls. Les marins irlandais, emportés par le tambour de l’océan, répondent aux échos de la place Tahrir sous les canons. Le jour se lève. On prépare le café. Les grappins glissent sur le pont. Le froid mordant fait oublier cet ailleurs de sable et de palmiers. Mais on continue à chanter. Là, sur ces embarcations soulevées par une immensité vivante, on chante, on se donne du cœur au ventre. Des tourbillons trouent la mer autour des récifs. Le diesel crache. Les grappins sont lancés. Ils raclent le fond à l’aplomb des falaises. Les algues gluantes, aux relents d’ammoniaque, emplissent les cales. Des centaines de crabes, rouges comme le corail, courent sur le pont. On les écrase, on glisse, on jure, on lance une nouvelle volée de crochets. Il fait jour désormais. Un jour sale auquel personne ne prête attention. Les cales débordent. Le rivage sort de l’ombre. Une barque immense, dégoulinante de soleil. Une information tombe. Elle se répand à travers la baie. Les premières voitures, aux vitres embuées, se font des appels de phares. Sans plus. Les gens ressentent un mépris qui annule leur joie. Sauf les expulsés de Galway, campant devant la Banque centrale depuis Noël, petits fermiers du sud du Connemara, ruinés, irréductibles, qui exultent ce matin, à l’annonce de la mort de la Dame de fer.

« Gypsy » Josh Frankham est le premier à rentrer au port. On peut lire son nom sur la pancarte accrochée au portique, au-dessus de sa tête, et aussi que sa famille est la plus ancienne de l’île. Il tient un porte-voix qu’il fait grincer en jouant avec le bouton du volume. Il s’apprête à décharger. Les fermiers sans bateau, ou ayant renoncé à pêcher les algues, on garé leurs 4×4 avec remorque cul à la mer, perpendiculairement au quai de Killronan, le plus grand des quatorze villages d’Inis Mór. Ils attendent. La distribution ne se fait ni au poids ni au prix. Parfaitement inégalitaire, elle répartit les algues en fixant un temps de charge aux clients survoltés, qui se toisent, se crachent dans les mains, empoignent leurs fourches. Cette durée est fixée par le capitaine du chalutier, selon la récolte du jour. On compte en minutes. Quand les premiers impatients se mettent à klaxonner, il lance « 3 ! », ou « 5 ! », ou « 10 ! ». Tout dépend du nombre de bateaux à quai. Plus ils sont nombreux, plus les durées s’allongent, les capitaines voulant attirer un maximum d’acheteurs en permettant à ceux qui les choisissent de remplir tranquillement leurs remorques. Mais en règle générale, les algues sont distribuées à la tête du client, selon les liens de parenté. Il s’en suit d’inévitables querelles, des bagarres, qui se terminent, évidemment, au pub. Mais aujourd’hui, personne ne se bat. L’ambiance est détendue. Un paysan, prénommé Bunny, renverse sa benne lors d’une manœuvre. Ne réalisant pas ce qui se passe, il répand sa cargaison sur une cinquantaine de mètres. Les algues, tombées du chariot, gisent à intervalles réguliers sur la jetée. Terminées par un nodule blanchâtre de la taille d’une courge, elles comptent deux longues excroissances palmées se greffant sur un tronc central de feuilles et de racines. Ainsi alignées, elles ressemblent à des noyés rejetés par la marée. On aide le malchanceux à recharger. Les rires se sont tus. On empoigne les algues collées à l’asphalte comme on soulèverait des corps en les prenant sous les aisselles. « À la une, à la deux, à la trois ! ». Les visages sont fermés. Tout le monde pense la même chose. « C’est un signe ». Cela fait un certain temps que l’atmosphère a changé dans l’île. Les gens sont inquiets. Cela fait des mois, ou peut-être des années, ou peut-être qu’il en a toujours été ainsi. L’inquiétude fait partie de la vie, ici plus qu’ailleurs. Comme une mélodie de fond que chacun aurait dans la tête, qui parfois, sans qu’on sache pourquoi, deviendrait assourdissante. Comme le bruit d’une rivière se changeant en torrent. Il se peut que l’angoisse se soit réveillée un soir, à la maison communale, où les habitants se rassemblent pour discuter des naissances, décès, maladies, guérisons, départs, arrivées, besoins en fourrage, en matériel scolaire, etc. Il se peut que tout ait commencé il y a quelques jours à peine, à la Saint-Patrick. La veille, la pêche avait été exceptionnelle. Mais personne n’en avait parlé. On était resté au pub, à boire après le cortège (quelques tracteurs et véhicules d’entretien pavoisés de rubans verts, le camion-poubelle, le char de la jeunesse avec scène champêtre en carton-pâte). À boire, et à ruminer le reportage que les insulaires avaient vu à la télévision : « Des cadavres de harragas dans les filets des pêcheurs ». Un pêcheur napolitain tirait des macchabées de la mer. Le reportage avait marqué les esprits parce que cet Italien s’appelait Frankham, comme la plupart des habitants d’Oghill, le hameau du nord de l’île. Ce Guiseppe Frankham disait qu’il attrapait des morts au lieu de poissons, qu’il était comme le Christ, le Saint Pêcheur d’âmes, mais qu’il ne savait pas si ces hommes qu’il tirait des profondeurs avaient une âme comme lui, comme les bons catholiques établis depuis toujours sur ces rivages d’Italie, en face de l’Afrique à feu et à sang. Le port de Killronan se vide. Les marins épuisés ruminent en silence sur leurs bateaux. Ils comptent leur argent. Ils pensent aux algues violacées, gluantes, gonflées par les gaz. Une sirène, soudain. Une diversion. Le ferry accoste. Cohue. Les chauffeurs de bus alpaguent les touristes en blaguant. « Alors, c’est à cette heure-ci que vous arrivez ? Depuis le temps qu’on vous attend ! ». (Cinq ou six calèches déboulent aussi sur la rue principale quand le ciel est découvert). Les paysans remontent dans leurs jeeps. Ils pensent, « à peine un siècle d’Indépendance, et nous revoilà envahis ». Touristes. Mauvais présages. À quoi s’attendre encore ? L’Afrique n’est pas si loin. On n’arrête pas un homme affamé. Et ces braves pères de famille repartent vers leurs fermes aux toits de chaume, disparaissent en tirant derrière eux une pleine cargaison de peur.

