Patrizia Valduga : quatre poèmes

Résiste mon amour qui as perdu ton souffle :
tu as mon cœur en toi, pour te rendre ton souffle.

Giovanni, j’ai cessé de vivre de ma vie,
Fais que je reste en vie pour que tu sois vivant.

Le cœur agenouillé, c’est ainsi que je prie :
Mon Dieu compense, mon Dieu récompense.

Je te promets, je fais ce vœu.
Mon Dieu compense, mon Dieu récompense.

Donne-lui le souffle, donne-lui un brin d’air.
Mon Dieu compense, mon Dieu récompense.

Ton Milan, mon amour, m’effraie
et me traite en étrangère et en bannie.

Et dans notre maison tout ce qui est à nous
Méchamment me regarde, comme contrarié.

Tout t’appelle, te réclame,
et me laisse comme ça, seule et épouvantée.

Et le temps tout entier l’atteste :
le temps de la douleur fait partie de la vie.

Et en tout temps je trouve un répit dans le temps
De ta présence à mes côtés, âme blessée.

//

Risisti, amore moi senza respiro :
ho il cuore in te, per te tiro il respiro.

Giovanni, vivo piú della mia vita,
tienimi in vita finché tu sei in vita.

Con il cuore in ginocchio, cosí prego:
Dio mio compensa, Dio mio recompensa.

Io ti prometto, faccio questo voto.
Dio mio compensa, Dio mio recompensa.

Dagli il respiro, dagli un po’di fiato.
Dio mio compensa, Dio mio ricompensa.

La tua Milano, amore, fa paura
e mi trata da esule e sbandita.

E in casa nostra ogni nostra cosa
mi guarda male, come risentita.

Ogni cosa ti chiama, ti reclama,
e mi lascia cosí, sola e spaurita.

E tutto il tempo testimonia il tempo
del dolore indiviso della vita.

E in tutto il tempo trovo tregua il tempo
Che ti sto accanto, anima ferita.

*

Seigneur de la mort et de la vie,
personne plus que lui ne mérite la vie.

Seigneur de tous les temps de toute vie,
pour qu’il vive je te fais don de ma vie.

Tu es ici Giovanni, et tu n’es pas ici,
et me soutiens face à la peur.

Je ne peux plus m’échapper de moi-même :
me débusque partout ta lumière pure.

Je pleure en moi, sur moi, j’ouvre mon enfer,
si l’enfer n’est pas ma nature.

C’est ma nuit, je n’en ai pas d’autre,
autour d’une chose noire et obscure.

Oh nuit sans étoiles, oh cher amour,
milliards de neurones est la nuit obscure.

Mon Dieu, mon Dieu, Seigneur de l’amour,
retire la nuit des yeux de mon amour.

//

Signore della morte e della vita,
nessuno piú di lui merita vita.

Sigore di ogni tempo di ogni vita,
per la sua vita ti dò la mia vita.

Tu ci sei, Giovanni, e non ci sei,
E mi tieni davanti alla paura.

Non posso piú scappare da me stessa:
Mi scova ovunque la tua luce pura.

Piango di me, su me, apro il mio inferno,
se l’inferno non è la mia natura.

È questa la mia notte, non ne ho altre,
intorno ad una cosa nera e oscura.

Oh notte senza stelle, oh caro amore,
Milliardi di neuroni è note oscura.

Mio Dio, mio Dio, Signore dell’amore,
quello che vede solo ora, amore…

*

Depuis combien de temps mon cœur regarde-t-il
ce qu’il voit seulement maintenant, mon amour…

que depuis le début, toi tu n’as pas cessé
de rassembler avec ton amour mes parcelles,

qu’il m’est même impossible d’aller chez ma mère
si ce n’est avec toi qui me tiens par la main,

que tu es mon permis de séjour
partout, pas seulement à Milan,

que tu es le seul qui m’ait rendu supportables
même la mort et la folie dans la famille…

mais moi, t’ai-je jamais fait don de quelque chose ?
moi qui toujours quémande ainsi qu’une fillette…

qui ne sais où donner de la tête,
qui ne se soucie de rien ni de personne,

qui à ce vide me dévorant vive
ne peux échapper, c’est l’estampe de mon esprit,

qui me suis sentie seule
même avec trois sœurs et deux frères,

qui vois bien que j’ai besoin
de quelqu’un d’autre, après, de bien d’autres recours…

//

Da quanto tempo sta guardando il cuore
quello che vede solo ora, amore…

che da súbito, da sempre i miei pezzi
li tiene insieme tu con il tuo amore,

che sei tu il mio permesso di soggiorno
per dovunque, non solo per Milano,

che solo tu mi hai reso supportabili
anche la morte e la pazzia in famiglia…

che invece io che cosa ti ho mai dato ?
io sempre a chiedere come una figlia…

che non so dove sbattere la testa,
che non m’importa di nessuno e niente,

che a questo vuoto che mi mangia viva
non c’è scampo, è lo stampo della mente,

che mi sono sentita sempre sola
anche con tra sorelle e due fratelli,

che vedi bene che mi fa bisogno
di un altro dopo, di molti altri appelli…

*

Je reste penchée sur toi et prie et sens
que dans tes rêves il y a un rêve de moi :

dans ton rêve serein de sentir
qu’en moi s’apaise quelque chose.

Et père et mère en moi se retrouvent
me remettent au monde et dans mon histoire.

Les rafales furieuses de l’enfance
se recomposent en une mémoire plaintive.

Giovanni, cher amour vénéré,
je ne jetterai plus jamais sur toi mon vide.

Je deviendrai enfin une femme
sans te faire souffrir : c’est le vœu que je fais.

Seigneur, pas de plaies par pitié ;
Épargne-moi au moins cela, aies pitié.

Seigneur, donne-lui la force, donne-lui le souffle,
ne l’épuise pas davantage dans son état.

Pour lui, de tous les hommes le meilleur,
prends toute ma vie, Seigneur.

Je suis prières, je suis litanies
pour toi, Giovanni, pauvres mais miennes.

Je suis prières, vers vrais et vifs,
pour que tu vives, mon amour. Mon amour, vis !

//

Sto china su ti te e prego e sento
che nei tuoi sogni c’è un sogno di me:

nella tua quiete sogno di sentire
che qualcosa si allenta dentro me.

E padre e madre in me si ricongiungono,
mi rimettono al mondo e alla mia storia.

Le raffiche furiose dell’infanzia
si compongono in flebile memoria.

Giovanni, caro amore venerato,
non scaglierò su te mai piú il mio vuoto.

Diventerò una donna finalmente
senza darti dolore: ecco il mio voto.

Signore, niente piaghe per pietà,
risparmia almeno questo, abbi pietà.

Signore, dàgli forza, dàgli fiato,
non stremarlo ancora del suo stato.

Per lui, di tutti gli uomini il migliore,
prendi tutta la mia vita, Signore.

Sono preghiere, sono litanie
per te, Giovanni, povere ma mie.

Sono preghiere, versi veri e vivi,
perché tu viva, amore. Amore, vivi.

Poèmes extraits de Libro delle laudi, Einaudi, 2012 (publiés avec l’aimable autorisation de l’auteure).
Textes © Patrizia Valduga – (Trad. inédite © Raymond Farina) – Illustrations © DR