Combinaisons poïétiques : Motets, des totems

Appeler volume le livre reçu ce jour, comme il ne s’en écrit en poésie que rarement — et ne s’en imprime —, à savoir d’une telle envergure, parcouru dès sa réception en tous sens, de la dédicace finale à la table* : des Motets (La Nerthe), donc, c’en est le titre, et dès lors parcours depuis elle des noms de Cycles, et de leurs Livres ; de sa date de parution ensuite — 2015 — à l’indication qui suit, s’il importe de la dire, accentuant la rareté : Tirage à cinquante exemplaires, / constituant l’édition originale. Il y aura eu déjà et entretemps survol d’avant la lecture, éparsement de pages : afin que fût confirmé le lieu qu’il y aura d’une lecture future, qualités justifiant cette dernière s’étant discernées en vérité le temps de l’éclair, et dont la conséquence sera cette traversée de tout un tempsLe volume à même la console, à portée de main. Motets, et le mot motet déjà, tel qu’il se laisse définir, car il se peut que l’on ne sache pas d’emblée (ou que l’on ait oublié) ; que sachant, cela éclaire l’écrit de manière particulière. Dire toute, presque, la définition, à double tiroir, ainsi qu’elle apparaît dans le Littré tenez : « […] 1. Au 13e siècle, composition harmonique à deux, trois, ou quatre parties, ayant habituellement pour ténor un fragment de plain-chant, quelquefois un air populaire, avec lequel devaient s’harmoniser les autres parties, selon que le ténor ou l’une des parties servaient de base harmonique, Coussemaker. […]. 2. Aujourd’hui, morceau de musique sur des paroles religieuses latines destiné à être exécuté à l’église, sans faire partie du service divin […] ».

Et à signaler, en passant, si cela peut être d’un quelconque secours, l’anagramme donnant du titre Totems.

Note liminaire : Se demander s’il se pourra une lecture autre que naviguante, entraînée contrée — selon — par tels courants aussi bien aériens, gonflant les voiles, qu’océaniques (non divagante, naviguante), attentive au détail d’une séquence remarquable dans le volume, reliée à telle autre que ce soit hélas touchant à ce qui saurait être la clause en présence, étant celle de tout livre, la lecture linéaire s’entend, à supposer seulement qu’elle soit le meilleur des cas à tout coup. Aussi bien d’ailleurs aura-t-elle lieu, mais ultérieurement à l’actuelle recension. Un livre peut très bien accompagner de longues semaines, de longs mois, 

P.-S. : la date de parution n’est jamais l’on s’en doute celle de l’écriture, tout au plus en signale-t-elle le plus souvent sa récence, ce qui n’est pas le cas ici : le premier Livre ayant été écrit entre 1990 et 1996 (1990 : son auteur, Philippe Blanchon, a alors vingt-trois ans).   

L’abord de la recension, si c’en est une, se fera sur La colonne boréale (Livre I : La nuit jetée, Cycle de Jacques). C’est en effet sur les deux premiers vers que se sera ouvert hier une première fois le volume, hasard si l’on veut : « Le soir l’a voulu pierre, sa pierre, sa douce, / il l’a trouvé fontaine devant les terreurs, » deux vers ne courant pas les rues, et ne comptant pas pour rien, précisément (rareté encore) : l’un est un décasyllabe, l’autre un dodécasyllabe, de quoi donc indiquer, en l’un de ses traits, le poème, si la précision n’était pas assez précise, de l’introduction. Et il se saura poème-fleuve la rime toutefois n’y serait qu’accident semble-t-il. Retour à la citation, déployable jusqu’à son point, et voici de quoi situer tout un monde, aux réminiscences amères : « les jours de douleur coulent comme landau, / cailloux brisés au passage des roues ». Et il est ajouté, passant à la ligne — « dans la purée des jours ». (Laisser compter toujours désormais qui veut : ici six syllabes). Purée ou le nom de la violence même, donnée pour épreuve, affectant en cela le souffle et surtout donnant le ton, à l’occasion, des motets, comme possible — de quoi modifier leur définition ou alors il faut un troisième tiroir. En dessous, et faisant suite (le poème est affaire de (par)dessus et de dessous, navigation encore) : « La colère a usé cet hiver ». Pause, le temps de dire des prénoms, figurant c’est à noter : Jacques (donné pour titre au Cycle) Florence, il en sera d’autres, de l’intimité même surgissante, il s’agit d’une prise possible à l’occasion de la lecture, repère si le poème désoriente, sachant qu’il ne compte pas parmi ceux que l’on dit illisibles, ayant souci de l’illisibilité — il en serait un sens, des degrés en outre — voire encore de ses effets : tout au plus telles zones d’étrangetés, mais la langue en est claire jusqu’à. « Florence s’éloignait mignonne sur le quai,