Tout est bien. Les marins ressortiront demain. La pêche sera bonne, comme aujourd’hui. Ils mettront de la musique à fond, harpe, tambourin, flûte. Musique traditionnelle ou moderne. Musique d’ici comme d’ailleurs. Ils écouteront Hamada Ben Amor dont le rap soulève Casablanca, Tunis et la vallée du Nil, Badiaa Bouhrizi pleurant dans son exil, Skander Besbes, Emel Mathlouthi. Les chants de la jeunesse arabe succèderont aux Dubliners, les précéderont, passeront en boucle. Rouleront avec les bateaux. Rouleront avec la mer. Guitare, batterie, distorsions. Mots d’amour, mots rageurs. Tout communiquera. Dropkick Murphys, Irish Rovers, The Cranberries, Van Morrison, The Pogues. Les marins les entendent. Ils répondent à leur manière. Plus fort. Ils oublient la distance, les noyés, la misère du monde. Ils sont minuscules sous les étoiles. Magnifiques. Ils défient la falaise comme les étudiants égyptiens ou chinois font face aux chars d’assaut. Ils touchent la paroi rocheuse, poursuivis par les goélands, quitte à faire naufrage, pour y arracher les algues gorgées de guano. Ils entonnent à tue-tête les hymnes de la lutte des Gaëls, Follow me up to Carlow, O’Donnell Abu, qui, déformés par la bière et par le vent, sonnent comme tous les cris de guerre, sur tous les continents.

La tragédie accompagne ces insulaires défiant les éléments, faisant corps avec eux comme les soldats devenant la terre de leurs tranchées. Mais quand un marin, un paysan se jette, les yeux fermés, dans la bataille de chaque jour, quand un homme est amputé par un filin, quand une femme accouche, quand une génisse vêle, quand la vie se tortille dans une flaque de sang, quand toute l’île se brise, se relève de roche en roche, de douleur en douleur, de naissance en naissance, il ne s’agit pas seulement d’affronter le destin. Un autre combat fait rage derrière les apparences. Il enflammera les esprits aussi longtemps que l’Irlande n’aura pas été complètement libérée, que l’Angleterre n’aura pas été engloutie.

Rahmy-Intercalaire3

Les peuples se lancent à l’assaut des frontières comme l’océan se brise au pied d’Aran ; révolutions ou simples passations de pouvoir ? Peu importe. Ce qui était en bas doit monter, ce qui était en haut doit descendre, une vague après l’autre, inlassablement. L’humanité se jette. Pourtant, personne ne croit plus en la justice. Aujourd’hui, on sait. Les réseaux sociaux. WikiLeaks. On ne se fait pas d’illusions. Il faut lutter encore et encore. Un régime, un autre, puis un autre. Chaque fois, des morts par centaines, par milliers, des tombes à fleurir, à venger. Mais il faut insister, se livrer à l’action, au sens de l’Histoire. Elle seule semble avoir un but. Se battre. Frapper les murs et ceux qui les érigent. Trouver des appuis, coûte que coûte, avec acharnement, jusqu’à ce que les forces manquent, jusqu’à ce que la poussière retombe, jusqu’à ce que la nouvelle répartition du territoire et des biens soit enfin acceptable. Voilà le sens de l’Histoire. Les faibles s’allient. Les puissants sont abattus. La roue tourne. Nul besoin de cause. Il suffit de se laisser prendre par la vague qui tire les affamés hors de leurs taudis. D’être à bout. De vivre comme des chiens. D’occuper les ruines du présent, de les avoir traversées en tous sens jusqu’à devenir fou, jusqu’à ce que l’idée d’en finir balaie toutes les autres. Renverser l’ordre établi est la seule grandeur digne de l’être humain.

Rahmy-Intercalaire4

Pas davantage. De la roche, un peu d’herbe, quelques maisons. Et la clameur d’une masse qui se soulève : la population d’Égypte, de Syrie ou d’ailleurs, et sur Aran, l’océan. Voici que l’archipel, noir sous le soleil, blanc sous la lune, si loin du Proche-Orient, de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique latine, en raison de sa modestie archétypale, et parce que la vie s’y tient au point neutre, comme un couteau sur sa pointe, porte tous les mondes possibles, les mondes finissants hérissés de barricades, les mondes nouveaux couverts de ruines et de chantiers. Inis Mór, battue par le vent, Inis Mór à la population chevillée à la roche, résistant aux conditions qui auraient dû l’anéantir, Inis Mór, l’humanité qui fait front, s’invente un futur plus violent, sans doute, car plus vivant. Et chacun de ces pêcheurs d’algues revenant au port avec sa cargaison puante, en décomposition, reproduit le ballet des civilisations, qui se valent toutes à ce degré de corruption.

Mais ici, ils n’ont pas la folie des grandeurs. Ils ne veulent pas devenir riches. Ils se contentent d’éviter les dettes. Ce qui leur appartient, appartient aussi à leurs voisins. Ils partagent. Ils prennent soin les uns des autres. Au mépris du dogme libéral saignant à blanc les peuples, multipliant les victimes de la mondialisation. Ici, ils vivent sainement. Courageusement. Ils ont vaincu la famine. Ils se sont libérés de l’oppresseur. Ils ne laisseront personne voler leur liberté. Leurs fusils sont chargés. Leurs voix ne tremblent pas. Leurs cœurs sont hardis. Leurs chiens, affamés. Ils sont prêts. Ils sont Aran. L’instinct de survie. L’esprit de meute. La force et l’identité. Ils sont le pire en l’homme.

Rahmy-Intercalaire5

11 heures, il fait encore nuit. L’obscurité vaporeuse permet de voir comme les chats. Le pub est désert. La télévision projette une nécrologie de Maggie Thatcher. Le son est coupé. Un instant, le chanteur Renaud apparaît à l’écran. Puis l’inscription Castleford, West Yorkshire. Un piquet de grève. Des mineurs, portant leurs casques, leurs piolets, se serrent autour de tonneaux enflammés. Leurs visages rougis par le froid font pitié. Le documentaire insiste. Vêtements rapiécés. Crasse. Nourriture emballée dans du papier journal. Sacs de couchage à même le sol. Détritus partout. L’objectif filme à charge, malgré le présentateur, en treillis et rangers, qui voudrait faire couleur locale, une main sur l’épaule d’Arthur Scargill, le leader marxiste du mouvement. Le reporter s’assied avec les grévistes, il avale des petits pois à même la boîte. Il a l’air piteux, comme eux. Mais à sa façon de regarder la caméra, fixement, comme possédé par son sujet, mais, plus certainement, obsédé par sa propre image, on comprend qu’il tient pour l’autre camp. Londres et son confort. Il a vécu quelques jours avec les pauvres, quelques semaines peut-être. Il a mangé dans leurs gamelles le jambon, le pain rassis. Il a couché à la dure. Il s’est même fait mordre (on le voit exhiber une marque violacée sur son avant-bras). Il a sans doute ri, rêvé, bu, vomi et pleuré avec eux. Un type bien. Un journaliste. Un charognard.

