Insummabilis

Insummabile : irréductible à la somme des constituants, ne peut se fondre dans autre chose.

Collectant depuis des années les archives photographiques familiales, je me suis demandé comment témoigner de l’histoire de la communauté juive marquée par la Shoah, mais aussi autour d’une question persistante : que montre encore une image après les images du « Désastre » ? Inspirée par l’Atlas Mnémosyne de l’historien d’art Aby Warburg concernant le concept de « survivance » de l’image (Nachleben), c’est à dire ce qui survit dans une culture de plus refoulé, de plus obscur et de plus tenace, j’ai trié dans ces archives, les photographies qui révélaient à la fois la fragilité de l’existence de chaque personne, mais aussi leur force et leur dignité persistantes. Essayant de capter non seulement l’évolution de mes proches, mais aussi de sentir la puissance de l’image – plastique et psychique – qui s’inscrit à même sur les visages, j’ai sélectionné un certains nombre de photos d’identité, de photomatons vus de face de mes parents, grands-parents, oncles et tantes.

Ainsi, le « regardeur » est invité à observer, comparer et à ressentir le poids du temps, non pas comme une perte, mais comme des fragments d’un miroir temporel constituant ne sorte de résidus vitaux, une sorte de survivances de la mémoire du 20e siècle.

 

La série Insummabilis fait partie du projet Image manquante, une construction photographique composée de 23 séries, chacune constituée de 23 images. La 23e image de chaque série représente « l’image manquante », à l’instar de la « lettre manquante » de l’alphabet hébraïque. Cette 23e n’apparaîtra qu’à l’achèvement du projet ou lors d’expositions.

Texte & Photographies © Isabelle Rozenbaum /ADAGP
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