Analyse, Opinion, Critique : découvrez AOC

Cécile Moscovitz, coordinatrice d’AOC, s’entretient par écrit avec Caroline Hoctan :

1 – Qu’est-ce qu’AOC ? Quels sont ceux qui le créent et vont l’animer ?
AOC est un quotidien d’idées créé par Sylvain Bourmeau (« La Suite dans les idées » sur France Culture, Inrocks, Libération, Mediapart) et Raphaël Bourgois («Avis critique » sur France Culture), deux journalistes rejoints par Cécile Moscovitz (Gallimard, le MOTif, Bureau du livre à Rome) et aidés par Hélène Fromen (Le Monde.fr, 20 Minutes, Mediapart, actuelle directrice de Wellcut.tv). Nous lançons AOC le 25 janvier prochain, lors de la « Nuit des Idées », à la BnF-Richelieu où nous organisons une soirée consacrée à la notion d’auteur.

2 – Pourquoi AOC ? Quels sont vos objectifs ?
Deux constats sont établis de manière quasi unanimes depuis quelque temps : d’une part, la surabondance de l’information au sein de laquelle, pourtant, nous nous en tenons souvent aux trois mêmes dernières « actu » qui requièrent le plus d’attention ; d’autre part, la crise de confiance, comme on l’appelle communément, que connaît la presse. Là où elle demeure, la pratique sérieuse du journalisme montre bien que l’on aurait tort de se contenter de cette vision des choses. Mais ce contexte appelle un autre type d’intervention dans l’espace et le débat publics. Pour ces raisons, AOC est un quotidien d’idées qui propose de faire le tri dans les informations et d’ouvrir la fonction journalistique à d’autres personnes que les journalistes professionnels : à des personnes qui prennent le risque de s’exprimer sur l’actualité avec deux compétences en main, d’une part une intelligence de l’époque et d’autre part la capacité de partager cette intelligence (en d’autres termes : le fond et la forme). Ces personnes peuvent être des chercheurs, écrivains, artistes, des journalistes également, c’est-à-dire des intellectuels ou plus généralement des auteurs qui prennent leur part du journalisme. D’où un journal d’idées conçu par des journalistes et écrit par des auteurs qui redonnent de la profondeur à l’actualité, à l’aide de leurs outils conceptuels et de leur subjectivité. L’autorité, justement, de ces contributeurs doit nous aider à prendre de la hauteur et à remettre de la verticalité dans une scène intellectuelle et médiatique plutôt déstructurée.

 

 

 

3 – Que proposera AOC ? Quelles sont vos ambitions ?
Chaque jour, du lundi au vendredi, sont publiés simultanément 3 articles (pas plus, pas moins) à propos de sujets d’actualité : une analyse, une opinion, une critique. D’où l’acronyme AOC. L’analyse implique une connaissance fine d’un sujet, l’opinion un point de vue engagé, assumé, étayé, et la critique un regard sur des œuvres culturelles affranchi d’une logique de prescription. On pourra aussi lire AOC durant le week-end puisque le samedi est consacré à un grand entretien d’idées ou à un parcours biographique, et le dimanche à un texte littéraire inédit, comme une nouvelle, avec le projet de publier des auteurs confirmés mais aussi de faire découvrir ou redécouvrir des écrivains, et pourquoi pas des débutants. La littérature au beau milieu d’un journal est une pratique tombée en désuétude : on la remet au goût du jour ! D’ailleurs, l’ambition d’AOC est aussi littéraire : les contributeurs sont des auteurs et leurs articles sont des textes, voire des œuvres, dont la qualité formelle est valorisée par notre travail éditorial. C’est la suggestion du label AOC — la qualité, le savoir-faire : loin de publier du contenu nous souhaitons publier des textes et des textes relativement longs (environ 10 000 signes, soit une pleine page « Débats » du Monde par exemple). À la périodicité 7/7 répond ce temps long de la lecture. On la marie avec l’esprit des revues, ces collectifs ou communautés d’auteurs-lecteurs grâce auxquels une revue laisse une trace. Cette politique éditoriale exigeante a pour but de faire d’AOC un journal qu’on lit pour avoir un autre point de vue que les journaux d’information d’un côté et les réseaux sociaux de l’autre, certes, mais aussi pour savoir ce qui compte dans l’actualité.