Le reportage alterne des séquences en couleur, au montage nerveux, informatives, attachées au quotidien des grévistes, avec des passages en noir et blanc, flous, oniriques, entrecoupés de plans fixes intrusifs : homme en larmes, ou affalé au volant d’un véhicule empli de bric-à-brac, silhouettes titubantes errant sous la pluie, nourrisson assoupi dans un carton de lessive, etc. Progressivement, le film glisse d’une impression d’abandon vers la déchéance. La fin aurait pu être tournée aujourd’hui par Antoine d’Agata. Glauque. Fascinée par la souffrance d’autrui. On voit une femme dépoitraillée, trop maquillée, en train de cuver sur un canapé au milieu d’un parking. Elle a vomi. Un labrador rôde autour d’elle, lui lèche le visage. L’image se voile. Zoom arrière : un terrain vague de tôles et de corps.

Ce campement provisoire a duré un an. Il s’est constitué selon les forces, l’espérance et les désillusions d’une poignée d’individus qui ont affronté un empire. Le camp est tombé en morceaux, une fois, vingt fois, avant d’être redressé, réorganisé, à nouveau, à nouveau, printemps, été, automne, hiver, avec entêtement, avec calme, au milieu de la frénésie des multitudes, journalistes, policiers, badauds, supporters, et du silence, et de la lassitude, et enfin de l’oubli, sous la pluie, sous le cagnard, faisant preuve d’une résistance aussi instable que chaque atome de cette prolifération de matière, de peines et de joies amalgamées ne pouvant être définies qu’en terme d’humanité. Mais de cela, le reportage ne rend pas compte. Le message est clair : ces gens sont des animaux. Générique. 1er mars 1985. Deux jours plus tard, les mineurs britanniques reprendront le travail sans avoir rien obtenu.

Rahmy-Intercalaire6

Aran. Pub. La pompe à bière chuinte. Parois couvertes d’écussons sportifs. D’ex-voto. De cartes postales. Une coupure de presse montre des barques chargées. Les gens lèvent les bras, rament, certains sont dans l’eau, d’autres leur tendent la main. Image heureuse d’une compétition d’aviron après la ligne d’arrivée, scène de naufrage ? L’heure sonne derrière le comptoir. Le décor pétrifié immortalise un quotidien trivial. Le poster rouge de l’IRA. La phrase désespérée de Bobby Sands. « Nous vivrons séparés et distincts des autres, physiquement, culturellement et économiquement ». Le jour entre par une longue fenêtre horizontale. Dehors. Une balançoire entre deux chaînes donne dans le vide. Gris, presque blanc, plein de brume, si pâle qu’on distingue à peine les têtes sur le muret, qui pourraient aussi bien être des pierres en équilibre instable, chahutées par le vent ; mais non, elles disparaissent toutes ensemble et réapparaitront au même endroit et en nombre identique dans quelques heures, quand le minibus pétaradant fera halte devant le pub adossé aux « Sept églises » en ruine que les touristes prennent et prendront en photo, leurs chapeaux, parapluies, foulards, cheveux noirs, toujours noirs sous cette lumière à l’agonie, battant l’air comme les ailes d’un corbeau touché par un plomb. Autour, avant le bleu roi de l’océan, des jardinets aux milliers de murets pour autant de parcelles herbeuses ou poussiéreuses, parfois goudronnées, servant alors de terrain de basket-ball, dessinant des écailles sur la roche qui se fendille en allant vers le rivage où elle se couvre de crevasses. Cette graphie minérale, où la main de l’homme se confond avec l’action de la nature, répond aux signes tout aussi abscons, mais mouvants, des nuages.

Rahmy-Intercalaire7

Rahmy-Intercalaire8

Depuis une semaine, Aran sans une goutte de pluie. À l’Ouest, l’île s’évase. On dit qu’elle ressemble à un pélican en vol, son bec extensible, capable d’engranger treize kilos de poisson, tourné vers la terre promise des États-Unis et ses pattes grêles, inutiles, pointant derrière lui vers l’Angleterre. Une fois franchi l’étranglement de Kilmurvey, correspondant au cou du pélican, ce sont des étendues brûlées par le gel, des herbes jaunes de savane africaine.

Le ferry appareille en contrebas. Il atteindra Doolin, sur la côte, en moins d’une heure, refera le plein de fuel, de passagers qui se pressent déjà nombreux sur la passerelle en ce début de printemps, leurs K-Way multicolores gonflés par les rafales. La mer est couverte d’une pellicule de lumière que le vent décolle par petits bouts, comme des peaux mortes. Et toujours, où qu’on se tourne, des maisonnettes sans rideaux, posées comme des maquettes sur le caillou, que le regard traverse avec les courants d’air avant de se perdre dans les flots. Plus on pousse à l’ouest, plus on passe d’une roche vers une roche plus nue. On sent la fatigue du sol. Les minuscules parcelles, cernées de murs, s’emboîtent les unes dans les autres comme les pignons d’un embrayage. Les gens qu’on croise portent des vêtements de toile et des chapeaux à larges bords sur le point de s’envoler qu’ils rattrapent par réflexe tous les dix pas. Ces silhouettes furtives, aux épaules voûtées, rappellent les vaincus des fresques sumériennes, défilant avec les animaux promis au sacrifice, rappellent les mendiants des mégapoles, dans les squares et les lieux abandonnés. La mer cogne. Aran. Forteresse emplie d’échos. Sa pauvreté s’étale sur socle de granit, offrande à on ne sait quel Dieu des clochards.

