Le coffre à jouets de J.F.

 

 

Poursuivant sa recherche autour de la mise à mort de l’enfance, V. Foloppe invente dans « Le Coffre à jouets » ayant appartenu à J.F. un dispositif dont le ludisme rivalise avec le tragique. Une femme est assise à une table recouverte d’un drapé blanc. Là, elle ouvre une boîte, y glisse une main vigilante et s’empare du corps oublié d’une poupée. Elle l’installe, en équilibre, sur le rebord du coffret, alors qu’une mélodie, déjà, qui émane de l’intérieur, évoque les premières notes d’une danse nocturne. La découverte de ce mannequin de l’enfance inquiète : cette petite malle, qui conserve semble-t-il les reliques d’une personne disparue, rappelle sans conteste ces agrégats d’objets disparates exposés par C. Boltanski, comme une manière de redessiner le visage d’une absence, laissée secrète, et d’imaginer les raisons d’un départ virulent. Le titre, proposé par V. Foloppe, paraît d’ailleurs rendre hommage au travail de cet artiste, puisqu’il reprend cette manière d’exposer “ un objet ayant appartenu à ”. À l’intérieur de ce coffre à jouets, donc, qui redessine un nouveau drame, un miroir, disposé sous le couvercle, renseigne sur la nature de ce retour vers l’enfance. Bien qu’il redouble le visage féminin, instaurant une distance de l’identité avec elle-même, et facilite de violentes dépersonnalisations, l’ouverture de ce coffre à jeu, métaphore sans doute de l’accession au « Je » selon Winnicott, reviendrait finalement à traverser le miroir, à s’engager derrière la profondeur du leurre : qu’y a-t-il, en somme, de l’autre côté de la surface miroitante de l’enfance ? Qu’en est- il des secrets enfouis, enterrés, décomposés, acerbes? Considérer le drame des premiers temps de la vie à travers le scénario d’une vanité intrigue encore davantage : car, ne pourrait-il s’agir de son propre corps défunt, inerte, que cette femme découvrirait à l’intérieur d’un coffret à bijoux ? A moins que ce ne soit le message d’une sœur décédée, à la manière du film Festen réalisé par Thomas Vinterberg en 1998 dont V. Foloppe aime à rappeler la référence directe, et qui indiquerait, sous la manière d’un jeu, les raisons d’une mort oubliée ? Dans cette dernière perspective, le corps de la pupille joue de la métaphore d’un fantôme familial, que l’on doit oublier, soit anéantir une seconde fois : ici, le jeu d’enfant se compose de petits cubes rouges numérotés de 1 à 10, qu’il s’agit d’aligner, à la manière d’un puzzle, les uns à la suite des autres. A mesure que la femme se perd, son visage reflété à l’intérieur d’une sépulture de l’enfance, elle renverse un par un les petits cubes, dans le désordre, laissant apparaître derrière chaque face une lettre. Un mot se découvre –inceste- qui expliquerait finalement la disparition soudaine de cette enfant, désormais victime, oubliée. Une fois le terme découvert, d’un geste précis, la femme pend la poupée à l’aide d’un ruban à cheveux rouge. Ainsi, avec un ludisme acerbe, V. Foloppe relie le suicide à un vécu amoureux transgressif, qui dévaste. Devant les enclaves familiales, les tragédies de l’ombre, les secrets de l’enfance, le visage de cette femme est lui-même décapité, contenu dans cette boîte funeste, comme si, à tout moment, l’identité survivante risquait d’être avalée, engloutie par les souvenirs médusants de cette boîte-bouche. (Julien Milly)

Projections/Expositions
Moscow Museum of Modern Art, 2013.
[self]~imaging, artist portraying themselves in video, Aferro Gallery, New York, USA, 2013.
Videolab, Alliance Française, Portugal, 2012.
National Art Festival de Grahamtown, Afrique du Sud, 2012.
Artshow Cannes, 2012.
Anemic, Festival of independant Film and New Media, Prague, 2012.
Baltic Sea, Finland, 2011.
Baltic Sea, Estonie, 2011.
Arad Art Museum, exposition collective, Roumanie, 2011.
Figure it out – performance in video, Kiev, 2011.
Festival international de arte da performance, Coimbra, Portugal, 2010.
Les mises en récit du réel, Séminaire Art2day, Paris, 2010.
French Video Art, VideoChannel, Allemagne, 2010.
Here we are ! Memory and identity, Allemagne, 2010.
Microwave, Chine, 2009.
Body and soul, VideoChannel, Allemagne, 2009.
Videoholica, Bulgarie, 2009.
CEC (Carnival of e-Creativity), Inde, 2009.
Autour de l’inceste, Université Michel de Montaigne-Bordeaux 3, 2008.
Memory and identity, CologneOFF IV, 2008.
Se remet-on jamais de l’enfance, Espace Dialogos, Cachan, 2008.
Art Video Screening, Suède, 2008.
SHOOT OFF, Espace Canopy, Paris, 2008.
Streaming Festival, Vidéo et théâtre, La Hague, Pays-Bas, 2008.
Bigscreen Festival, Chine, 2007.
Rencontres des arts, Thevet Saint-Julien, 2007.
La métaphore, Traverse Vidéo, Centre d’art contemporain Les abattoirs, Toulouse.

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