Traductions en V.U. : Ferdydurke

Contre le cucul, il n’y a pas de refuge.
(Witold Gombrowicz)

Au chapitre IX de Ferdydurke, Jojo (le narrateur), logé chez les Lejeune, fouine dans la chambre de leur fille Zuta, la lycéenne moderne. Il inspecte un placard puis réussit à ouvrir un tiroir à l’aide d’un couteau. Outre des lettres d’amour, il y découvre quantité de plaquettes de poésie dûment dédicacées à la jeune fille. Dans l’une d’elles, il lit ce poème :

Les horizons éclatent comme des bouteilles
Une tache verte gonfle sous les nuages
Je reviens à l’ombre des pins —
d’où
j’aspire d’une bouche avide
mon Printemps quotidien

Rébus abscons dont il donne, en langage intelligible, la traduction suivante :

Mollets, mollets, mollets, mollets
Mollets, mollets, mollets, mollets
Mollets, mollets, mollets —
mollet,
mollet, mollet, mollet
mollets, mollets, mollets.

Une leçon magistrale, n’est-ce pas ! Je m’incline et donne suite — à ma façon.

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Une traduction en V.U. (= Version Universelle et/ou Visuels Universels) est une dérive numérique engagée à partir d’un texte littéraire donné. Chaque page dudit texte est traitée comme une image, autrement dit d’un point de vue volontairement désinvolte au regard de la sémantique et de la narratologie. Cette traduction s’effectue selon un protocole dédié soigneusement élaboré en amont, chaque texte induisant un protocole spécifique. On ne saurait, en effet, traduire avec les mêmes clefs des auteurs aussi différents que Joyce, Ponge ou Gombrowicz ; de subtils distinguos sont nécessaires (tons, rythmes, nuances etc.). Voilà pour l’essentiel en quoi consiste ce travail de traducteur. Le dispositif mis en œuvre produit bel et bien une autre version du texte souche. Que cette nouvelle version semble illisible, ou à tout le moins assez difficile à déchiffrer, est une question purement académique. Il y a énigme là-dedans, bien sûr. D’une page à l’autre, cela ne s’éclaircit pas — ni ne s’obscurcit. La traduction flotte. Et tout le reste est poésie visuelle.

Texte & Illustrations © Daniel Cabanis
Traductions en V.U. est un workshop de poésie visuelle in progress de Daniel Cabanis.
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