Rahmy-Intercalaire9

On ne peut s’empêcher de plaindre ceux qui vivent ici, mais aussi ceux qui sont partis pour le grand Ouest américain, au-delà de la mer, vers une variante collective de la misère que chacun affrontait et affronte encore sur son lopin de terre. On les plaint parce qu’on pense les comprendre. Mais on ne comprend rien. Les touristes se demandent dans quel pays ils viennent de débarquer. Nauséeux à cause de la traversée, ils ont cru s’écraser contre la muraille rocheuse, couleur de boue, surgie des sombres épaisseurs d’eau. Maintenant, sur la terre ferme, enveloppés de macareux, ils sont accueillis par les fouets des cochers, dont les lanières lestées de billes en plomb claquent autour d’eux. Une bourrasque secoue ce petit groupe. Les enfants pleurent. Coups de fouet. Clac ! Clac ! On s’énerve. « Oh ! Arrêtez ! Vous êtes dingues ? Ça va pas, non ? ». La mise en scène est rodée. Quand les chevaux sont malades, comme ce matin, qu’ils dorment debout à cause de l’herbe fermentée, on repousse les visiteurs vers les bus qui boucleront leur tour de l’île en deux heures. Jusqu’au prochain ferry.

Enoch, le chauffeur, des sourcils touffus, une tignasse à la diable, un air joyeux. Il raconte son histoire. Pêcheur ruiné, il est parti chez des cousins à Chicago. Mais il n’est pas resté. Comme tous ceux de l’archipel qui s’en vont faire de l’argent. « On part pour revenir. » Il se cramponne au volant du van qui ne veut rien savoir, qui hurle dans les descentes et cale dans les montées. On écoute cogner la route sous la caisse. Grincer les essieux au bord des ravins. Le capot se soulève, plonge. Barque maintenant, barque avec sa cargaison humaine. Enoch se souvient d’une femme qu’il avait aimée en Amérique. Il dit qu’elle était née à Cork, qu’elle ressemblait à cette actrice qu’on tirait de l’eau par les cheveux dans le vieux film L’Homme d’Aran. « Travailleuse. Bien en chair. Mais avec elle, ce n’était pas du cinéma, pas moyen de la ramener à Aran par les cheveux ni par rien d’autre. Alors je l’ai laissée là-bas ». Il émet une plainte aiguë : « Cliodnah ! ». Le prénom de son amour perdu, « Cliodnah ! », repris par les hirondelles de mer, au bec comme de la chair sanglante. Enoch exulte. Sa touffe de cheveux blancs tressaute sur fond d’églises, de cimetières. Plus loin, une dizaine de paires de pantalons multicolores, de toutes tailles, sèchent sur un fil chahuté par le vent. Il y a donc des enfants sur ce confetti pelé. Plus loin, un break Peugeot (nombreuses voitures françaises sur l’île, Clio, R5, 4L, 2CV), aux vitres latérales défoncées, est garé sous une autre corde à linge où pendouille une seule longue chaussette. Le regard se pose et s’envole, cherche le spectaculaire, ne le voit nulle part, pas même du côté des falaises, pas même dans les turquoise de l’océan. Il finit par le trouver. Le sublime anecdotique. Une fois encore, quittant l’ombre des nuages, apparaît une maisonnette écaillée donnant sur le vide, sans meubles sauf une minuscule table et un évier en inox, voisine paradoxale de Kilmurvey House, un manoir en granit tiré du catalogue des choses indestructibles, accroupi dans l’herbe en face d’un palmier. Tessa, la propriétaire, dernière héritière Dearbháil (signifiant fille d’Irlande), reçoit les visiteurs dans sa cuisine. Elle raconte l’histoire de ses ancêtres, catholiques enrichis par le fermage. « Mais aujourd’hui, l’Europe ne nous permet plus d’utiliser nos terres comme bon nous semble », dit-elle dans un sourire, en claquant la porte de son frigo.

Rahmy-Intercalaire10

Enoch crache par la fenêtre. Les passagers transis remontent dans le bus après avoir visité le manoir, puis la filature désaffectée, ou le chantier de la future station d’épuration, ou un ixième vestige. Lampedusa Beach est écrit en lettres autocollantes sur les portières avant. Titre d’une pièce de théâtre que le chauffeur a vue à Galway. « Une histoire simple. Une barque chavire. Tout le mode se noie. Parfait pour le nom du tacot d’un ancien marin ! ». Il rit. Mais le cœur n’y est pas. Le jour décroit. Il faut rentrer. À cause du bruit du moteur, on ne l’entend pas grommeler, « une sacrée bonne pièce… on ne va pas plaindre ces noyés… c’étaient que des négros ». Le bus, lancé, longe un nouveau précipice, soulève un nuage de poussière. Le soleil à l’horizon blanchit le pare-brise. Le sol prend une couleur de mercure. Le chauffeur est fatigué. Il ne répond plus aux questions. Pas davantage à ceux qui lui demandent de ralentir. Ses yeux, jusqu’alors très mobiles, attentifs aux oiseaux, aux fleurs, sont deux trous de solitude. Il n’est plus chauffeur. Il a le crâne empli de cailloux. Il est un élément du paysage. Il crache encore, plusieurs fois, ostensiblement. Ses paupières clignent comme celles de quelqu’un soudainement plongé dans l’obscurité. Que voit-il ? Qui est-il ? Rien. Personne. Il est Aran, ses terrains vagues, ses ronces, ses hameaux trop silencieux, ceux qui y vivent, trop seuls, et qui n’existent que dans la nudité, avec une ferveur stupéfiante de mépris pour le commun des mortels.

Comme au temps des premiers moines guerriers irlandais, saint Enda vivant à plat ventre dans un terrier, saint Brendan le délirant prince des mouches et des nuées, ces fous de Dieu qui ont christianisé le monde, jusqu’aux gamins de l’IRA qui ont tabassé l’Anglais, cette terre abrite et fait retentir au loin, par une mystérieuse correspondance entre les mythes, le cœur battant de la révolution : « Dégage ! », « Democracy now ! », « Nous sommes les 99 % ! ».

Mais ces appels sincères, légitimes, au parfum de printemps, sont couverts par le murmure de la majorité silencieuse, tirée de sa torpeur par le ressentiment. Chaque jour un peu plus, la peur, se combinant avec on ne sait quoi, l’air du temps, la frustration, devient plus forte. Alors, l’envie de tuer s’empare des gens. L’envie de tuer ceux qui ne sont pas comme eux. Les villes, les campagnes sinistrées, abandonnées à leur sort, ici comme ailleurs, s’emplissent de vieux slogans : « Ireland back to the Irish ! », « La France aux Français ! », « Artistes, fermez-la ! ».

