Dans la pureté du sacrilège

 

 

Une Chanson

J’entends ton cœur
battre fort comme une respiration qui s’achève.
Le silence règne,
je sais.
Rentre chez toi,
ton dernier ami t’y attend,
ton corps semble avoir vieilli,
mais il existe un chemin
à une hauteur
presque accessible,
qui traverse le fond de tes yeux,
comme une douce chanson.

Je veux t’aimer
et n’en esquive pas la douleur,
elle est aussi forte
que gagner les hauteurs
de la frontière
lorsqu’on est en vie,
image que je crée,
chemin
que j’invente.

Mon esprit crie librement,
courageuses
paroles de l’âme
suppliant de rompre avec le désir
qui décrète la mort
du corps tombé dans le coma.

Bouffée d’oxygène
en plein vide d’air,

objet brisé,
mais intact en son milieu
perdu dans l’espace,

j’ai besoin de naviguer
dans des passes étroites.

*

Théodora

De grâce préviens-moi de ta naissance
Lorsqu’il fera jour
car je serai là, immobile,
reposé.

J’empêcherai la paix de palpiter
aux fenêtres submergées de désespoir,
j’embraserai le temps
avec la lueur de l’éclair
qui illumine les tableaux vides
tissées par la mémoire
à la tombée de la nuit.

De grâce préviens-moi,
fût-ce tardivement,
et plût à Dieu que les tourments maternels tardent à venir,

De grâce préviens-moi,
mais seulement, seulement lorsqu’il fera jour.

*

Chaque os

Quand nos corps se fonderont l’un dans l’autre
chaque os se désintègrera,
la jouissance surviendra peu à peu
jusqu’à ce que nos âmes se touchent,
mes yeux ne pleureront pas de plaisir,
mon corps ne sanglotera pas de douleur,
mais il réagira fort
à toute tentative de guérison.

*

Caméléon

Comme un caméléon je rampe dans
le silence de ma chambre.

Est-ce de la poésie, ces heurts contre les murs ?

Est-ce de l’opium, ces étoiles emplumées
à chaque coin de mon égo ?

Est-ce de la bonté, cette larme qui coule dans
mon âme lorsque j’hurle mon bonheur tel un fou?

Les alentours chargés de mélancolie
s’arrachent encore à la glace.
L’absence d’une épaule où se reposer,
d’un corps aussi léthargique fût-il,
me rappelle combien il était bon
de dialoguer avec mes yeux,

de toucher l’obscurité lorsque la voix du
désespoir persistait à m’attendrir.

Mozart enlace ma gorge
avec un fil de nylon.
Les ténèbres sont entourées de lumières
intangibles,
métaphore de l’abominable désaffection
publique pour un quasi mort.

Personne, pas même la solitude, n’a
d’aussi petites mains.

 

 

Texte © Carlos Cardoso – Traduction © Stéphane Chao – Illustrations © Lena Bergstein
Ces trois poèmes sont extraits de son recueil Na Pureza do Sacrilégio (Ateliê Editorial, Cotia-Brésil, 2000) : Dans la pureté du sacrilège, en cours de traduction par Stéphane Chao.

Carlos Cardoso, né à Rio de Janeiro en 1973, est l’auteur de trois recueils de poésie salués par la critique ainsi que par ses pairs et ses aînés, qui n’hésitent pas à le comparer à Fernando Pessoa. Ses textes sont traduits en anglais, en espagnol et prochainement en bulgare. On peut consulter son site ici.

Traducteur et auteur de nouvelles, Stéphane Chao publie dans de nombreuses revues au Brésil et en France (L’Atelier du roman, La Femelle du requin, L’Ampoule, Le Cafard hérétique, Le Lampadaire…). Sa nouvelle A lei de ouro a été primée dans le cadre du festival Lapalê à Rio de Janeiro. En tant que traducteur, il s’est donné pour objectif de faire connaître des auteurs brésiliens inconnus ou presque du public français, notamment les jeunes talents, qu’il s’applique à dénicher aux quatre coins du pays. C’est l’objet du woskhop « Traduzindo o Brasil » qu’il tient aujourd’hui sur D-Fiction.

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