À quelques pages de distance, le vers déjà cité retourne : « Le soir l’a voulu pierre, sa pierre, sa douce », d’étrange familiarité déjà, avec la répétition à l’œuvre, ne diffère que ce qui suit : « quand le sable l’a vu habité / comme s’en suivit un été de grave traversé ». (Note : L’auteur seul dirait s’il y a ou non coquille, à « traversé », s’il voulait écrire plutôt de grave traversée, et non traversé de grave, attendu que grave est aussi un nom commun — féminin — peu lointain de l’autre nom de gravier, laisser cela suspendu, toute piste s’avérant possible jusqu’aux inaperçues — d’une vision certes chaque fois distincte).

L’occasion, en cette même page, et plus bas, de noter ces deux vers retentissants, constituant presque, suivant qu’il serait possible de les isoler, une manière d’aphorisme (de valeur) : « Chaque fois qu’un dieu percute un homme / les deux en meurent ».

*

À des centaines de pages de distance — et de quoi rendre compte, en passant, de l’envergure évoquée introduisant* —, ce vers intercepté, d’un dialogue, fragment de Télégonie, p. 547 : « ‘‘— […]

*

Il faut lire à présent (et ailleurs lanternes qu’en ce seul volume), à présent que la lecture se fait redoutable, vers en présence aux références innombrables jusqu’aux tues, ici toutefois, Valéry tenez cité, je cite : «

Ailleurs (très tôt, minuit quarante) dans le livre et s’y perdant, à rechercher mais quoi dans le volume ? Là, en manière de didascalie d’aucune pièce au sens strict, il n’empêche : « Le jour se lève et à travers les volets : une lumière dorée. Florence aurait veillé sur Émilie, avant qu’elle ne recouvre son sommeil d’enfant. Des nuits durant. Simplement veillé dans l’attente d’un passage à un autre visage. Celui de Nathan. Les poèmes avaient circulé de mains en mains ; discrétion absolue ». Il la faudrait citer toute, nous sommes p. 307 dans La Salamandre [Cycle de Nathan. Émilie à Florence]. Et la discrétion évoquée, précisée d’être absolue, est peut-être celle des Motets, au tirage n’excédant pas les cinquante exemplaires, or certes ils circulent, et de mains en mains, comme afin que l’on constate, et que le constat s’étende : qu’il n’y a pas rien décidément, qu’il y a peut-être tout, ce jour, qu’il se passe avec les Motets ; ne laissant pas en tout cas de répit à qui les consulte, dès lors qu’embarqué, il y a de surcroît la possibilité de rééditions, se désolant de si peu — pour consolation.

(Heures de lecture).

13 h 42. L’actuelle recension, si c’en est une, n’est pas le cas dont se prévaloir d’avoir lu tout des Motets (tout au plus de ne les pas lire à tort et à travers), il y faudrait des semaines ; se refermera ayant devant, en avant de soi la tâche de lire encore, cette fois cependant sans plus la tâche d’écrire lisant : lecture dès lors plus apaisée, moins inquiète de ce qu’elle manque (le temps n’est pas octroyé, d’écrire un livre sur le livre, à supposer qu’il y suffise lui-même) ; de ce qu’elle pourrait abîmer écrivant, et il se peut que ne s’abîme jamais que la beauté, dans La Salamandre, encore : « Elle est née de cette écume, semence / Du mousse à bord et revenue / A la nage sur le rivage et là / Le faune l’a tentée. A chanté » Faut-il d’elle — la beauté — de seuls aperçus épars et pour ainsi dire comme impossiblement ? (Limites de la recension où je serais). Que ceux-ci soient alors à chaque fois et plus largement rendre compte de. Ce serait : de plus que d’elle seule, le poème ne s’y réduit plus (fût-elle irradiante, dont se traversent les vers), à savoir jusqu’à l’écriture, précise et saillance de ce trait — la précision —, comme si le pas n’était pas à hâter, n’était à l’être nulle part, mais la seule patience édifiant pas à pas le volume : unicité de l’écriture, toute page en témoigne et les pages sont jours, semaines, mois, années, décennies (de 1990 à 2015). Unicité où jamais ne se rompt l’effet d’unité du volume, comme si n’affectait, n’avait affecté qu’à peine le temps, et là sans doute la précision de l’écriture appellerait une précision de la lecture, telle sera la tâche une fois encore hors de cette recension, après qu’ayant pris fin, ce qu’elle peut ici-même, et le pouvant,

Texte © Denis Ferdinande – Illustrations © DR
Pour lire notre entretien avec Philippe Blanchon, c’est ici.
Combinaisons poïétiques est un workshop d’analyse poïétique in progress de Denis Ferdinande.