Renverser l’ordre établi est la seule grandeur digne de l’être humain. Mais une fois sur deux, l’homme veut guérir un mal par un mal pire, et sa révolte devient sa malédiction.

De la pluie, du brouillard et du sang.

Voici le XXIe siècle : Aran, le poing brandi de saint Lachtin !

Rahmy-Intercalaire11

Texte & Photos © Philippe Rahmy 2013

Passant de l’écriture du « corps » à l’écriture de la « ville », PHILIPPE RAHMY continue d’explorer le friable. Il ne s’agit pas d’esthétiser la ruine. Il s’agit d’entendre, de faire entendre, par tous les moyens possibles, témoignage et fiction confondus, la parole qui subsiste dans les lieux délabrés, mais toujours encore capables de dire et d’inventer qui ils sont. Ce projet propose ainsi une cartographie d’un nouveau genre qui se superpose à l’inventaire objectif et comptable des mappemondes.

 

//

“In these landscapes made of little, I feel at home.”
(Nicolas Bouvier, Journal of Aran and other places)

to Colm Breathnach

Inis Mór, Aran, Ireland, April 2013

This is the 21st century: some rocks, some weed, one or two houses. Nothing else. Seashells, seaweed, birds. And some souls, 900 on Inis Mór, the largest of the three islands constituting the Aran archipelago. Sheep, cows, wild horses with Yeye manes, stray dogs or leeched dogs, cats, poultry, but above all, broken things, fallen buildings, stacks of gravels and bricks, bags of pesticides, bottles of gas, trailers on wedges, dozers lying on the side and some rare brand new components, disseminated over the landscape, a windmill, a silo. That’s all. Here, just like elsewhere. Here is what one has to deal with in this beginning of millennium. The blueprint of the century. The society that is awaiting us.

Here we are. Here comes the time of tremor. The end of the established order. Everywhere, images of the change. Cairo, Tripoli, Tunis, Damascus, Athens, New York, or Beijing. Clear images from official television channels, blurry images from cellphones. A flow of emblazed buildings, of crowds demonstrating angrily, peacefully, or with the energy of despair. There or here, down to the streets of this Irish hamlet swept by the wind, on this island protected from the news, but right in it, in its own way, absorbing it with a delay, measuredly, as if the thin Aran soil less held the light coming from the continent, and that the time, purged from the events, passed more freely, leaving only discreet prints on the landscape. A few billboards can be found here and there, witnesses of a bygone, although not so distant, past, still able to move people’s feelings: hand painted Aer Lingus ad, campaign to prevent the Mad Cow disease, celebration of Michelle Smith’s three gold medals at Atlanta’s Olympic games (swimming), IRA RESISTANCE poster, displaying a hooded man pointing an assault rifle above a Bobby Sands’ quote. These relics are pinned-forgotten on the walls of the stores, of the ferry boat’s waiting room, of the island’s only pub, where news flashes today broadcast Margaret Thatcher’s death.

Here just like there, things are starting to change. At large scale. At fast pace. The climate. Not only. The daily life. Yes. The future. Tomorrow. The islanders’ placidity is shaking off. People talk. A conscience hardens. Closed faces, sick, messed up bodies, consumed by impatience. Why? Nobody knows. Oldsters who have seen it all and children dehumanized by computer games profess barbarian truths: “Gotta fight or die”. They bear the same old fashioned and ridiculous first names, names of potato types, Lumper, Agata, or American cities, Pittsburgh or Providence, as if the elders, ultimate custodians of the heroic times of the Great Famine, were reborn during their life into the youth, haloed of their challenges and hopes, to rescue Ireland again from the danger by skipping the intermediate generation, busy enjoying its political achievements and its meager wealth. But recently, all seem to have grown wings. Belonging to the same entity. A unit at the measure of their history. An adventure. At the dimension of their island. A tribe. They are standing now. United. A new wind has started to blow. The wind that blew on Tian’anmen square, think  the elders, the youngsters, the fishermen, the farmers, riveted to their TV, to their computer, watching the movie in the making of the tyrannies’ fall. Aran’s residents, whose existence was down to denying themselves or killing themselves at work, caricaturing themselves for the tourists, fertilizing the granite, disappearing in the storm, breathe this atmosphere of uprising. They take the sea, they plow their land, they sing. They are elsewhere. Swept away by this flow of distant images coming in real time, just slightly differed by their repetition. They see deserts, just like here. Societies challenged by God or by the injustice of men, just like here. Warriors, just like them. Their voice, made rauquous by the Guinness, mix to the claims of the Web planet, of the planet itself, to the profaneous or sacred prayers of the programed apocalypse. Resistance. Indignation. Anonymous Collective. Occupy Wall Street. Arab spring.

It looks like that. Here just like elsewhere, where nothing lets itself being destroyed in silence. Everything breaks, everything moves noisily. Over there, in the southern cities under the bombs, consumed by the flames, just like here, on this spur living at the rhythm of the boats going to sea and coming back. Because they have to go to sea between April and October. Each day. To fish for their survival. But to fish what? Nothing is simple. The fish? Let’s talk about it! The Irish have never been great fishermen. They leave that to the Spanish, the Russians, the Dans. Let them deal with it. And there’s no more fish. It’s been a while already. What matters is the earth. The land can be tamed. Only the things you can own have some value. But to own Aran’s land, one needs to go to sea. Find the good spots to collect seaweed which, laid on the rocks previously cracked open with an iron bar, infiltrate them, disaggregate them with the help from the wind and salt, until the sterile ground thickens, fattens, and finally grows enough crops to feed a family.

The boats leave the port before dawn. They navigate facing the waves, disappear and reappear, like this morning of big swell, between two curls just slightly slowed down by the pier, ending their foamy run towards the firefighters’ facility which communicates with the pub. It’s dark. A screen lits every control station. The sailors play their favorite Youtube videos. Music. Girls. Then, to feel less lonely, news of the world. The Internet is a distorting mirror. Galway’s bay becomes the Mediterranean Sea. This angry sea, covered in spray, becomes an angry mob holding death veils. The Irish sailors, swept away by the ocean’s drum, answer to the cries of Tahrir square under the canon guns. The sun dawns. Coffee is being made. The grapples slide on the deck. The biting cold erases the memories of this elsewhere of sand and palm trees. But we keep singing. Over there, on these ships lifted by a living immensity, we sing, we get some guts. Maelstroms puncture the sea around the reefs. Diesel engine spits. Grapples are thrown. They grate the seabed under the cliffs. The gooey seaweed, smelling like ammonia, fills the shims. Hundreds of crabs, as red as the coral, run on the deck. Sailors step on them, slip, swear, launch another round of grapples. It’s daytime now. A dirty day to which no one pays attention. The shims are overfilled. The shore leaves the shadows. A huge boat, dripping of sun. An information gets out. It runs throughout the bay. The first cars, with their foggy glasses, flash their headlights. Nothing more. People feel contempt that cancels their joy. Except for the deportees of Galway, camping in front of the Central Bank since Christmas, small farmers from the south of the Connemara, ruined, irreducible, who exult this morning, upon notification of the Iron Lady.

