Street art, féminisme & photographie : des murs aux murmures

Un stylo dans mon sac, un carnet en poche, mon appareil photo accroché
à l’épaule, depuis toujours m’accompagnent au cours de mes sorties.
Objets complices, je m’en saisis et m’en remets au souffle de
l’improvisation quand tant de choses de natures diverses sont à entendre
comme à écouter, à découvrir comme à imaginer, à voir comme à regarder.

La préméditation n’est pas mon fort. Je suis sensible à l’instantané.

Péripéties circonstancielles.
À noter.
Éprouver du plaisir et de la joie, ressentir de la détestation,
de la colère et de la rage, de quoi compatir, de quoi crier, de quoi pleurer.

De quoi saisir la beauté d’une pensée sur un visage.
La magnificence d’un paysage.
Au prix des mots et du langage de l’image,

Parlant des murs. En connivence au goût de chacun. On aime
ou l’on n’aime pas, pour d’autres qui nous laissent indifférents ; puis
sans que l’on s’y attende, au même emplacement un changement
qui saute aux yeux.
Affaire à suivre si affinités.

Nous avons connaissance que plus que jamais les murs sont pris
en otages pour satisfaire à toute expression intergénérationnelle et pluralité
de prises de position et de cultures opposées. Accord ou désaccord.
L’opposition n’est pas toujours d’une approche sereine, affichons son contraire
pour plus de convenance et d’échanges de qualité.
Hier est aujourd’hui, aujourd’hui est demain. Chaque époque fixe
le commentaire conditionné à l’air de son temps ; illusion, désillusion, points
de vue en divergence aux horizons multiples de l’esprit et des rapports humains,
à mixer comme à l’accoutumée dans la complexité de la pensée et des
agissements. Enjeux divers.
À prendre ou à laisser.

Langage mural.

Surenchère d’insanités.
Fournisseur armé de haine et de vulgarité.
Fabricateur de poésie.
Rumeur et murmureur.
Hymne à l’amour.
Phrasé teinté d’humour et d’ironie,
Polémique bariolée d’impudeur.
Antagonisme élégamment mesuré.
Misère de l’anorexie des mots.
Argumentateur pour un oui.
Sophiste pour un non.

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Le sensible au tableau.

« Poésie !
Ô trésor !
Perle de la pensée. »

En écho.
Outrage.
Gribouillis d’inconvenance, à l’envers.
Avantage.
Esprit portant à réfléchir ou à rire, à l’endroit.

Au théâtre social pimenté de scènes qui se jouent acte après acte
en référence à tout état de cause, se joignent les messagers de l’art.
Une présence forte. De larges murs qui en témoignent,

Street art,

échelle……..peinture………bombe………éponge………pinceau

Et le cœur à l’ouvrage.

À l’air libre, respiration à l’éloquence de l’intime.
Créativité. Harmonie. Révérence à l’imaginaire.
(En surcharge de toujours plus de vandalisme à la clé)

J’en reviens à mon propos.

MURMUR (Éd. L’Une & L’Autre, 2021) :

À livre ouvert, les murs ont pris la parole.

Dire et médire.
Entendre les murs.
Des murs qui rient. Des murs qui pleurent.
Des murs de bonne humeur. Des murs grondant de fureur.
Des murs suralimentés. Des murs mal armés.
Des murs bon enfant.
Des murs inconvenants.

Sourire et Grimace.
À tort, comme à raison.

MURMUR. Au principe photographique qui “rend Paris murmurant”,
est un ouvrage qui prit corps au motif impérieux de photographier les murs
de mon quartier parisien, et cela en raison majeure des inscriptions s’insurgeant
à l’horreur des féminicides.
Sollicité en raison de l’apparition d’une importante cause à prendre
en considération, l’appel mural prenait de l’ampleur et se faisait toujours plus
pressant afin d’alerter et de sensibiliser les passants ; en conséquence de quoi,
prendre parti et lutter contre la cruauté des féminicides s’affichait
avec une intensité, dans l’immédiat en retombées systématiques de
superpositions assaisonnées à l’indigence de la sauce amère de la bêtise,
de la méchanceté et de la grossièreté.

L’idée d’en faire le constat s’est imposée et a fait son chemin.
La suite étant conséquemment en regard des oppositions primaires
délibérément situées au plus bas de la ceinture, c’est sur un air de féminicide que
s’enchaînant en continuité quantité de propos soumis à l’impératif
du courant actuel de certaines pensées et d’actes énoncés avec plus ou moins de
forme et d’élégance, que j’effectuai un parcours photographique
à la rencontre de toute expression murale des plus complexes.

Au temps venu de témoigner j’ai marché pour inscrire.
La mort. L’horreur. La souffrance.
Le soutien. La défense.
Au même temps venu d’être face à nombre d’intentions de cruauté
doublées de perversions durables, j’y apposai.
L’atrocité. La haine. La vulgarité.

Après tant de lourdeur, est à saluer l’échange de quelques drolatiques
causticités.
Ainsi que sont à célébrer les envolées de tout fantasme, non détérioré…

MURMUR. Le huitième en son temps a naturellement pris sa place
au sein de mes pensées et interventions photographiques.

Affronter la photographie qui ne se contente pas de faire joli.
Faire face à la photographie qui raconte et qui questionne.
Aimer la photographie pour sa beauté intérieure/extérieure.

MURMUR. Est bavard mais il parle sans jamais s’écouter.
Son titre, écrit en lettres capitales, fait référence à la force jumelée
de deux mots accolés se jouant du collage à consonance du murmure confidentiel.

MURMUR est un livre à lire.

Page après page un plein d’images pour plus de bavardages.
On s’imprègne de la force du discours des images.
Au noir de la tristesse, aux teintes de la gaieté.

On tourne les pages.
Et on y revient…

Texte & Photographies © Jeanne-Marie Sens