 

 

4 – Quelle est la pertinence d’AOC : ses différences, ses similitudes, ses remises en question, ses innovations par rapports aux autres pure players ?
On est dans un moment où naissent un certain nombre de médias d’information (preuve que des attentes existent). Certains se positionnent sur des formats vidéo très connectés aux réseaux sociaux (Brut, Monkey, Loopsider), d’autres ont des propositions originales comme L’Imprévu ou Les Jours et ses reportages sérialisés, etc. Sans oublier Slate ou Mediapart. De son côté, AOC s’en tient à 3 exercices journalistiques : l’analyse, l’opinion, la critique — à quoi l’on peut ajouter l’entretien du samedi —, et ne fera ni reportages ni enquêtes ni infos en continu. Ne serait-ce que faire le distinguo entre ces 3 genres est déjà une différence par rapport à ce qu’on lit souvent. On peut aussi citer The Conversation qui publie les articles d’universitaires dont les travaux croisent des questions d’actualité et de société, ou, du côté de la critique, Diacritik ou En attendant Nadeau. Il s’agit de médias gratuits et c’est une différence avec AOC qui revendique la valeur de la création intellectuelle (et même sa rémunération !) et dont le modèle économique repose sur l’abonnement (12 € par mois, et 6 € pour les étudiants, demandeurs d’emploi, etc.), avec paywall poreux. On veut se servir du numérique pour recréer l’objet « journal » sans l’emprisonner dans un univers commercial saturé d’hyperliens, pour réinventer une logique publicitaire avec quelques annonces ciblées et libérées de la logique du clic et de l’audience, on veut créer un public, et même un lectorat, qui se reconnaisse dans le projet éditorial. L’exigence et la dimension micro-média (on estime l’équilibre au terme de 2 ans à 10 000 abonnés) nous donnent cette liberté. Et puis AOC n’est pas complètement un pure player : il y aura du papier ! puisqu’on publiera le recueil des 52 nouvelles de l’année et qu’on envisage des partenariats avec des éditeurs pour des ouvrages diffusés en librairie.

5 – Qu’attendre d’AOC en terme de contenus comme d’approche, par rapport aux revues et à la presse dites « culturelles »  ?
AOC se rapproche de la tradition des revues, et donc de fait est tout entier culturel, même s’il s’agit — répétons-le — d’un journal d’idées en rapport étroit avec l’actualité. Le fait même d’associer de façon si rapprochée sciences humaines et sociales avec les différents arts est en soi une proposition culturelle et sensible forte. Et si ces chercheurs, écrivains, artistes sont sollicités pour commenter l’actualité, AOC est aussi une invitation faite à ces mêmes intellectuels d’être attentifs à la qualité de la transmission de leurs idées auprès du public. Par ailleurs, la dimension « presse culturelle » est assumée par la rubrique « Critique ». L’interdisciplinarité (pourquoi pas un cinéaste faisant découvrir telle œuvre architecturale, etc.), la diversité (pas de thématiques uniques, pas d’exclusives), la longueur des articles, l’indépendance vis-à-vis de la prescription ouvrent un espace à la surprise, l’inattendu, le défrichage, etc. Comme le dit Éric Loret : « Il nous faut une critique de partage au plus près du geste créateur. »

 

 

6 – Enfin, que représente pour AOC la notion de « littérature » dans le débat d’idées ? En effet, la littérature est aujourd’hui considérée soit comme un produit d’entertainment, soit comme un exercice d’esthétique, quoi qu’il en soit, rarement comme un domaine de connaissance primordial du « réel », c’est-à-dire capable de rendre compte du monde, voire de l’interpréter…
Les textes littéraires du dimanche ne sont pas une récréation à côté des articles de la semaine. On l’a dit plus haut, l’attention portée au texte et à la forme donne aussi au quotidien sa dimension littéraire. On veut du style, du brio, que les textes procurent du plaisir, et pas de la littérature grise (qui n’a pas besoin d’AOC). Et puis comme le relève Marielle Macé, « la littérature et les sciences humaines et sociales ont une tâche en commun, qui est de ne jamais se dérober à l’effort pour dire juste, pour rendre justice aux états de réalité aussi complexes soient-ils, pour traiter avec patience des réalités embrouillées, opaques ». Le journal lui-même sera une façon de montrer que la littérature fait partie et anime la vie intellectuelle, non pas seulement parce que des écrivains auront la parole, mais parce qu’elle est un art vivant, qu’elle est partie prenante de la « vie » que vous mentionnez ou, pour le dire autrement, du monde, que la littérature travaille justement la langue utilisée dans la vie quotidienne et produit ainsi un mode d’exploration de celle-ci.

Texte © AOC-Les auteurs (janvier 2018) – Illustrations © DR
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