« Gypsy » Josh Frankham is the first to come back to the port. His name is written on the board hanged from the gantry, above his head; it also says that he belongs to the oldest family on the island. He holds a megaphone which creaks while playing with the volume. He’s ready to unload. The farmers without boat, or who have given up on fishing seaweed, parked their 4WD with the trailer facing the sea, perpendicular to the pier of Killronan, the largest of the fourteen villages of Inis Mór. They’re waiting. The distribution is not based on weight or price. Completely unfairly, the seaweeds are distributed by granting a loading time to overexcited customers, who stare at each other, spit in their hands, grab their pitchfork. The loading period is set by the trawler’s captain, depending on the day’s crop. The counting is in minutes. When the first impatient customers start to horn, he shouts “3!”, or “5!”, or “10!”. It all depends on the number of boats at the dock. The more they are, the more time is granted, as the captains want to attract a maximum of buyers by allowing those who choose them to peacefully fill their trailer. But as a general rule, seaweeds are distributed at the head of the customer, according to family relationships. Therefore follow inevitable disputes, fights, which always end, obviously, at the pub. But today, no one’s fighting. The atmosphere is relaxed. One farmer, called Bunny, overturns his trolley during a maneuver. Not realizing what is happening, he spills his load on around 50 meters. The seaweed, fallen from the trolley, lay at regular interval on the dock. Ended by a whitish nodule the size of a squash, they display two palmed outgrowths connected to a central trunk made of leaves and roots. Aligned like this, they look like drowned people rejected by the tide. The unlucky farmer is helped to reload. Laughter has stopped. The seaweed glued to the asphalt is taken just like a body, by holding from below the arm pits. “One, two, three!”, the faces are closed. Everyone thinks the same. “It’s a sign”. It’s been a certain time that the atmosphere is different on the island. People are worried. It has been months, maybe years, or maybe it has always been like that. Worrying is part of life, here more than elsewhere. As a deep melody that everyone would have in mind, which sometimes, without anyone knowing why, becomes astounding. As the noise of a river changing into a torrent. Anxiety may have picked up one night, at the public house, where the residents gather to discuss the births, deaths, diseases, healings, departures, arrivals, needs of forage, school material, etc. Everything may have started a few days ago only, during Saint Patrick’s day. The day before, the catch had been exceptional. But nobody had talked about it. They had stayed at the pub, drinking after the procession (some tractors and service vehicles decked with green ribbons, the garbage truck, the youth char with rustic scene in pasteboard). Drinking, and mulling over the covering that the islanders had seen on TV: “Bodies of Harraga in the fishermen nets”. A Napolitan fisherman was pulling corpses from the sea. The covering had marked the spirits because this Italian guy was named Frankham, like most of the residents of Oghill, the hamlet north of the island. This Guiseppe Frankham said that he was catching dead people instead of fish, that he was like the Christ, the Saint Soul Fisher, but that he didn’t know if these men pulled from the depth of the sea had a soul like him, like the good Catholic people that had always been living on these Italian shores, facing an Africa set on fire. Killronan’s port is emptying. The exhausted sailors mull in silence over their boat. They count the money. They think about this purple, gooey, gas-swollen seaweed. Suddenly, a horn. A distraction. The ferry docks. Confusion. The bus drivers hustle the tourists while cracking jokes. “Come on, you just arrive now? We’ve been waiting for you for hours!” (Five or six carriages also tumble on the main street when the sky is clear). The farmers go back to their jeeps. They think, “only one century of independence and we’re already invaded again”. Tourists. Bad sign. What else to expect? Africa is not that far away. Nothing can stop a starving man. And these brave family men go back to their thatched farms, disappear while carrying behind them their load of fear.

Everything is ok. The sailors will go to sea tomorrow. The catch will be good, like today. They will put the music loud, the harp, the drums, the flute. Traditional or modern music. Music from here or elsewhere. They will listen to Hamada Ben Amor whose rap uplifts Casablanca, Tunis and the Nile Valley, Badiaa Bouhrizi crying over her exile, Skander Besbes, Emel Mathlouthi. The songs of the Arab youth will follow the Dubliners, or precede them, and will play in loops. Will roll with the boats. Will roll with the sea. The guitar, the drum kit, distortions. Love words, angry words. Everything will communicate. Dropkick Murphys, Irish Rovers, The Cranberries, Van Morrison, The Pogues. The sailors hear them. They answer in their way. Louder. They forget about the distance, the drowned people, the world’s misery. They are insignificant under the stars. Beautiful. They defy the cliff just like the students from Egypt or China face the battle tanks. They touch the rocky wall, harassed by sea gulls, facing the risk of sinking, to rip away this guano-filled seaweed. They sing loudly the anthems of the Gaëls’ fight, Follow me up to Carlow, O’Donnell Abu, which, distorted by the beer and the wind, sound like any war anthems, on every continent.

Tragedy goes along with these islanders defying the natural elements, integrating with them like soldiers becoming the earth of their trench. But when a sailor, a farmer throws himself, eyes closed, in the battle of every day, when a man is amputated by a cable, when a woman delivers, when a cow calves, when life squirms and a puddle of blood, when the whole island breaks down, and strives back up rock after rock, pain after pain, birth after birth, the purpose is not only to challenge destiny. Another fight is raging behind the appearances. It will fire up the spirits for as long as Ireland hasn’t been completely freed and England hasn’t been engulfed.

The people throw themselves against borders just like the ocean breaks on Aran’s cliffs; revolutions or simple transfer of power? Who cares. What was bellow must rise, what was on top must fall, one wave after the other, tirelessly. Mankind is throwing itself. However, no one believes in justice anymore. Today, people know. Social networks. WikiLeaks. No one is deluded. It’s about fighting again and again. One regime, another one, and another one. Each time, hundreds, thousands of dead, of graves to flower, to avenge. But it’s about insisting, throwing oneself into the action, in the direction of History. It alone seems to follow a goal. Fight. Hit the walls and those who erect them. Find supports, whatever the cost, fiercely, until the strength lacks, until the dust settles, until the new distribution of the territory and goods become finally acceptable. Here is the direction of History. The weak unite. The strong fall down. The wheel turns. No need for a cause. Just let yourself be taken by the wave pulling the starving out of their slums. To be worn out. To live like dogs. To occupy the ruins of the present, to have crossed them in all directions until becoming mad, until the idea of putting an end to it all sweeps away all the others. To overthrow the established order is the only greatness worthy of mankind.

No less. Some rock, some weed, some houses. And the clamor of an uprising crowd: the people of Egypt, Syria or elsewhere, and on Aran, the ocean. The archipelago, black under the sun, white under the moon, so far from Middle East, Africa, Asia, and Latin America, due to its archetypal modesty, and since life stands in neutral gear, as a knife on its tip, holds all the possible worlds, the ending worlds spiked with barricades, the new worlds covered of ruins and construction work. Inis Mór, windswept, Inis Mór with its population pinned to the rock, struggling against conditions that should have annihilated it, Inis Mór, the mankind facing up, inventing a more violent future, undoubtedly, because more alive. And each of these seaweed fishers coming back to the port with his stinky, rotting load, reproduces the ballet of the civilizations, all worth the same at this stage of corruption.

But here, they don’t have delusions of grandeur. They don’t want to become rich. They’re happy with avoiding debts. What belongs to them also belongs to their neighbors. They share. They take care of each other. In defiance of the liberal dogma bleeding the people white, multiplying the victims of globalization. Here, they live healthily. Bravely. They won over starvation. They freed themselves from oppression. They won’t let anyone steal their freedom. Their rifles are loaded. Their voices don’t shake. Their hearts are bold. Their dogs are hungry. They are ready. They are Aran. The survival instinct. The spirit of pack. The strength and identity. They are what is worst in man.

11am, it’s still night outside. The vaporous darkness allows seeing like cats. The pub is desert. The TV shows a necrology of Maggie Thatcher. The volume is muted. For a second, the French singer Renaud appears on the screen. Then the sign “Castleford, West Yorkshire”. A picket line. Minors, wearing helmets, picks, packed around barrels in flame. Their face, turned red by the cold, are pitiful. The documentary insists. Patched clothing. Grime. Food packed in newspaper. Sleeping bags on the ground. Garbage everywhere. The lens is biased against the subject, despite the anchor, wearing trellis denim and rangers shoes, who tries to fit in, a hand on the shoulder of Arthur Scargill, the Marxist leader of the movement. The reporter sits with the strikers, he eats peas from the can. He looks miserable just like them. But from his way of looking at the lens, fixedly staring, as possessed by his covering, but, more certainly, obsessed with his own image, it can be understood that he runs for the other side. London and its comfort. He lived with the poor for a few days, a few weeks maybe. He ate from their bowl the ham, the stale bread. He slept the tough way. He even got bitten (he’s showing a violet stain on his forearm). He probably laughed, dreamed, drank, vomited, and cried with them. A good guy. A journalist. A scavenger.

The covering alternates segments in color, nervously edited, informative, attached to the daily life of the strikers, with black & white segments, blurry, oneiric, intertwined with intrusive still shots: men crying, or slouching at the steering wheel of a vehicle filled with junk, staggering shapes wandering under the rain, newborn asleep in a washing powder box, etc. Progressively, the film slides from a feeling of abandon to decline. The end segment could have been filmed today by Antoine d’Agata. Creepy. Fascinated by the suffering of others. There’s a bare breasted woman, wearing too much make-up, sleeping through her hangover on a sofa in the middle of a parking lot. She’s thrown up. A Labrador lurks around her, licks her face. The image gets shady. Zoom out: a wasteland of sheets and bodies.

This provisional campsite lasted for a year. It constituted from the strength, the hope, and the disillusions of a handful of individuals who defied an empire. The campsite fell into pieces, once, twenty times, before being erected again, reorganized, again and again, spring, summer, autumn, winter, stubbornly, calmly, in the midst of the frenzied crowds, journalists, policemen, passers-by, supporters, and the silence, weariness, and finally the oblivion, under the rain, under the scorching sun, showing a resistance as unstable as each atom of this proliferation of material, sorrow, and joy amalgamated that can only be defined in terms of humanity. But of this, the covering doesn’t talk about. The message is clear: these people are animals. Roll credits. March 1st, 1985. Two days later, the British minors would go back to work without having obtained anything.

Aran. Pub. The beer pump squeaks. Walls covered of sport team coat of arms. Ex-voto. Postcards. A press clipping displays loaded boats. People raise their arms, row, some are in the water, others are reaching their hand out to them. Happy image of a rowing competition after the finish line, shipwreck scene? The clock ticks the hour behind the counter. The petrified setting immortalize a trivial quotidian. The red IRA poster. The desperate quote from Bobby Sands. “We will live apart and distinct from the others, physically, culturally, and economically”. The daylight enters through a long horizontal window. Outside. A swing hung by two chains leads to a drop. Grey, almost white, misty, so pale that the heads are hardly visible on the low wall, and could as well be stones on unstable balance, heckled by the wind; but no, they disappear altogether and will reappear at the same spot and in same number in a few hours, when the sputtering minibus will halt in front of the pub backed to the “Seven churches” in ruins that tourists take and will take in picture, their hats, umbrellas, scarves, black hair, always black under this agonizing light, flailing like the wings of a crow hit by a buckshot. Around, before the royal blue of the ocean, small gardens surrounded by thousands of low walls, for as many weedy or dusty plots, sometimes tarred, and used as basketball courts, drawing scales on the rock cracking towards the shore where it gets covered of clefts. This mineral graphy, where the man’s hand coincides with the action of nature, answers to the signs, as obscure, but moving, of the clouds.

Since last week, Aran is without a drop of rain. West, the island widens. It is said to look like a flying pelican, with its extensible beak, able to garner thirteen kilos of fish, facing the promised land of the United States and its slender, useless legs, pointing behind it towards England. Once Kilmurvey’s throttling is crossed, which corresponds to the pelican’s neck, the land becomes burnt by the frost, full of yellow savannah-like wild weed.

The ferry boat sets off below. It will reach Doolin, on the coast, in less than one hour, will refill the tank, load the passengers who are already gathering in numbers on the bridge in this early spring, their multicolor raincoats blown by the gusts of wind. The sea is covered by a film of light that the wind peels off bit by bit, like dead skin. And everywhere, wherever you look, cottages without curtains, laid like models on the rock, that the eyes cross with the airflow before getting lost in the waves. The further west you go, the more naked the rocks become. The soil is visibly tired. The tiny plots, surrounded by walls, interlock one into the other like the pinions of gear box. People cruising wear linen garment and wide brim hats almost flying away, that they catch by reflex every ten feet. These stealth silhouettes, with hunched shoulders, remind of the conquered from the Sumerian murals, strolling with the animals promised to sacrifice, recall the beggars from the megalopolis, in the squares and abandoned places. The sea bangs. Aran. Fortress filled with echoes. Its poverty spread on a granite pedestal, offering to whatever God of the bums.

One can’t help but pitying those who live here, but also those who left for the big American West, beyond the sea, towards a collective variation of the misery that each fought and still fights against on his plot of land. We pity them because we think we understand them. But we don’t understand anything. The tourists wonder in which country they have just landed. Nauseous because of the ride, they felt they would smash against the rocky mud-colored wall emerging from the dark thicknesses of water. Now, on firm land, wrapped in puffins, they are welcomed by the whips of the coachmen, whose straps weighted with lead balls flap snap around them. A gust of wind shakes this little group. The children cry. Whippings. Clack! Clack! People lose their nerve. “Oh! Stop! Are you crazy, or what?”. The staging is well rehearsed. When the horses are sick, like this morning, when they sleepwalk because of fermented weed, the visitors are pushed back towards the buses, which will wrap up the tour around the island in two hours. Until the next ferry.

Enoch, the driver, hairy eyebrows, devilish haircut, happy looking face. He tells his story. Broke fisherman, he went to live with some cousins in Chicago. But he didn’t stay there. Like all those from the archipelago who leave to make money. “We leave to come back”. He clings to the steering wheel of the van which doesn’t want to know nothing, which screams in the descents and stalls in the ascents. We can hear the road banging under the car body. The wheel axles creak at the edge of the ravines. The hood lifts up, plunges. Boat now, boat with its human load. Enoch remembers of a woman he loved in the USA. He says that she was born in Cork, that she looked like this actress pulled by the hair in the old movie The man from Aran. “Hard worker. Fleshy. But with her, there was no movie, no way to bring her back to Aran, neither by the hair nor by anything else. So I left her over there”. He lets a high pitched groan go, “Cliodnah!”. The name of his lost love, “Cliodnah!”, echoed by the sea swallows, whose beak looks like bloody flesh. Enoch exults. His white hair tuft quivers on a background of churches, of cemeteries. Further, a dozen pairs of pants, of all colors and sizes, dry on a cord heckled by the wind. So there are children on this mangy dot. Further, a Peugeot break (many French cars on the island, Clio, R5, 4L, 2CV), its side glasses exploded, is parked under a clothesline on which a single, long sock is hanging. The eyes land and fly, looking for something spectacular, not finding it anywhere, not even around the cliffs, not even in the turquoise blue of the ocean. Finally it is found. The anecdotic sublime. Once more, leaving the shadow of the clouds, a scaly cottage appears over a cliff, without furniture except for a tiny table and a stainless steel sink, paradoxical neighbor of Kilmurvey House, a granite manor taken from the catalogue of unbreakable things, squatting in the weed in front of a palm tree. Tessa, the owner, last Dearbháil heir (meaning “daughter of Ireland”), receives the visitors in her kitchen. She tells the story of her ancestors, catholic who got rich with tenant farming. “But nowadays, Europe does not let us use our land as we please anymore”, she says in a smile, banging her fridge’s door.

Enoch spits through the window. The benumbed passengers get back in the bus after visiting the manor, then the abandoned mill, or the construction work of the future wastewater treatment plant, or another vestige. Lampedusa Beach is written on a sticker on the front doors. Title of a theatre show that the driver saw in Galway. “A simple story. A boat capsizes. Everyone dies. Perfect name for a former sailor’s vehicle!”. He laughs. But the heart is not there. The day decreases. It is time to go back. Because of the engine’s noise, no one can hear him grumble, “a damn good show … who will feel pity for these drowned guys? … They were just niggers”. The bus, launched at full speed, follows another drop, lifts another cloud of dust. The sun on the horizon whitens the windshield. The sun takes a mercury color. The driver is tired. He doesn’t answer questions anymore. Not even reacts to requests to slow down. His eyes, until then very mobile, attentive to the birds, the flowers, are now two holes of solitude. He no longer is the driver. His head is full of stones. He is a part of the landscape. He spits again, several times, ostensibly. His eyelids blink as if he was suddenly in the dark. What does he see? Who is he? Nothing. Nobody. He is Aran, its wastelands, its burrs, its too silent hamlets, those who live in them, too lonely, and who only exist in nudity, with a fervor stupefying of scorn for ordinary people.

As in the time of the first Irish soldier monks, Saint Enda living flat on his stomach in a terrier, saint Brendan the delirious prince of the flies and swarms, these religious fanatics who christened the world, down to IRA’s kids who beat the English, this land holds and is a far cry, through a mysterious similarity between the myths, the beating heart of the revolution: “Out!”, “Democracy now!”, “We are the 99%!”

But these sincere, legitimate, spring-smelling calls are covered by the whisper of the silent majority, shaken from its numbness by the resentment. Everyday more and more, the fear, mixing with something else, the zeitgeist, the frustration, becomes stronger. And the urge to kill overtakes the people. The urge to kill those who are different. The cities, the countryside, damaged, abandoned to their fate, here just like elsewhere, fill with old slogans: “Ireland back to the Irish!”, “France to the French!”, “Artists, shut up!”.

Overthrow the established order is the only greatness worthy of mankind. But half of the time, the cure is worse than the disease, and the revolt becomes man’s curse.

Rain, fog, and blood.

This is the 21st century: Aran, the raised fist of Saint Lachtin!

Text and Photo © Philippe Rahmy 2013 – Translation © The Marketing Analysts

 

Tags : , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , ,

Laisser un commentaire